‹ Le retour de Jérusalem; comédie en quatre actesChapitre 4 sur 58 · Voir Décadence d'Albert Guinon · texte numérisé non relu

Voir Décadence d'Albert Guinon

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deviné en lui une certaine puissance de souffrir; elle attrait compris ses scrupules, au lieu de s'en irriter; elle aurait prévu ses remords gin rétonneront. Elle n'aurait pas agi de telle sorte que Suzanne Aubier puisse dire à son mari : « Voilà longtemps qu'elle tourne autour de toi et que je m'aperçois de son insistant manège. » Tandis

qu'elle insiste, tout en tenant à l'homme qu'elle

aime la dragée haute, comme on dit vulgaire^ ment. Ou bien elle se serait donnée, abandonnée. inprudemment sans doute, mais avec toute Vardente faiblesse, toute la générosité que' la femme sait apporter dans la victoire de son vainqueur. Mois Judith n'admet pus le partage, et ne consent à aucune des hypocrisies reçues. Elle ne glisse pas dons [adultère qui n'est pas toujours seulement hypocrisie, mensonge, crainte de perdre les avantages d'une situation, désir de conserver

une /mode, mais ijui est aussi gène, contrainte, le phi s s,,urent pilic pour ceu,/: qu'on trompe et, en

tout eus. renoncement à la plus belle chose qui soit du monde, la liberté dans Vamottr. Cette

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liberté dans l'amour. Judith la réclame sans cesse comme une des formes les plus séduisantes de la lutte pour la vie; elle réclame pour la femme le droit de disposer de sa personne, cl elle ce ai agir selon ce droit. Et puis, si Judith n'avait pas été I ///ire. et en supposant que Michel se fût enfui avec elle, les deux amants ne seraient pas allés à Jérusalem. Pas d'aller, pas de retour, au sens propre et au sens figuré. C'était une autre

pié/e.

Eh bien .' cette pièce-ci, Je la relis, étant averti, et ne la trouve pas immodérée ; nulle assejUi&nque jejie^puisiejllustrer par vingt exemples, par \

vingt anecdotes //raves ou plaisantes, ^kit n'ai- je pas précisément négligé l'élément le plus exploité et le /dus populaire du débat, c'est-à-dire la question d'argent, mine pourtant inépuisable? Pour moi. il s'agit moins, à cette place, d'analyser la pièce que de tacher éi rendre l'atmosphère d'une répétition générale, composée d'éléments si divers. Les deux premiers actes avaient passé sans en-

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combre; ils avaient été écoutés généralement arec faveur.

Mais, à mesure que le troisième acte se déroulait, agitant les questions essentielles et, surtout, 7 S£M% P"s(Uit u" nationalisme français^en face d'un nationalisme juit f qui. lui. est internationale, la salle se séparait nettement en deux camps, non pas égaux, certes, par le nombre du moins. Or, je le dis loyalement,, je n'avais pas prévu un partage aussi inégal', et je ne l'avais pas escompté, comme quelques-uns l'ont insinué. Les théories dont, à V heure actuelle, semble s'inspirer là politique du gouvernement, les événements dont nous

Sommes témoins, les eonrrrsalions ([lie f entends

dans 1rs milieu.r où je fréquente, tout me faisait (rai mire, au ion traire, que Michel Aubier n'eût une majorité contre lui. et que ce qu'on a appelé • le couplet sur la Patrie » ne sombrât dans le ridicule et le manque d\ïntellectualitè. D'autre

1. Je supplie le lecteur de prendre le mot « nationalisme dans son sens ethnique, et non dans son sens électoral.

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juirt . n'étant pas un habitué des réunions publiques^ je ne pmirais pas prévoir quelle effervescence provoquerait, chez des hommes assemblés, les théories, condensées en dialogues, qiCils Usent depuis cinq ou si.r ans dans leurs journaux, exprimées sans doute avec plus de poids, maisi aussi moins de mesure.

Comme on Va observé très justement . à propos de celte pièce, quand un publie est sous pression et sous passion, il peut lui arriver de charger de ses haines et de ses enthousiasmes les répliques les plus innocentes. A la première (/'Henriette Maréchal, cette apostrophe : « Eh! va donc, abonné de la Revue des Deux-Mondes! » qui, aujourd'hui, nous semble à peine odéonienne, déchaîna un véritable tumulte. C'est ainsi que la plupart des spectateurs, témoins du duel entre Judith et Michel, acclamaient avec de véritables cris de\ AJ/\& joie, des paroles aussi /jeu agressives, aussi peu sanguinaires que : « Ton couturier est juif, et ça\ se voit! »

Ah ! lorsque j'ai senti dans la salle ers frémis-

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sements, lorsque j'ai senti >e déchaîner ce souffle de tempête qui semblait gonfler, jusqu à la déchirer^ la t<ale des décors, comme une voile., à travers les applaudissements et les rires, fai cru entendre ces cris : Hep ! Hep '. dont autrefois, aux pays de l'Est, le peuple poursuivait les juifs pitoyables, dans les ruelles étroites des sombres ghettos. El. entre la répétition générale et la première représentation, j'ai supprimé quelques répliques de Michel, trop bruyamment accueillies', niais oui. à la lecture, reprendront leur véritable signification.

Et. lorsque le rideau fut baissé sur ce troisième acte, je fus ému d'entendre une juive qui, avec quelle tristesse! disait : ■ fJue eoule--c<jiLs'.> n>ms autres^ nous n'avons pas d'assiettes peintes. »

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