‹ Le Retour de Tarzan Burroughs Edgar RiceChapitre 14 sur 26 · RETOUR À LA JUNGLE · texte numérisé non relu

RETOUR À LA JUNGLE

Quand Tarzan tomba à la mer, sa première réaction fut de s’écarter autant que possible du danger que pouvait constituer l’hélice du bateau.

Il n'avait pas le moindre doute sur l’identité du personnage qui l’avait lancé par-dessus bord, et tandis qu'il se tenait à la surface de l’eau, en faisant la planche, il regrettait amèrement d’avoir été une proie si facile pour Rokoff.

Il avait une chance sur cent d’être aperçu et recueilli par une barque, et une chance identique d’atteindre la terre, mais il décida de concilier les deux en se rapprochant le plus possible de la côte.

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Il se mit donc à nager, à grandes brassées régulières, après s’être dépouillé de ses vêtements qui constituaient un poids superflu et paralysaient ses mouvements.

Il put ainsi nager pendant des heures sans éprouver la moindre fatigue et, s’aidant de la position des étoiles, il se dirigea vers la terre, sans toutefois se défendre d’un sentiment d'angoisse à la pensée de la distance inconnue, et probablement énorme, qui l’en séparait…

L’aube pointait, lorsque Tarzan arriva à proximité d’une masse rocheuse qui s’érigeait au milieu des flots. Terriblement las, Tarzan se hissa sur la roche, et s’endormit comme une masse.

Il ne se réveilla que sous les rayons brûlants du soleil de midi, contre lesquels il était cependant protégé par l’ombre d’une roche. Sans bouger, Tarzan réfléchit à ce qu’il allait faire. Il fallait quitter sans délai cette île rocheuse sur laquelle il souffrait déjà de la faim et de la soif et d’où il ne pourrait plus fuir quand ses forces seraient épuisées par le jeûne. Il devait donc regagner la côte, malgré les requins et malgré la soif qui le tourmentait, dès que les rayons du soleil obliqueraient.

Il se redressa avec un soupir, et, se frottant les yeux, n’osa croire aux deux agréables surprises qui s’offraient à lui.

La première, ce fut la coque retournée d’un canot de sauvetage, qui flottait à côté du rocher, entourée d’épaves diverses ; la seconde, une ligne brunâtre, celle d’une terre qui se dessinait, au bout de l’horizon, à l’est.

Sans perdre un instant, Tarzan se jeta à l’eau, et au prix d'efforts démesurés, parvint à retourner le canot. L’embarcation paraissait en parfait état, et il ne restait plus au naufragé qu’à choisir, parmi les épaves, deux planches longues et étroites qui pussent lui servir de rames.

Ce ne fut que fort tard dans l’après-midi du lendemain qu’il parvint, avec ses rames primitives, en vue de la terre.

Enfin, il atteignit une plage de sable fin, et, le cœur battant de joie, posa de nouveau le pied sur cette terre d’Afrique qui l’avait vu naître.

Cette fois, ce n’était plus l’Afrique sèche et sablonneuse du Nord, mais la sylve épaisse et profonde des étendues sans fin de l’Afrique équatoriale.

Avec ivresse, Tarzan contempla ce paysage familier : la mer battait une plage étroite au bord de laquelle s’amorçait déjà les premiers taillis de la jungle.

Sans hésiter, Tarzan s’engagea dans la broussaille, à la recherche d’une source, pour apaiser sa soif ardente.

Il marcha longtemps, avant de se désaltérer, puis lorsqu’il eut trouvé de l’eau, un nouveau problème se posa. Tarzan était nu, et se trouvait sans arme. Certes, il se fiait à la vigueur de ses bras, et à sa force irrésistible, maïs il aurait souhaité une arme défensive et offensive.

Par bonheur, il trouva bientôt des lianes sèches et solides, avec lesquelles il confectionna rapidement une longue corde, selon l’usage des noirs du Cameroun. Quand il eut achevé sa tâche, il considéra son œuvre avec satisfaction : ce lasso allait lui permettre d’assouvir sa faim.

Le crépuscule tombait, et Tarzan se blottit dans les branches basses d’un arbre qui s’élevait au bord de la source. Il attendit plus d’une heure, patiemment, sa proie. À un moment, un bruissement d’herbes, imperceptible à tout autre, lui parvint, et il sut quel était le rival qui venait, lui aussi, guetter son repas du soir.

Un animal s’approcha craintivement de la source, pour s’abreuver : c'était un daim, et Tarzan eut l’eau à la bouche en songeant à cette chair délicate et tendre.

Les hautes herbes dans lesquelles s’était blotti l’autre chasseur étaient parfaitement immobiles, mais Tarzan savait que les yeux du guetteur avaient aussi étincelé, à la vue de cette pièce de choix, et qu’il n’attendait que le moment propice pour se jeter sur son gibier.

Le lion -— car c’était un lion -— s’apprêtait à bondir, toutes griffes en avant, lorsqu’au même instant, un lasso décrivit une courbe dans les airs, et vint enserrer le cou du daim. Un faible cri, et le fauve vit sa proie s’élever dans les airs, hors d'atteinte, tandis qu’un visage moqueur, à travers les branchages, lui faisait une grimace de dérision.

Furieusement, le lion rugit, puis menaçant, affamé, s'installa sous l’arbre qui servait d’abri à son ennemi, griffant avec rage le tronc dont il enlevait l’écorce.

Pendant ce temps, sans se soucier de la déconvenue de son rival, Tarzan s'était installé commodément dans les branchages pour y prendre son repas.

Avec délices, il déchiquetait les lambeaux de cette chair encore toute vivante, et but avidement un sang chaud qui lui rendait ses forces et son énergie.

Il faisait tout à fait nuit lorsqu'il se sentit repu.

Il laissa le reste de la carcasse entre deux branches, pour le lendemain, et passa d’arbre en arbre, à la recherche d’un gîte confortable pour la nuit. Le lion, à terre, le suivait en grondant sourdement.

Tarzan n'avait cure de sa poursuite, n’ayant pas la moindre intention de descendre des ramures, entre lesquelles il circulait avec l’aisance d’un singe. Le fauve s’aperçut que sa vengeance allait lui échapper, car, sur un dernier grondement d’avertissement, il fit demi-tour et disparut, en quête d’une autre proie.

Bientôt, à la fourche d’un arbre gigantesque, Tarzan s’endormit paisiblement, sous cette lune brillante qui tant de fois avait déjà bercé son sommeil.

Ainsi revint, sans effort, à la vie sauvage, celui qui pendant deux ans s’était efforcé de devenir un civilisé…

Le lendemain, dès son réveil, Tarzan alla boire à la source. Puis se jetant dans la mer il nagea quelques minutes. Enfin, il se nourrit du reste de sa chasse.

Il s’en fut à travers la jungle, son lasso sur l’épaule, afin de se procurer les armes qui lui manquaient.

Il marcha longtemps, longtemps, sans se décourager, car les villages sont rares dans la brousse. Il trouva une fois quelques huttes désertes et croulantes, mais n’y découvrit pas la moindre lame qui püût lui être utile.

Il s’avança avec méthode, suivant autant que possible les cours d’eau, car c’est toujours dans leurs parages que l’on trouve les habitations des hommes.

Pendant trois jours, il ne trouva rien, enfin, le quatrième, il arriva dans une sorte de jungle qui lui était peu familière : taillis rares, forêt dénuée, et au loin, de hautes montagnes.

Tarzan, tenté, songea à s'engager dans cette direction, mais une faible odeur vint frapper ses narines : c’était la présence de l’homme. Tarzan, répétant sa tactique habituelle, se cacha dans un arbre, attendant le passant qui bientôt apparut.

Ce fut un guerrier noir, armé de son arc et sa sagaie. Tarzan se félicita à la pensée que toutes ces armes allaient bientôt être siennes.

Cependant, non loin de lui, le fourré avait tressailli. Tarzan regarda attentivement : c'était un lion qui s’apprêtait à attaquer la même proie que lui.

Cette vue suffit à modifier le dessein de Tarzan. Il s’agissait maintenant de défendre ce guerrier sans défense.

Le fauve allait charger... En l’espace de quelques secondes, la bête s’élança. Tarzan lui enserra le cou de son lasso et poussa son fameux cri d'avertissement. Le noir fit un bond en arrière, hors de l’attaque immédiate de la bête.

Seulement, l’action de Tarzan avait été si rapide qu’il n’avait pu maintenir son équilibre pour résister à la poussée de la bête. Il chancela, et tomba sur le sol, à moins de dix pas de l’animal furieux et affolé.

Rapide comme l’éclair, la bête se retourna. Sans armes, à demi étendu à terre, Tarzan se trouvait plus près de la mort qu’il ne l’avait encore jamais été.

Ce fut le noir qui le sauva. Le guerrier avait compris qu’il devait la vie à cet étrange homme blanc, et rapidement, il lança sa sagaie dans le flanc du lion.

Furieux, le fauve se retourna, laissant aïnsi à Tarzan le temps nécessaire pour se relever, saisir l’extrémité du lasso et l’enrouler par deux fois autour d’un arbre. Le lion se débattit à l’autre bout, rugissant de rage et de douleur.

Le noir s’acharna alors sur la bête afin de la mettre hors de combat.

Il fallait éviter que le lion ne rompît la corde, car les deux hommes ne réussiraient pas à se mettre à temps à l’abri

de ses griffes.

Épiant l'instant favorable, Tarzan se jeta sur la bête, et d’un coup l’acheva.

Quand le lion fut mort, le noir et le blanc se contemplèrent longuement. Ils échangèrent le signe de paix et d'amitié.

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