‹ Le Retour de Tarzan Burroughs Edgar RiceChapitre 19 sur 26 · LA CITÉ DE L’OR · texte numérisé non relu

LA CITÉ DE L’OR

La nuit même où Tarzan devenait chef des Waziris, la femme qu’il aimait gisait, mourante, dans une barque, à la dérive sur l'Atlantique, à deux cents milles à l’ouest du territoire des Waziris.

Et pendant ce temps il dansait parmi ses sauvages compagnons nus, et les lueurs du foyer chatoyaient sur ses longs muscles souples. Cet homme, ce fils de la jungle, personnifait la force et la perfection physique.

La première semaine de son règne, Tarzan reconduisit les Manyémas à la frontière nord du domaine des Waziris, ainsi qu'il le leur avait promis au nom de ses guerriers. Les Manyémas furent extrêmement surpris de constater qu’on leur tenait parole, et jurèrent en retour de ne plus jamais participer à une expédition contre les Waziris.

Dès qu'il fut de retour au village, Tarzan entreprit des préparatifs pour conduire une expédition à la recherche de l'antique cité de l’or dont lui avait parlé le vieux Waziri, et il choisit cinquante de ses plus braves guerriers pour l’accompagner.

Tarzan avait assez vécu parmi les civilisés pour connaître la valeur de l’or, et pour que le métal jaune eût sur lui un pouvoir magnétique presque aussi grand que celui de l'aventure.

C’est ainsi que, par un matin resplendissant, Waziri, chef des Waziris, quitta son village à la tête de cinquante guerriers d’ébène, armés de pied en cap. Ils suivirent la route que le vieux Waziri avait décrite à Tarzan. Ils marchèrent pendant de longs jours, et à la fin de la vingt-cinquième étape, se trouvèrent sur les flancs d’une montagne, du haut de laquelle ils comptaient pouvoir déjà contempler la cité merveilleuse.

Ce fut Tarzan qui y parvint le premier, et il resta longtemps immobile, à contempler l’incroyable spectacle qui s’offrait à sa vue.

Au bout d’une étroite vallée sauvage et désolée, une ville aux murs élevés, surmontés de tours et de minarets, semblait bâtie d’or pur, sous les rayons du soleil levant. L’éloignement ne permettait pas à Tarzan de discerner les ruines et, en imagination, il voyait la ville grouillante d’animation, ses vastes temples pleins d’une foule sans cesse renouvelée.

L’expédition resta environ une heure au haut de la montagne, à contempler ce spectacle magnifique, puis Tarzan donna le signal du départ, et toute la troupe descendit l’autre

versant de la montagne pour gagner l’âpre vallée.

Les guerriers étaient pleins d’ardeur, et vers le crépuscule du même jour, ils atteignirent les remparts de la ville morte. Ceux-ci étaient encore presque intacts, et s’élevaient à une hauteur de cinquante pieds. Ils en firent le tour, dans l'espoir de trouver un endroit où les murailles seraient plus accessibles, et à plusieurs reprises, Tarzan éprouva l’impression singulière que des yeux invisibles suivaient, de l’autre côté des murs, les évolutions de sa petite troupe... Cette nuit-là, les guerriers campèrent sous les murs de la ville de l'or.

Vers minuit, ils furent réveillés en sursaut par un hurlement déchirant, qui semblait provenir de la cité morte. Ce cri faillit provoquer la panique chez les guerriers de Tarzan, et il n’eut pas trop de toute son autorité pour les empêcher de fuir.

Le lendemain, ils poursuivirent leurs recherches afin de pénétrer dans la ville. Ils découvrirent, encastré dans les remparts, un étroit escalier aux marches usées par le temps, et qui constituait sans nul doute le seul moyen d’accès dans cette singulière cité. Les noirs hésitèrent beaucoup à s’engager dans ce boyau. Tarzan leur montra l’exemple en s’avançant devant eux, contraint presque à marcher de côté, car le couloir était trop étroit pour ses larges épaules.

Il arriva ainsi jusqu’à un étroit espace qui s’étendait entre le mur qu’il venait de franchir et une seconde enceinte. Toujours suivi par ses guerriers noirs, Tarzan franchit la muraille intérieure et se trouva alors dans une large avenue qui aboutissait à un immense édifice de granit noir, entouré de constructions en ruine. C’était une construction en parfait état, surmontée d’un dôme majestueux dont l’entrée principale s’ouvrait entre deux énormes piliers surmontés d’une sorte de grand oiseau sculpté à même la pierre.

Tandis que Tarzan et ses compagnons contemplaient cette étrange bâtisse, ils eurent l’impression que des ombres s’agitaient à l’intérieur.

Tarzan se souvint à ce moment d’une lecture qui l’avait vivement frappé, pendant son séjour à Paris : c'était le récit d’une légende africaine qui voulait que des hommes blancs eussent longtemps vécu, à l’écart de toute civilisation, au cœur de l’Afrique.

Se pouvait-il qu’il se trouvât devant les derniers témoignages de l'existence de ces hommes, et que peut-être quelques survivants vécussent encore dans les lieux qui avaient vu la grandeur de leurs ancêtres ?

« Suivez-moi, dit-il aux Waziris. Allons voir ce qu’il y à dans cette grande case de pierre. »

Non sans hésitation, ses hommes se décidèrent à le suivre. En franchissant le seuil du sinistre édifice, Tarzan eut de nouveau l'impression que dans l’ombre des yeux se fixaient sur lui.

Il se trouva dans une sorte de rotonde, aux murs de granit, sur lesquels étaient posées des plaques de métal jaune. Regardant de plus près, Tarzan constata que ce métal n’était autre que de l’or, et que des inscriptions hiéroglyphiques s’y trouvaient gravées. Il passa, toujours suivi par ses guerriers tremblants, dans la salle suivante, ornée de sept piliers d’or pur, et pavée de dalles d’or. Mais partout, régnait une demiobscurité qui augmentait la crainte des noirs. Ceux-ci supplièrent Tarzan de sortir de ce singulier temple.

Tarzan se mit à rire et leur dit : « Partez, mes enfants, je vous rejoindrai de l’autre côté des murailles dès que j'aurai visité tout entier ce monument. Allez, vous respirerez mieux dehors ! »

Un peu honteux, les noirs hésitèrent à obéir, bien qu'ils en eussent fort envie, quand un cri épouvantable, semblable à celui qu’ils avaient déjà entendu la nuit précédente, vint mettre fin à leurs tergiversations. Terrorisés, les guerriers se ruèrent vers la porte du temple, et ne s’arrêtèrent, dans leur course éperdue, que lorsqu'ils eurent franchi les deux en-

ceintes de la ville morte. Ils s’aperçurent avec consternation que leur chef ne les avait pas suivis.

Pendant ce temps, calme et sans peur, Tarzan continua à avancer, de salle en salle, dans les ténèbres. Tout était silencieux autour de lui, et pourtant de sourds piétinements parvenaient de temps à autre à ses oreilles exercées. Enfin, il arriva devant une lourde porte, et comme il s’apprêtait à l’enfoncer d’un coup de sa robuste épaule, un grondement de menace, pareil au roulement du tonnerre, se fit entendre dans l’obscurité.

Tarzan n'eut pas la moindre idée de ce qui pouvait se trouver derrière cette porte close, mais puisque les étranges habitants du temple semblaient vouloir l’empêcher de la franchir, c’était une raison suffisante pour le décider à y pénétrer.

Tarzan enfonça donc la porte et pénétra dans une nouvelle salle qui était plongée dans une obscurité complète. Tandis qu’il avançait d’un pas hésitant, un bruit sourd retentit derrière lui et en même temps il se sentit agrippé par les bras et par les jambes. De toute sa force herculéenne, Tarzan chercha à se délivrer de ces multiples étreintes, mais les agresseurs semblaient innombrables, et dès qu’il s’était dégagé d’une prise, d’autres mains s’accrochaient à lui. Peu à peu sa résistance faiblit, il fut renversé, et ses mystérieux ennemis lui lièrent solidement les mains derrière le dos, et lui entravèrent les jambes.

Pendant toute cette lutte, Tarzan n'avait pas entendu un cri, seul le bruit haletant des respirations. Cependant, les vainqueurs traînaient leur prisonnier de salle en salle, jusqu’à une sorte de cour intérieure qui se trouvait au centre du temple. Là, enfin, Tarzan put voir ceux qui l’avaient ainsi at-

taqué. C’étaient des êtres singuliers, au nombre d’environ une centaine, trapus, robustes, avec de courtes jambes torses ; une barbe rousse et fournie s’étalait sur leur poitrine. Ils étaient vêtus de pagnes en peau de léopard et portaient des bracelets d’or massif aux poignets et aux chevilles. Pour armes, ils possédaient de solides matraques, et un poignard passé dans leur ceinture.

Mais ce qui était le plus surprenant dans leur apparence, c'était la couleur de leur peau. Ils étaient blancs, mais d’une blancheur cireuse qui faisait ressortir davantage leurs petits yeux noirs et rapprochés, et leurs longues dents jaunes.

Jetant Tarzan sans cérémonie sur le sol de la cour, ces singulières créatures l’abandonnèrent.

Tarzan regarda autour de lui et constata que l’étroit enclos dans lequel il se trouvait était de forme circulaire ; c'était une sorte de puits, auquel aboutissaient diverses galeries percées dans les murs, et au sommet duquel il apercevait un morceau du ciel crépusculaire.

Accablé de fatigue, Tarzan finit par s'endormir, et ne s’éveilla qu’à l’aube. Bientôt, le soleil se leva, et son premier rayon descendit dans la cour, enveloppant Tarzan de sa lumière dorée. Alors, presque simultanément, de toutes les galeries, accoururent des êtres pareils à ceux qui l’avaient capturé, et qui, se prosternant à terre se mirent à chanter une lente mélopée solennelle et rythmée.

Puis quelques-uns des chanteurs se détachèrent des groupes, et s’approchèrent de Tarzan, en dansant sur le rythme de la mélodie, sans même regarder le prisonnier, les yeux fixés sur le soleil comme dans une sorte d’extase. Pendant dix minutes environ, ils tournèrent autour du captif en

continuant leurs chants et leurs danses, puis, soudain, d’un seul mouvement, ils élevèrent leurs matraques en poussant des rugissements.

En même temps, la silhouette d’une femme se dressa et les écarta à grands coups d’une matraque pareille à la leur, mais faite d’or fin.

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