ACTE PREMIER, SCÈNE IV
MICHEL
Ecoute-moi, comprends-moi.
HENRIETTE
Oh ! je te comprends. Je vais partir tout à l'heure et, déjà, tu t'es repris. Il te faut la présence réelle à toi, et tu considères comme un bonheur et, sans doute, comme une délivrance, une séparation qui va te permettre de m'oublier et de rentrer dans la tranquillité, dans ta sécurité.
MICHEL
iNon, mais dans mon devoir.
HENRIETTE
Si tu parles de devoir, c'est que tu ne m'aimes pas.
MICHEL
Ah ! comment peux-tu dire ça ?
HLNRIETTE
Mais non, tu ne m'aimes pas. Qui sait? Tu t'es exercé peut-être à m'aimer pour l'hygiène de tes sentiments et de tes idées qui s'ankylosaient dans ton milieu honnête et assommant.
MICHEL
Exercé ?
HENRIETTE
Mais oui, tu t'es exercé à m'aimer comme d'autres font des armes, pour entretenir la souplesse de leurs muscles, sans avoir jamais l'intention de se battre. Alors, quand il s'agit pour toi d'aimer avec des sentiments qui peuvent faire des blessures, les images tragiques t'apparaissent soudain, et tu deviens prudent et raisonnable.
MICHEL
Ah ! si j'avais pu m'exercer, comme tu dis, à quelque chose, c'eût été au contraire à ne pas t .limer. Mais je t'ai aimée malgré moi et malgré le sans-issue de cet amour. S'il t'en fallait une preuve, n'est-ce pas l'ennui, le désespoir qui s'emparent de moi quand je ne te vois pas? Car cet ennui morne, lourd, mortel, je ne l'éprouvais pas avant de l'avoir rencontrée. Non, je ne l'éprouvais pas, et môme j'étais heureux.
HENRIETTE
Ce bonheur-là, c'est comme la bonne santé :