‹ Le retour de Jérusalem; comédie en quatre actesChapitre 25 sur 58 · ACTE PREMIER, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER, SCÈNE IV

mariée depuis quatre ans. Songes-tu à ce que ça représente ? Quatorze cent soixante déjeuners, j'ai fait le calcul, et quatorze cent soixante dîners en face d'un être auquel on n'a rien à dire... Et quatorze cent soixante nuits! Mnimmmh ! Quelle horreur ! Et depuis quatre ans, je ne peux pas faire un pas sans qu'on me demande : « où vas-tu? d'où viens-tu? qui as-tu vu ? » Je ne peux même pas me taire sans qu'on me demande : « à quoi penses-tu ? » ("est effrayant qu'un homme ait le droit de vous demander ça ! Xon, non, je partirai, j'y suis bien décidée. Et. comme Michel se tait, elle lui dit :) A quoi penses- lu?

MICHEL

A tout ce que tu me dis. Je pense aussi que moi, je ne serai jamais libre.

HENRIETTE

Il y en aura toujours un, ou plutôt une sur

doux.

MICHEL

Mais je ne peux pas quitter ma femme et mes enfants.

HENRIETTE

Je ne te le demande pas.

MICHEL

Alors, de mon coté, ce sera toujours l'adultère, c'est-à-dire le mensonge et la contrainte, et si notre liaison est découverte, le drame probable, la douleur certaine. Ah ! vois-tu, j'ai bien réfléchi à tout ça... il ne faut pas nous revoir.

HENRIETTE

Oui, je vois que lu as réfléchi, en effet. Voilà le conseil que t'a apporté la dernière nuit que j'ai passée sous ton toit. Arrêtons-nous sur la pente fatale, n'est-ce pas, pendant qu'il en est temps encore ?

Oui

JUCHEE

HENRIETTE

C'est-à-dire avant que lu m'aies prise, avant que ce qui engage selon toi, ait été accompli. Ah! lu établis, en pareille matière, une distinction bien bourgeoise. Tu ne l'inquiètes pas si moi je l'établis, et si j'ai eu besoin de me donner pour l'appartenir tout entière.

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