ACTE
L'amour : degré ordinaire et degré vertueux.
Cet acte est, d'après saint Alphonse, le roi des actes de l'oraison. Car c'est lui qui produit et entretient en nous la charité, en mémo temps qu'il fait la joie de Dieu et du paradis tout entier.
Il consiste en une opération de l'âme qui, transformée dans son affection parle Saint-Esprit, fait abnégation d'elle-même et de l'a mour-propre en cessant de se prendre comme terme final, et va jusqu'au bien de Dieu pour Dieu; se repose en ce bien comme en son terme, par affection pour le Seigneur, parce que le Seigneur le mérite, parce qu'il est bon, parce qu'il est bienfaiteur, père, sauveur, et éternelle félicité de l'homme.
Pour bien faire cet acte il faut toujours : commencer par attirer en soi le Saint-Esprit; faire correspondre à la charité pour Dieu l'abnégation de soi, et suppléer par le désir à ce qui peut manquer à la réalité de l'affection sainte.
Le premier degré de cet acte consiste à dire à Dieu qu'on l'aime assez pour ne vouloir à aucun prix le péché ni mortel ni véniel.
Le deuxième degré de cet acte consiste à aimer Dieu de telle sorte qu'on lui promette non seulement de ne plus commettre volontairement le moindre péché, mais encore de travailler à lui plaire positivement en cherchant ce qui lui est agréable avec une bonne intention fidèlement renouvelée.
Le troisième degré consiste à aimer Dieu tellement qu'on soit disposé à mourir plutôt que de se laisser aller à la plus petite faute volontaire, et qu'on veuille chercher en toutes choses, non seulement ce qui est agréable à Dieu, mais encore ce qui lui est le plus agréable avec une bonne intention très fréquemment et très fermement renouvelée. Dans les trois degrés on accompagne l'acte d'incessantes prières pourl'augmentation de la charité. Je m'efforcerai de produire l'un après l'autre ces trois actes.
Mon Dieu, je veux vous aimer, accordez-m'en la grâce. Versez dans mon cœur cette charité que vous voulez y voir. Que l'amour
.'5f)(j LE RETOUR CONTINUER A DIEU.
soit désormais le mobile et l'inspirateur de toutes mes actions, de toutes mes démarches, qu'il soit le but de ma vie! Oui, ô mon Père, faites que je vous aime, que je vous aime toujours de plus en plus ; et daignez, je vous en conjure, joindre au don de votre amour celui de la persévérance!
Je renouvellerai fréquemment mes actes d'amour et j'y mêlerai une prière constante.
EXAMEN DE CONSCIENCE
LE MANQUE n'AMOUR ET LA TIEDEUR.
Même quand on est en état de grâce, on peut n'aimer quebien peu le Seigneur. Ce n'est pas aimer quelqu'un que de rester indifférent pour lui, de ne lui faire ni peine, ni plaisir. Beaucoup de justes sont ainsi disposés relativement à Dieu. La plupart de ces justes descendent jusqu'à la tiédeur.
Or, ce double désordre, absence de l'amour et présence de la tiédeur, mérite que nous lui appliquions toutes les douleurs de la vraie pénitence, d'autant plus que le péché véniel, abstraction faite de l'indigne calcul par lequel on se le permet sans gène, est un mal infini de sa nature : il s'attaque à Dieu, il lui est une offense très désolante.
Pèse sérieusement, ô mon âme, les trois questions qui vont suivre !
I. Manque total d'amour positif et tiédeur grossière. — Ou bien accumulation d'une foule de péchés véniels différents se rapportant aux péchés capitaux, et opposés aux commandements de Dieu et de l'Église; ou bien habitude plus ou moins invétérée de certaines fautes peu combattues etayantleur racine dans la passion malmortifiée.
En même temps rien ou presque rien en fait de charité positive. Jamais ou presque jamais un acte d'amour; dans
les actions et les peines de la vie fort peu de bonne intention explicitement renouvelée. Au contraire, volonté propre, amour-propre, et' beaucoup d'attache naturelle aux créatures.
II. Mélange d'un certain amour de Dieu avec la tiédeur indirecte. — On entend ici par tiédeur indirecte l'habitude de faire certaines choses qui, objectivement parlant, ne constituent pas un péché, parce qu'elles sont opposées, non pas à une loi, mais à un conseil; et que, subjectivement, on ne peut guère se permettre sans offenser Dieu. Telles sont, en religion, les fautes contre la Règle, et, dans le monde, certaines infidélités contraires à la perfection des devoirs d'état.
Quelquefois, souvent même, cette vie défectueuse est accompagnée d'un effort pour aimer Dieu; et, de fait, il y a un peu d'amour positif dans la vie et dans les intentions. Mais, à cause même de la tiédeur dont on vient de parler, cette charité est encore bien imparfaite et bien gâtée par un fonds d'amour de soi, d'attache aux créatures et de volonté propre en beaucoup de choses.
III. Corruption de l'amour par certains restes de nature et de personnalité. — On aime Dieu, on ne voudrait l'offenser n,i directement, ni indirectement; mais on n'est pas mort à soi-même; et au fond de la vie se rencontre encore trop d'attache au sens propre, aux goûts, à la volonté, à certains biens préférés, à certaines affections bonnes en elles-mêmes, mais trop naturelles.