SCÈNE III AUGUSTE, ADRIEN
ADRIEN. — Monsieur, pardonnez;.moi; je suis monté ici par un raccourci, j'avais besoin de vous
parler.
AUGUSTE.-—Tiens,; c’est vous, jeune homme?
Tron de Diou, je n’espérais pas vous revoir si tôt. ADRIEN.—Monsieur, j'ai deviné sous votre modeste costume un homrme bien né qui a connu de meilleurs jours, et cela m'a décidé à réclamer de vous un service d’un prix inestimable pour moi.
AUGUSTE.—Un service? Vous m'en avez rendu
un bien mince pour demander si vite du retour. Ecoutez, mon camarade, dans le cours de ma vie, j'ai donné des milliers de louis, à des hommes que je connaissais moins encore que vous ne me connaissez, sans exiger d’eux même un remerciment.
ADRIEN.—Monsieur, je ne mérite pas ces duretés. AUGUSTE.—Enfin, que me voulez-vous ?
ADRIEN.—N'avez-vous pas dit, à l’auberge, que vous alliez chez M. Jolin ?
AUGUSTE.—Je l’ai dit.
ADRIEN.—Vous avez fait entendre, si je ne me trompe, que vous pouviez exercer sur lui quelque influence.
AUGUSTE.—A près ?
ADRIEN.—C'est qu’alors, monsieur, j'implorerais votre, protection pour une personne bien digne de votre intérêt, pour une jeune fille dont la position devient intolérable.
AUGUSTE.—Eh! eh! je commence à voir d’où vient le vent, mon jeune homme. Vous voulez parler de cette demoiselle que Jolin a recueillie En effet, on a fait allusion à une petite amourettæ, je crois.
ADRIEN.—Une amourette, monsieur? Dites un amour qui ne ffhira qu'avec ma vie.
AUGUSTE.—Eh! oui, sans doute ! Oh! j'ai passé par là, moi aussi. Mais, mon camarade, il y a donc bien longtemps que cet amour-là dure, pour être aussi enraciné ?
ADRIEN.—Oh ! il date de l'enfance, monsieur.
J’aimais Blanche Saint-Vallier longtemps avant de lé Savoir moi-même. J'étais malheureux chez mes parents; mon père me détestait, et ma mère... me répoussait souvent en pleurant. Et c’estiauprès de