‹ Le Retour de Tarzan Burroughs Edgar RiceChapitre 11 sur 26 · JOHN CALDWELL, DE LONDRES · texte numérisé non relu

JOHN CALDWELL, DE LONDRES

Terrorisée, la jeune fille avait fermé les yeux.

Elle les rouvrit en entendant un hurlement de triomphe, un cri effrayant, qui, pourtant, n’était pas poussé par le roi du désert.

Elle vit alors l’homme, un pied sur la dépouille inanimée d’« El Adrea », qui se frappait la poitrine en poussant de nouveau ce cri inhumain qui arrivait à elle, amplifié par l'écho.

Quand Tarzan aperçut le visage épouvanté de la jeune fille, il rougit et dit avec embarras :

« Pardonnez-moi, dit-il doucement. J’oublie parfois que je suis maintenant un homme civilisé. Quand je tue, je me sens de nouveau une bête féroce des bois... »

Il ne donna pas d’autre explication, mais vit bien que la jeune fille le regardait avec crainte.

Les deux voyageurs reprirent leur route. Le soleil était déjà haut lorsque, près d’un ruisseau à demi desséché, ils retrouvèrent les chevaux qui paissaient l’herbe rase. Ils s’en emparèrent sans difficulté, et s’acheminèrent dès lors au galop dans la direction du douar de Kadour ben Saden.

Ils arrivèrent au but, harassés, vers neuf heures du soir. Le vieux cheïk reçut Tarzan avec de grandes démonstrations

de sincère amitié et insista pour qu’il restât son hôte indéfiniment.

D’autres tâches appelaient Tarzan, toutefois il ne pouvait se dérober complètement aux instances de Kadour et resta toute une semaine dans son douar.

Enfin, il annonça fermement qu'il lui fallait partir. Le cheik et sa fille l’accompagnèrent jusqu’à Bou-Saada, et ne le quittèrent qu’en emportant l’assurance qu’il reviendrait un jour parmi eux.

Le soir tombait lorsque Tarzan entra dans la ville. Il put gagner son hôtel sans avoir été vu par aucune personne de sa connaissance.

L’hôtelier l’accueillit en écarquillant les yeux comme s’il voyait un revenant.

En souriant, mais sans donner d’explication, Tarzan réclama son courrier, que l’aubergiste se hâta de lui apporter. Tarzan y trouva une brève lettre de son supérieur, qui lui enjoignait d'interrompre sa mission actuelle et de se rendre au Cap par le plus prochain paquebot. D’autres instructions devaient lui être communiquées par un agent, lorsqu'il serait parvenu à destination.

C’était bref, mais explicite. Tarzan prit ses dispositions pour quitter Bou-Saada dès le lendemain matin, puis ayant recommandé à l’aubergiste le silence au sujet de son retour, il alla chez le capitaine Gérard qui, il le savait, était revenu d'expédition la veille.

L’officier manifesta autant de joie que de surprise à la vue de Tarzan.

« Quand le lieutenant Gernois m’eut appris qu’il ne vous avait pas retrouvé au lieu du rendez-vous, nous battîmes les montagnes pendant deux jours. À ce moment, on nous affirma que vous aviez été victime d’une rencontre avec un lion. Votre fusil fut retrouvé, et votre cheval revint seul au camp. Tout espoir de vous retrouver nous abandonna. Le lieutenant Gernoiïis manifesta beaucoup de douleur de votre perte et s’accusa lui-même de l’avoir provoquée involontairement. Comme il va être ravi de vous retrouver sain et sauf |

— Sans doute, dit Tarzan avec un léger sourire.

— Je lui apprendrai la bonne nouvelle dès demain, poursuivit l’officier. J’aurais aimé l’avertir tout de suite, mais il est en ville, ce soir. »

Après avoir expliqué sa disparition, affirmant qu’il s’était égaré, Tarzan fit de chaleureux adieux à l’officier, et le quitta. Il se doutait de l’endroit où se trouvait Gernois. Pendant son séjour au douar, un émissaire de Kadour s’était informé discrètement où se cachait Rokoff. C’est là qu’il alla.

Après avoir longé des ruelles étroites et obscures, il se trouva devant une maison basse, de médiocre apparence, dont une fenêtre était éclairée.

Tarzan regarda à travers la vitre et sourit. Il ne s’était pas trompé. Devant, une table étaient assis Rokoîff et Gernois, ce dernier parlait avec véhémence :

« Rokoff, vous êtes un démon ! grondait-il. C’est vous qui m'avez poussé au déshonneur en me promettant de l'argent, c’est vous qui m'avez incité à faire supprimer cet étranger venu, selon vous, pour me surveiller, et aujourd’hui, vous me réclamez une somme supérieure à celle que j’ai re-

çue, sous peine de me dénoncer! Ah! je vous abattrais comme un chien |

— Vous auriez tort, dit Rokoff avec nonchalance. N'oubliez pas que Paulvitch, mon féal ami, en sait autant que moi à votre sujet, et qu’il me vengerait.. Allons, causons sérieusement. Donnez-moi les papiers, versez-moi la somme indiquée et nous serons quittes !

— Mais ces papiers sont d’une grande importance, dit le traître. Ce sont des informations secrètes que j’ai recueillies à mon passage à l’Etat-major, et.

— Eh bien, ne vouliez-vous pas les vendre aux ennemis de votre patrie ? fit Rokoff avec un gros rire. C’est donc ce que je compte faire moi-même, avec la seule différence que vous n’en toucherez pas un sou... mais en revanche, vous pouvez être assuré de mon silence pour toutes vos « erreurs » passées |! »

Gernois garda le silence un instant, puis, le visage contracté, sortit son portefeuille et tendit un pli et un chèque à Rokoff qui s’en empara avidement.

« Prenez, fit-il d’un ton sombre, maïs vous tiendrez votre promesse, car un homme poussé à bout ne recule devant rien, et avant de disparaître, je rendrai à la société le service de la débarrasser de vous ! »

Et l'officier renégat ouvrit brusquement la porte. Tarzan n’eut que le temps de s’effacer pour laisser passer Gernois qui s’éloigna, sans regarder derrière lui, d’un pas saccadé.

Lorsque Tarzan fut certain que l’officier ne se raviserait pas et était définitivement éloigné, il poussa la porte et entra dans la pièce.

Rokoff leva les yeux et devint livide en apercevant son ennemi.

« Vous ! gronda-t-il.

— Moi ! fit simplement Tarzan.

— Que me voulez-vous ?... murmura Rokoff, me tuer, sans doute... vous n’oseriez pas |! Vous seriez condamné...

— Si, j'oserais parfaitement, et je ne serais pas condamné, car tous les soupçons tomberaient sur Gernois, quand Paulvitch parlerait, dit placidement Tarzan. Et d’ailleurs, je ne m'arrête pas à ces considérations. Vous êtes un lâche, Rokoff, et je crois bien que je vais vous tuer. »

Paralysé par l’épouvante, Rokoff sentit une main puissante lui étreindre la gorge.

« Oui, poursuivit Tarzan, je vous tuerais volontiers. Pourtant, je vous fais grâce, encore cette fois, non par pitié, mais en souvenir de la femme charmante que le caprice de la nature vous a donnée pour sœur. Seulement, vous allez me jurer de quitter, dès demain, le territoire français, et me donner immédiatement les papiers que vous cherchez à cacher... »

Et Tarzan arracha des mains de Rokoff les documents que lui avait remis Gernois.

Puis il sortit, laissant Rokoff effondré et respirant à peine.

Le lendemain matin, Tarzan partit pour Bouira et Alger. Comme il passait devant la véranda de l’hôtel, il aperçut le lieutenant Gernois, assis dans un fauteuil d’osier.

Le regard de l’officier traître croisa celui de l’homme qu’il croyait mort, son visage devint aussi livide. Machinalement, il porta la main à la visière de son casque, et Tarzan, sans répondre, détourna les yeux avec mépris.

Ce fut la dernière vision qu’il eut du traître.

À Sidi-Aïssa, Tarzan rencontra un officier français dont il avait fait précédemment la connaissance.

« Connaissez-vous la nouvelle, à propos de ce pauvre Gernois ? lui dit le soldat.

— Que lui est-il arrivé ?

— Il s’est tué ce matin vers onze heures... »

Deux jours plus tard, Tarzan atteignit Alger. Le prochain bateau pour Le Cap ne partait que dans quarante-huit heures. Il rédigea, pendant ce délai, un long rapport à son chef sur tous les détails de sa mission, négligeant d’y joindre les documents qu’il avait pris à Rokoff, car, ayant constaté leur réelle importance, il décida de les conserver sur lui jusqu’au jour où il pourrait les remettre entre les mains de l'agent du Cap.

Suivant les instructions de son chef, Tarzan avait retenu sa place sous un nom supposé : John Caldwell, de Londres. Il

s'était d’ailleurs demandé, sans trouver de réponse, quelle était la raison de cette précaution, et quelle mission allait lui être confiée au Cap.

À bord, le premier soir, Tarzan fut placé à table près d’une jeune fille que le commissaire du bord lui présenta.

Hazel Strong ! C'était le nom de l’amie intime de Jane Porter, dont la jeune fille lui avait souvent parlé, jadis, tandis qu’il ne supposait pas qu'il serait séparé d’elle à jamais.

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