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CHAPITRE VII

Mais on ne change pas de destin pour changer de climat. Et si la Providence, qui dispose à son gré les accidents de notre existence, a décidé de nous revêtir des pensées de la mort, afin de nous affranchir, par cette leçon sévère, du servage des sens, nous pouvons bien partir en voyage : nous sommes certains, en rentrant au foyer, de trouver de nouveaux voiles de deuil et de chers yeux qui ont pleuré.

Madeleine avait été chercher Robert à la gare, à son retour de Tunisie. Et Dechastelus, en pénétrant sous le grand hall, s'étant penché à la portière, aperçut sa femme, d'un peu loin, sur le quai, et fut frappé de son air soucieux. En elîet, après leurs premiers embrassements, Madeleine lui fit part d'une nouvelle qui abolit presque entièrement en lui la joie du retour. Albert Rameau était mort brusquement l'avant-veille, à la suite d'une opération bénigne en apparence, puisqu'elle

avait pu se faire à domicile, mais dont les conséquences avaient été fatales.

Une perte aussi cruelle, survenant à un intervalle si rapproché de la mort de sa mère, brisa Dechaslelus d'accablement et de stupeur. Non, vraiment, c'était trop ! La destinée se montrait par trop impitoyable!... Et, dans la voiture qui les ramenait à la maison, tandis que Madeleine lui racontait avec détails le drame intime et rapide qui avait emporté leur pauvre ami, il semblait i\ Robert qu'il revivait en même temps les déchirements de son premier deuil et les affres du second.

Madeleine lui répéta qu'on avait opéré Albert Rameau chez lui, au début de la semaine, oh ! d'un rien, d'un bobo, d'un simple kyste à l'épaule, sans avoir eu besoin de l'endormir. Il avait supporté cette épreuve avec sa bonne humeur habituelle, disant au chirurgien, pendant qu'on lui taillait dans le vif : « Ce n'est pas tout de couper, monsieur, il faut recoudre !... » Puis, à peine reporté dans son lit, il avait allumé sa pipe, parlant de sortir, le plus tôt possible, vers la lin de la semaine. Trois jours plus tard, il était mort, après une agonie atroce, à la suite d'une infection généralisée. L'enterrement se ferait en Corrèze. Robert avait le temps d'y assister.

A peine rentré chez lui, Dechastelus, n'ayant pris soin que de faire sa toilette et de changer de vêtements, courut au domicile du défunt. Déjà on l'avait mis en bière. Et, dans cette chambre ornée de tableaux de maîtres, d'objets d'art, del

meubles anciens, où, tant de fois, ils s'étaient entretenus à la fenêtre, devant le crépuscule verdissant du petit jardin, Robert n'aperçut que le catafalque recouvert de drap noir, avec les quatre cierges aux angles.

Il plia le genou, mais sans prier : évocation plutôt qu'élévation, rappel de cette vie disparue, regrets purement humains, une sorte de désespoir étouffé qui se nourrit de soi-même.

Puis, ayant avancé un fauteuil, il s'y assit et commença de veiller.

Vers le soir, le curé de la Madeleine entra.

Robert le connaissait. Et, comme il exprimait à ce prélat son saisissement d'un départ aussi prompt et sa tristesse de n'avoir pu revoir un si cher compagnon :

— Hélas! répondit le prêtre, c'est notre sort à tous, soyez-en persuadé ! Personne ne peut savoir quand le Maître viendra!

Il ajouta :

— L'important, voyez-vous, c'est qu'il ne nous trouve pas endormis!

Robert comprit que cette allusion le visait. Et comme le prêtre lui expliquait à quel point son intervention avait été secourable au moribond et quelle sérénité elle avait répandue sur ses derniers instants, Dechastelus, écoutant ce récit, pensait moins à son parrain peut-être qu'à sa mère, qui, elle aussi, avait souhaité ce même secours et qui était partie sans en être assistée, et un chagrin profond s'abattit sur son cœur.

Il accompagna la dépouille mortelle de son

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