‹ Le retour de Jérusalem; comédie en quatre actesChapitre 56 sur 58 · MI (.11 KL · texte numérisé non relu

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SUZANNE

Et puis ma douleur est devenue consciente, lucide, contemplative, profonde; c'est la période la plus poignante elle dure longtemps

longtemps T... Voyez-vous, rien qu'à évoquer ces heures sombres, je suis prise d'effroi. .i< me demande comment je suis là devant vous, comment j'ai la force de vous en parler. Ah! Michel, malgré tout le mal que vous m'avez fait, je ne vous souhaite pas...

Elle pleure doucement.)

MICHEL

Suzanne, ma chère Suzanne, ma pauvre Suzanne, c'est affreux !

SUZANNE

Kl puis le temps accomplit son œuvre; il faut l'aiJer et avoir la volonté d'oublier. Ah! ça ne se fait pas tout de suite : on traverse encore des crises aiguës; mais c'est comme ces mauvais lèves qui vous deviennent familiers et pour ainsi dire mécaniques. Vous savez, quand on lève que quelqu'un veut vous jeter dans un précipice; on s'accroche à lui, on lutte désespérément, jusqu'à ce que, dans son sommeil, à force d'avoir eu ce cauchemar, on se dise : « Laisseloi donc tomber, puisquo lu te réveilleras dans ton lit! » et, en etïet, on se réveille dans la vie, dans les mille occupations journalières, dans l'affection de quelques amis, dans la tendresse de ses enfants. Ceux là étaient ma grande consolation, mon cher devoir, ma seule raison de. vivre. Mais ne parlez pas toujours de mon orgueil... J'ai souffert, Michel, je vous assure, et pourtant il parait que ce n'est pas assez.

MICHEL

Suzanne, oubliez ce que je vous ai dit tout à

l'heure; vous avez raison, j'étais injuste et je n'ai pas le droit de vous empêcher d'être heureuse. Emmenez vos enfants... emmenez-les... ils vous appartiennent, et c'est de tout mon cœur et sans arrière pensée que je vous fais ce sacrifice.

slzanm:

Je vous remercie, Michel.

MICHEL

Ne me remerciez pas, c'est une delte que je paie.

SUZANNE

Oui, une delte. En venant ici, j'avais une grande foi dans voire esprit de justice et dans voire bonté. Si vous m'aviez refusé ce que je vous demandais, c'eût été une suprême désillusion. J'ai cru autrefois que je ne pourrais jamais vous pardonner; mais aujourd'hui, et pour ce que vous venez de faire, (lui tendant la main) je vous pardonne.

MICHEL

Alors, vous allez être heureuse maintenant?

sdzanne Je l'espère... j'aurai une vie tranquille... à la

campagne... C'est la vie qui me convient. J'ai toujours eu un peuuneàme de fermière, moi. Je me rends bien compte que j'étais trop simple pour vous... je ne suis pas assez, comment dirais-jc? assez inqué tante; disons le mot, je ne suis pas une cérébrale.

MICHEL

Ali ! Suzanne, soyez généreuse, ne m'accablez pas. Vous savez bien que vous avez la plus belle intelligence : l'intelligence du cœur.

SUZANNE, souriant.

Allons... allons... ne prononcez pas de mots irréparables. Maintenant, je m'en vais... je m'en vais... il faut que je m'en aille. D'abord, il y a quelqu'un qui vous attend. Au revoir Michel.

MICHEL

Je vous accompagne.

\I1 la reconduit. Quelques secondes, pais il reutre dans son cabinet avec Trévières.)

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