LA CHARITÉ, SA NATURE ET SON PRIX
Pour arriver à pratiquer la charité, il faut, avant tout, connaître sa nature et son prix. Le Dieu qui est charité donne lui-même l'amour qu'il demande. Il commande aux parents d'aimer leurs enfants, et, comme auteur de la nature, il verse en eux l'affection paternelle et l'affection maternelle. Il nous commande à tous de l'aimer lui-même de tout notre cœur, et, comme auteur de la grâce, il répand en nous le Saint-Esprit,
Le Saint-Esprit estl'amour que Dieu se porte à lui-même. Quand il s'empare du cœur d'un homme, ce cœur aime dès
lors le Seigneur par-dessus toutes choses ; il aime Dieu pour Dieu lui-même et il place son bien personnel après le bien de Dieu, lequel est devenu le dernier terme de ses affections.
La charité a donc pour corrélatif en nous un fonds d'abnégation qui nous fait détrôner le moi pour le remplacer par Dieu. Elle divinise donclecœar de l'homme. Elle est toute notre perfection. Elle est le résumé et le comble des desseins de Dieu sur nous. Elle est la gloire et la joie divines en nous. Elle est Tunique source du mérite. Elle est le principe de la véritable paix. Elle est la mère des vertus, mais elle a besoin de leur cortège. Enfin quoique étant par elle-même un des deux objets de la fin de l'homme, elle se confond avec l'autre parce que ceux-là seuls se sauvent qui aiment Dieu.
Son ennemie, dans ceux qui sont en état de grâce, c'est la tiédeur. Caria tiédeur a cela de propre qu'elle prétend scinder la fin de l'homme, c'est-à-dire arriver au salut sans guère se soucier de l'amour de Dieu. Que dit, en effet, le tiède? Pas de péché mortel, car ce serait l'enfer; mais le péché véniel, oui, car je veux être libre. 11 est vrai que le péché véniel fait de la peine à Dieu ; mais il ne va que contre l'amour, puisqu'il ne compromet pas absolument le salut. Or, je ne m'inquiète guère de ce qui n'est propre qu'à l'amour, pourvu que je me sauve! Voilà le calcul du tiède. C'est, répétons-le, la contradiction spécifique et directe de ce qu'il y a de délicat dans la charité. Et de cette contradiction funeste, il reste quelque chose dans l'âme aussi longtemps qu'on n'est pas arrivé à être dans la disposition de mourir plutôt que de commettre la plus petite faute volontaire.
Où en suis-je? Y a-t-il de l'amour dans mon cœur, de l'amour positif? Est-ce que je fais plaisir à Dieu pour lui faire plaisir ? Est-ce que j'évite de lui faire de la peine pour ne pas lui faire de peine? N'ai-je plus rien en moi de la tiédeur? Ne me reste-t-il plus aucune mauvaise habitude
que je ne combats pas, et que je combattrais si elle était faute grave ? Hélas !