ACTE PREMIER, SCÈNE IV ol
MICHEL
Alors, je me demande si lu y tiens.
HENRIETTE
Si j'y tiens? C'est stupide, ce que tu dis là! Lorsque tu me serrais contre toi et que je te donnais ma bouche, tu ne sentais donc pas qu'elle devenait glacée? Quelle autre indication t'est donc nécessaire? Mais je t'ai déjà expliqué : j'ai horreur de ce qui peut ressembler à une surprise et je veux que l'abandon que je ferai de moi-même, pour avoir toute sa signification, soit prémédité et complet. Je ne suis pas un être mystérieux, ni insensible ; une minute divine te convaincra de tout le contraire. Seulement, cette minute-là, c'est toi qui ne la désires pas.
MICHEL
Je ne la désire pas... c'est insensé ce que tu dis là !
HENRIETTE
Non, tu ne la désires pas bien, comme je le voudrais; tu la surprendrais volontiers, tu ne veux pas la préméditer... tu la désires comme minute, mais tu la redoutes dans ses consé-
, quences, et c'est en quoi nous différons. Sois sincère : ai-je raison?
C'est vrai, je la redoute.
HENRIETTE
Pourquoi ?
MICHEL
Pourquoi? tu le sais bien. Parce que nous ne sommes pas libres, parce que nous sommes mariés.
HENRIETTE
Je te l'ai déjà dit : quand il le faudra, moi, je saurai me rendre libre. Je n'aime pas mon mari; il est impossible à deux créatures humaines de moins se comprendre que nous ne nous comprenons, (iaston et moi. Auprès de lui, je m'ennuie à mourir. J'ai vingt-trois ans, je ne veux pas mourir d'ennui. Tiens, en ce momenl. à la pensée que je vais le retrouver, j'ai envie de m'enfuir, d'aller n'importe où. Puisque je ne serai pas avec toi, je voudrais être seule, comprends-tu, seule, seule avec ton image, mes souvenirs et mes rêves. Ah! le mariage! le mariage! Quelle chose effroyable! El je suis