ACTE 111. SCENE
Afkler Le père La Victoire!
VOWENBËRG
Ah! vous voyez, docteur Lurdau, que le militarisme compte encore chez nous quelques partisans.
l'oncle Emile
11 ne s'agit pas de militarisme, il faut bien pourtant que nous ayons une armée.
AFKLER
Pourquoi faire?
l'oncle Emile
Mais pour nous défendre; parce que les autres ea ont une.
MOISSAC
Mais personne ne songe à nous attaquer.
l'oncle Emile
Ça, nous n'en savons rien. Alors, il ne faut pas être les plus faibles.
AFKLLR
Vous êtes pour la paix armée?
JUDITH
Moi, je suis pour la guerre désarmée.
LURDAU
Nous poursuivons précisément ce but que les plus faibles soient protégés, en attendant que les guerres diminuent jusqu'à disparaître. Ce sera la plus grande œuvre de la civilisation.
Taisez-vous donc!... C'est au lendemain de la Conférence de la Haye, que nous avons vu une nalion formidable et soi-disant civilisée, se précipiter sur un petit peuple vingt fois inférieur en nombre. Mous serons bien avancés quand pareille chose nous arrivera.
JUDITH
Et alors? il n'y aura plus de ciel, plus de mer, plus de montagnes... il n'y aura plus de couchers dé soleil, il n'y aura plus de clairs de lune... il n'y aura plus d'arbres, plus de Heurs, plus de mu-
sique, plus de parfums... il n'y aura plus de gens qui s'aimeront, plus de baisers, de caresses, d'étreintes!
VOWENBERG
Il n'y aura plus d'assiettes peintes!
l'oncle émile
Ali! si vous raisonnez comme ça!
JUDITH
Mais l'armée, c'est la guerre.
l'oncle émile
Mais non.
JUDITH
Mais si, c'est forcé. L'homme qui a un fusil veut s'en servir. Et penser qu'à notre époque, on trouve encore des gens pour envisager la guerre comme une chose nécessaire, sainte, sacrée, c'est effrayant!
Mais non, comme une chose possible.
JUDITH
Eh ! bien, il y a des possibilités qu'il ne faut
jamais admettre; c'est le meilleur moyen de le; rendre impossibles.
VOWENBERG
Mais, s'il surgissait un nouveau Napoléon, vous et vos pareils, vous seriez prêts à le suivie, comme un troupeau.
l'oncle é.mile
l'as du tout. Je trouve que Napoléon l'ut un homme néfaste.
VOWENBERG
Vous dites ça maintenant... Ah! docteur Lurdau, vous n'en avez pas assez dit sur la mentalité de certains Français.
l'oncle émile Que voulez-vous dire?
VOWENBERG
Je veux dire qu'il faut haïr le militarisme, et que les gens qui font leur métier d'être militaires ont un cerveau comparable à celui du Catoblépas, animal tellement stupide qu'il dévorait ses propres pieds.