‹ Le Retour de Tarzan Burroughs Edgar RiceChapitre 22 sur 26 · LE TRÉSOR DE LA CITÉ D’OPAR · texte numérisé non relu

LE TRÉSOR DE LA CITÉ D’OPAR

La nuit était tombée lorsque La, grande prêtresse du Soleil, revint dans la chambre sacrée avec quelques provisions. Elle avançait en tâtonnant le long des murailles, n’ayant pas osé allumer une lampe. La salle était d’ailleurs vaguement éclairée par un rayon de lune filtrant à travers le trou pratiqué dans le mur.

« Ils sont furieux, dit-elle à voix basse à Tarzan. Jamais, jusqu’à présent, une victime n’avait échappé à l’autel, et ils redoutent le courroux du dieu. Cinquante hommes armés sont partis à votre recherche, et ils ont fouillé le temple dans tous ses recoins — sauf cette pièce.

— Et pourquoi ? Ont-ils peur d’y entrer ? demanda Tarzan.

— C’est la chambre sacrée. C’est là que reviennent les esprits et qu'ils se vengent, aussi nul n’entre jamais dans cette salle.

— Et vous ?

— Je suis la grande prêtresse, et ils ne peuvent rien contre moi.

— Dans ce cas, pourquoi m’ont-ils épargné ? » fit Tarzan en souriant.

Elle lui lança un rapide regard et répondit :

« Nul ne vous oblige à partager les superstitions de mon peuple. Pour ma part, je suis au-dessus de ces croyances grossières. Allons, restaurez-vous, et suivez-moi, car je ne pourrais revenir ici sans éveiller les soupçons, et j’ai trouvé une autre cachette, où vous attendrez le moment propice à votre fuite. »

Sans bruit, ils s’engagèrent de nouveau dans d’interminables galeries qui sillonnaïient le temple et aboutirent enfin à une chambre étroite, totalement obscure, dans laquelle la prêtresse laissa Tarzan seul. Le fils de la jungle s’aperçut bientôt, dans cette pièce privée d'ouverture, qu’un faible courant d’air pénétrait par une fente dans l’un des murs. Tarzan y appliqua la main : il ne s’était pas trompé, la maçonnerie disjointe livrait passage à l’air extérieur !

Désœuvré, Tarzan entreprit de desceller le moellon et y parvint sans grande peine. À sa grande surprise, en passant le bras par le trou ainsi pratiqué, il eut la sensation que cette muraille donnait directement sur le dehors.

Afin de s’en assurer, il descella encore deux ou trois pierres, pour pouvoir se glisser dans la brèche. Hélas ! ce n’était pas ce qu’il croyait. Il se retrouva dans une étroite galerie analogue à celles par lesquelles il était passé avec la grande prêtresse.

Il avança avec précaution dans l’obscurité, pendant une quinzaine de mètres, et s’aperçut alors que la galerie s’arrêtait net, à pic sur le vide. Tarzan examina longtemps le gouffre noir qui s’ouvrait devant lui et, levant les yeux, il aperçut, tout en haut, la pâle lueur des étoiles : cette galerie aboutissait à un puits dont l’eau noire miroitait, à une profondeur considérable.

Pourtant il constata que le chemin se poursuivait de l’autre côté du puits, et une fois de plus, il espéra qu’il se trouvait sur la bonne route. Il revint en arrière, jusqu’à sa cellule et, de la galerie, replaça les pierres qu’il avait descellées. L’épaisse couche de poussière sur laquelle se posaient ses pieds nus l’avait en effet persuadé que ce passage secret était inconnu des hôtes du temple, et il espéra qu’ainsi nul ne pourrait se lancer sur ses traces.

Cette tâche accomplie, il revint au bord du puits, d’un saut se retrouva à l’entrée de l’autre galerie.

Il marcha longtemps dans les ténèbres, se heurta à une lourde porte vermoulue qui céda sous sa vigoureuse pression et se trouva dans une salle carrée, autour de laquelle étaient rangés des lingots de métal de taille régulière. Tarzan pensa d’abord que c'était de l’or, mais les lingots étaient si nombreux qu’il repoussa cette hypothèse. Songez, quel trésor fabuleux !

À tout hasard, il prit un lingot qui, à la rigueur, lui servirait d'arme, puis s’arc-boutant à une porte qui faisait face à celle qu’il venait d’enfoncer, l’enfonça comme la première.

L’air arrivait plus vif dans la galerie, et Tarzan voyait se confirmer ses espoirs. Il courut et bientôt sentit que le sol remontait en pente douce. Enfin, il se heurta à des marches de granit, les gravit, et après s’être glissé, non sans effort, dans une étroite fente pratiquée entre deux rochers, se retrouva en pleine campagne, sous le ciel étoilé, à plus d’un kilomètre de la ville d’Opar baïignée par les rayons de la lune équatoriale.

Tarzan reprit haleine et il examina attentivement le lingot qu’il tenait encore à la main. De là son regard se tourna vers la ville et il murmura :

« Opar, cité enchantée au passé prestigieux ! Opar, ville étrange, tu es la gardienne du trésor le plus fabuleux du monde |! »

Le lingot était d’or massif.

Tarzan s’orienta et retrouva sans peine la vallée par laquelle il était venu à la tête de ses guerriers. Le soleil se levait lorsqu'il y parvint.

Il vit au loin une légère fumée, prudemment il se dirigea dans cette direction, car il pensait aussi aux cinquante hommes lancés à sa recherche dont la grande prêtresse lui avait parlé, mais quand il aperçut ses fidèles guerriers Waziris réunis en cercle autour de quelques tisons, il les interpella en leur langage :

« Debout, mes enfants, et saluez votre chef ! »

Les noirs se levèrent d’un bond et, reconnaissant leur chef bien-aimé, l’entourèrent en poussant de joyeuses exclamations.

Après s’être restauré et avoir pris un peu de repos, Tarzan conta brièvement à ses hommes les aventures qu’il venait de vivre, et leur montra le lingot d’or. Cet objet laissa indifférents les guerriers qui ignoraient la valeur de ce métal, pourtant ils acceptèrent sans objection de suivre Tarzan dans le long et étroit boyau qui conduisait à la chambre au trésor.

Cette fois, Tarzan s’était muni de torches, et il eut presque le vertige en pensant aux richesses qui étaient ac-

cumulées dans cette salle. Il ordonna à ses guerriers de se charger d’autant d’or qu’ils en pourraient porter, puis, ayant barricadé de son mieux la porte qu’il avait défoncée, il rebroussa chemin, suivi de ses hommes lourdement chargés.

Quatre jours plus tard, une fois la haute montagne franchie, les noirs retrouvèrent les sites familiers à leurs yeux. Tarzan leur ordonna de déposer à terre le fardeau dont ils s'étaient chargés sans murmurer, bien que, selon le code des noirs, un guerrier ne doit porter que ses armes, et leur dit de regagner seuls leur village.

« Et toi, chef ? demandèrent-ils.

— Je vous rejoindrai dans quelques jours, dit Tarzan. Allez maintenant retrouver vos femmes et vos enfants. »

Lorsqu'ils eurent disparu, Tarzan creusa un trou profond dans la clairière où il se trouvait, et y enterra le trésor qu’il avait arraché aux réserves oubliées de la cité d’Opar. Puis il reprit son chemin, sans se hâter, heureux de se retrouver seul.

Tandis qu’il voltigeait de branche en branche, comme au temps insoucieux de son adolescence, il flaira l’air avec attention et s’immobilisa. L’odeur caractéristique du lion venait de frapper ses narines, mêlée à des effluves humains -— à des effluves de blancs ! Sans perdre un instant, Tarzan suivit cette trace odorante et, parvenu au bord de la jungle, il aperçut une femme agenouillée et, devant elle, un homme vêtu de peaux de bête, le visage enfoui entre ses mains. Derrière l’homme, un lion s’avançait sans hâte vers cette proie facile.

Le fauve était prêt à bondir, il n’y avait pas un instant à perdre. D’un dernier élan, Tarzan parvint à une branche qui s’étendait juste au-dessus de la bête et, de toutes ses forces,

brandit sa lance acérée qui vint clouer le lion au sol. L’animal roula à terre sans émettre un son.

L'homme et la femme demeuraïent immobiles. Enfin, cette dernière ouvrit les yeux et leva la tête. À la vue de ce visage tant aimé, Tarzan faillit jeter un cri de surprise. Révait-il ? Comment Jane se trouvait-elle ici ? Pourtant, c’était bien elle.

La jeune fille s’était relevée, elle chancelaïit, alors son compagnon se précipitait vers elle, pour la soutenir.

À cette vue, Tarzan sentit une fureur aveugle l’envahir. Il était sur le point de bondir sur son rival et de le réduire à néant, mais en un effort surhumain, il se dompta et, sans retourner la tête, s’enfonça tristement dans la jungle, dans la direction du village de Waziri.

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