‹ Le retour continuel a DieuChapitre 86 sur 146 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

L'humiliation du cœur et la reconnaissance : degré parfait.

Le ciel est promis au pécheur qui s'humilie, et l'enfer réserve au coupable qui s'enorgueillit. Je pousserai en ce moment l'humilité de ma pénitence jusqu'à la perfection. C'est pourquoi réitérant les deux actes précédents, c'est à-dire la réprobation de l'orgueil et l'acceptation de l'humiliation, j'irai jusqu'à vouloir positivement cette humiliation juste et salutaire; je l'aimerai, je m'y attacherai, et je demanderai qu'elle devienne mon partage.

Passant à la reconnaissance, je repousserai de nouveau avec horreur l'ombre même de l'ingratitude; accentuant mes humbles remercîments, je me répandrai en hommages devant Dieu ; je promettrai de consacrer le reste de ma vie à remercier mon Sauveur et ma Mère.

0 Jésus qui serez un jour mon juge, ayez pitié de moi! Je tremble à la pensée de ma comparution devant vous. Je tremble au souvenir de mes péchés, à la vue de ma tiédeur, de mes résistances à la grâce. Mais j'espère en vous. Vous avez promis de ne pas rejeter le cœur contrit et humilié. Je reconnais humblement à vos pieds que je suis indigne et coupable. Ne m'abandonnez pas. Daignez me continuer vos secours pendant cette retraite.

Je vous en supplie, ôJésus, donnez-moi le courage de m'accuser sincèrement et loyalement aux pieds de votre ministre et de vivre désormais en pénitent, afin que vous me soyez favorable au jour du jugement. Surtout faites que je vous aime et que je persévère!

Je repasserai en esprit les grandes scènes du jugementet je prierai sans me lasser afin de recueillir tout le fruit de cette méditation.

EXAMEN DE PUÉ VOYANCE

L'HUMILITÉ ET LA RECONNAISSANCE DANS l'oRAISON ET DANS La CONDUITE.

I. Quelle part donnerai-je dans mon oraison à l'humiliation du cœur <>t à la reconnaissance ? — L'oraison de celui

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qui s'humilie est puissante surlecceur de Dieu. Elle exerce aussi sur l'homme une influence des plus salutaires ; car peu à peu, elle forme en lui le sentiment de l'humilité; et du cœur cette humilité passe dans la conduite. Par contre, il est difficile de se débarrasser de l'orgueil lorsque, même en parlant à Dieu, on ne s'abaisse pas. Se livrer dans l'oraison à l'humiliation du pécheur c'est donc s'assurer la vertu qui fait les élus. Ne pas le faire, c'est s'exposer au vice qui distingue les réprouvés.

Me contenterai-je, dans mon oraison, de m'abaisser devant Dieu chaque fois que je la commencerai, et de donner régulièrement sa place à l'acte d'humilité considéré comme fondement de la prière?

Prendrai-je l'habitude d'adjoindre à mes actes de contrition, tels que je me les suis prescrits hier, le profond abaissement du pécheur ? De plus, poserai-je en règle que, lorsque j'aurai reçu quelque humiliation, je la ferai revenir dans l'oraison pour l'accepter en pécheur pénitent et abaissé? A défaut d'humiliation réelle et actuelle, recourrai-je, afin de m'humilier ainsi, à des souvenirs ou à des suppositions? Est-ce le cas de me fixer, pour cette sainte occupation, certains jours et certaines heures?

Poussant plus loin les choses, imiterai-je les saints qui, dans leurs conversations avec Dieu, passaient de longues heures à se mépriser eux-mêmes et à se mettre sous les pieds des démons? Et quand j'aurai la bonne fortune de rencontrer, soit hors de moi, soiten moi, une humiliation quelconque, prendrai-je l'habitude de la savourer dans l'oraison et delà renforcer par un surcroit d'humiliations personnelles? Est-ce le cas de soumettre ces opérations à une certaine régularité?

Dans mes exercices de piété autres que l'oraison proprement dite, prendrai-je l'habitude de commencer et de terminer en m'abaissant devant Dieu? Si j'entreprends d'acquérir cette habitude, par quel moyen y arriverai-je?

Quanta la reconnaissance, il est des âmes qui, imitant

les saints du ciel, louent leur Dieu à lout instant. Il en est d'autres qui, sans être aussi abondantes dans leurs bénédictions, remercient cependant le Seigneur plusieurs fois tous les jours de leur vie. Le moins qu'on puisse faire, c'est de lui offrir une fois le jour le tribut de la reconnaissance. Auquel de ces trois partis m'arrête rai-je? Est-ce le cas de convertir en quotidiennes actions de grâces l'une ou l'autre do mes dévotions ordinaires? Avant de répondre à ces questions, pensons à cette grande vérité : La reconnaissance envers Dieu mène droit à l'amour de Dieu.

II. Comment introduirai- je dans ma conduite l'humilité et l'humiliation du pauvre pécheur? — Vouloir se sanctifier, ou assurer son salut sans réserver une place à part à l'humilité, c'est rêver. L'homme qui ne s'exerce nullement à s'humilier ne peut nullement se flatter d'être dans la bonne voie. Celui au contraire qui s'humilie de bon cœur a sur le front un signe éclatant de prédestination.

Or, le travail de l'humilité peut se partager en trois genres d'occupations, parmi lesquelles j'ai à choisir aujourd'hui.

Premièrement, on peut se contenter d'un travail négatif consistant à repousser tout ce qui, de loin ou de près sent l'orgueil, avec autant de sévérité et d'intransigeance que s'il s'agissait d'impureté. Cette première règle de conduite est déjà très excellente.

Deuxièmement, on peut y ajouter la loi de ne pas fuir l'humiliation quand elle se présente; de l'accepter au contraire sans rien faire pour la détruire ou la diminuer, et en sanctifiant ce sacrifice par les humbles et humiliants sentiments du pécheur.

Troisièmement enfin, tout en adoptant ces deux premières règles de conduite, on peut aller jusqu'à la recherche positive et active des humiliations et des mépris, parce que l'on est pécheur et que l'on veut ressembler à Jésus-Christ.

Faisons notre clioix, en songeant à la récompense.

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l'enfer.

Pour comprendre quelque chose des horreurs de l'enfer, je considérerai d'abord la justice de Dieu sur le Calvaire; ensuite la conduite des hommes à l'égard de ce Dieu qui, pour eux, a immolé son Fils, de ce divin Sauveur qui. pour eux, est mort de douleur. Ensuite je regarderai l'un après l'autre les divers supplices qu'on éprouve en enfer.

Horreur du lieu : centre de la terre, ténèbres affreuses, prison infranchissable.

Horreur de l'élément devenu celui des damnés : feu composé de matières en fusion, ténébreux, mais d'une intensité à fendre les pierres.

Horreur de la société : des démons, bourreaux cruels et des monstres humains remplis de haine et de fureur.

Horreur de la position : entassement les uns sur les autres pareil à celui des poissons dans la poêle.

Horreur du supplice du sens : cachot de feu aussi étroit que la forme du corps; le damné immobile dans ce brasier; ce feu entourant son être et le brûlant, pénétrant toutes ses chairs et faisant bouillir la moelle dans les os.

Horreur des tortures de la pensée : l'âme toute vivante ; souvenirs désolants, pensées amères et affreuses; vue mentale du ciel et des élus; regrets et tristesses inexprimables.

Horreur des tortures du cœur : la haine, rien que la haine; tout haïr, et être haï de tous.

Horreur de la soif de Dieu et de la privation de Dieu. A chaque instant élancement vers le souverain bien, et ré-' pulsion de la main divine.

Horreur de la conscience. Elle hait le péché et elle le veut; elle veut aimer Dieu et elle veut le haïr.

Horreur de l'éternité. Là pour toujours! Le damné qu'aujourd'hui j'entends rugir, si je repasse après que l'aile de l'oiseau venant tous les mille ans frôler la terre, aura par son frôlement usé le globe terrestre, je l'entendrai rugir encore, toujours à la même place.

Horreur du poids de l'éternité; souffrance sans fin; le damné le sait, y pense, le constate. Il voudrait encore s'illusionner et espérer, mais plus d'espoir, plus de terme : désespoir, enfer de l'enfer.

Il y a pour moi possibilité et danger d'être damné. Que penser et que faire? Dans cette retraite ou m'offre d'anéantir le passé, d'assurer l'avenir. Le ferai-je, ou manquerai-je mon travail pour en sortir plus exposé qu'auparavant

E1 puis, pensons au purgatoire. C'est le feu de l'enfer. Je vivrai un jour plongé dans ce feu. Combien de temps? Ce qu'on m'offre en cette retraite, c'est une garantie contre l'enfer, c'est un remède contre le purgatoire. Accepterai-je. ou refuserai-je, ou négligerai-je?

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