SCÈNE II MICHEL, TRÉVIÈRES, puis JUDITH
MICHEL
Excusez-moi de vous avoir fait attendre.
TRÉVIÈRES
C'est moi qui vous demande pardon de vous déranger, mais j'ai à vous parler.
MICHEL
Voyons, de quoi s'agit-il ?
TRÉVIÈRES
Eh ! bien, voilà, c'est très délient... il m'arrive une chose assez surprenante.. .je voulais d'abord vous écrire; mais il m'a paru préférable de venir vous trouver. Je vous avais demandé, il y a quelques jours, de parler pour moi à Sagelier qui est votre ami, de me faire attacher à son cabinet. V^)us m'avez dit depuis que vous aviez effectivement vu Sagelier et que, sur votre recommandation, il vous avait paru très bien disposé en ma faveur. Vous avez même ajouté. que vous considériez la chose comme faite.
MICHEL
Oui. Eh bien?
TRÉVIÈRES
Eii ! bien, vous savez qui est nommé à ce poste d'attaché ?
MICHEL
Non.
Vowenberg
Yowenberg?
TREVIERES
-MICHEL
TRÉVIÈRES
Réellement, vous ne le saviez pas ?
MICHEL
C'est la première nouvelle.
TRÉVIÈRES
Pourtant, une personne qui vous touche de très près, s'est employée pour lui dans cetle affaire.
MICHEL
Je ne comprends pas du tout... de quelle personne voulez-vous parler?
TRÉYIÈRES
Mais de votre... mais de votre amie, enfin de Madame Fuchsyani.
MICHEL
Judith! Vous prétendez que Judith...
TRÉVIÈRES
Je ne prétends pas, Monsieur Aubier, j'en suis certain. Non seulement Madame Fuchsyani a fait agir Lazare Hœndelssohn, mais elle a écrit elle-même au ministre une lettre dans laquelle, au nom d'anciennes relations amicales, elle le priait de s'intéresser à Yowenberg et de le prendre auprès de lui.
MICHEL
Je serais bien étonné que Madame Fuchsyani ait écrit une telle lettre à mon insu. Vous avez vu celte lettre, Trévières?
TRÉYIÈRES
Oui, Monsieur Aubier, je l'ai vue.
MICHEL
Ah!
!'u silence.)
TRÉVIÈRES
Madame Fuchsyani no savait peut-être pas quo vous vous intéressiez à moi pour cette place ?
MICHEL
Si, elle le savait.
TRÉVIÈRES
Ah !
MICHEL
Mon cher ami, tout cela est extrêmement pénible... je vous fais loutes mes excuses et, comme je comprends dans quel état d'esprit vous êtes venu me trouver, j'ajoute à ces excuses ma parole d'honneur que j'ignorais absolument celte démarche de Madame Fuchsyani j Je vous en donne ma parole d'honneur.
TRÉVIÈRES
Oh ! Monsieur Aubier, de vous à moi, une parole d'honneur est inutile... vous me l'affirmez, ça suffit.
Oui, ça doit suffire.
TRÉVIÈRES
Monsieur Aubier, je suis désolé... je vous ai fait de la peine... je n'aurais pas dû vous dire...
MICHEL
Si, si, mon cher enfant, vous avez bien fait... il fallait me dire, au contraire... il vaut mieux ([ue je sache. Seulement, vous avez eu tort de douter de moi. Si vous aviez un peu réfléchi, comment auriez-vous pensé qu'après avoir mis. l'autre jour, Yowenberg à la porte de chez moi, après mètre battu avec lui, j'allais tout à coup mintéresser à ses affaires, au point de vous trahir, vous pour qui j'ai de L'affection et avec qui j'étais engagé?
TRÉVIÈRES
En effet, cela me semblait bien étrange de la part d'un homme comme vous... Mais quelquefois, malgré soi, on subit des influences...
MICHEL
Non, mon cher ami. quand il s'agit d'une parole donnée, aucune influence...
a ce moment, Judith entre; el'e vient <lti dehors; elle est en costume du matin, -on chapeau sur la tête, ombrelle claire, etc..
Bonjour, Michel. J'entre comme ça. Je savais que tu n'étais qu'avec Trévières. A Trévière-?.)
Bonjour Trévières.
TRÉVIÈRES
Bonjour Madame.
JUDITH
Vous m'excusez ?
TRÉVIÈRES
Comment donc ! où en serions-nous, chère Madame, si l'on se gênait avec des amis.
JUDITH
En effet... vous avez peut-être encore à causer avec Michel ?
TRÉVIÈRES
Non, non. nous avions fini justement je
m'en allais. Au revoir, Madame
J LDI m
Au revoir, Trévières.
[l\ sort. Michel l'accompagne. Judith restée seule, tout en enlevant -on chapeau, aperçoit la carte de Suzanne Michel rentre.