‹ Le Retour de Tarzan Burroughs Edgar RiceChapitre 8 sur 26 · LE SERMENT DE KADOUR · texte numérisé non relu

LE SERMENT DE KADOUR

Aplatis sur le toit, à l’abri des regards grâce au léger rebord de la terrasse, les fugitifs écoutaient les cris de déconvenue échangés par leurs poursuivants. «Ils sont furieux contre ceux de la rue qui vous ont laissé échapper, traduisait Abdul, le visage fendu maintenant d’un large sourire, et ceux de la rue disent qu’il n’est pas possible que vous ayez pris ce chemin ! »

Après de longues palabres, désespérant de retrouver ceux qu'ils cherchaient, les poursuivants étaient rentrés dans le café, et seul un petit groupe continuait à monter la garde dans la rue.

Tarzan et ses compagnons avaient rampé avec précaution un peu plus loin sur la terrasse, afin de se trouver à l’abri du soleil et des oreilles au guet.

Tarzan remercia la danseuse pour tous les dangers qu’elle avait courus pour un simple étranger.

« Tu n’es pas comme les autres ! Tu m'as parlé doucement et tu ne m'as pas insultée !

— Que feras-tu demain ? dit Tarzan. Veux-tu retourner dans ce café ou n’es-tu plus en sûreté à Sidi-Aïssa ?

— Je n'étais pas ici volontairement, dit la danseuse avec un soupir. J'étais une captive…

— Captive ! s’exclama Tarzan. Comment cela ?

— Esclave serait mieux dire... Je fus enlevée, une nuit, du douar de mon père par une bande de malfaiteurs. Ils me menèrent ici et me vendirent au propriétaire de ce café. Il y a presque deux ans que je mène cette vie haïssable et je n’avais encore jamais eu une chance d’essayer de m’évader. Mais je ne sais si je retrouverai jamais la tribu de mon père, qui est établie bien loin d'ici, vers le Sud.

— Si tu souhaites retrouver les tiens, tu peux me suivre jusqu’à Bou-Saada, où je dois me rendre, et de là, je demanderai au commandant du poste de te faciliter le reste du voyage.

— Merci, ah ! merci ! cria-t-elle. Comment pourrai-je jamais m’acquitter envers toi, étranger ? Mon père te récompensera, car il est noble et puissant : c’est le cheik Kadour ben Saden !

— Kadour ben Saden ! s’exclama Tarzan. Mais il était à Sidi-Aïssa cette nuit même. Il a dîné avec moi il y a quelques heures.

— Mon père est ici ? murmura la jeune Arabe sans oser en croire ses oreilles. Allah soit loué, car alors je suis vraiment sauvée |

— Psst! chuchota Abdul qui, pendant ce temps s’était rapproché du bord du toit, venez, maître. »

Tarzan rampa à côté de lui, mais Abdul secoua la tête :

«Ils viennent de partir, dit-il avec regret, mais j'ai vu deux hommes qui disaient que l’étranger qui avait payé pour vous provoquer dans le café chantant offrait une somme plus

élevée encore si une embuscade était tendue sur notre route vers Bou-Saada et si vous y trouviez la mort.

— Quel est donc cet homme qui est ton ennemi ? demanda la jeune danseuse.

— Je ne le connais pas, dit Tarzan en réfléchissant. À moins que... »

Mais l’hypothèse qui venait de lui passer par l’esprit était si improbable qu'il la rejeta aussitôt.

Quand le calme fut revenu définitivement dans les ruelles, les trois fugitifs, en passant de terrasse en terrasse, s’éloignèrent de l’endroit dangereux et, par des chemins détournés, rejoignirent enfin l’hôtel de Tarzan.

Le premier soin du jeune homme fut de faire venir Kadour ben Saden. L’aubergiste avait d’abord soulevé quelques difficultés pour envoyer un commissionnaire à une heure aussi tardive, mais la vue d’une pièce blanche le calma, et au bout d’une heure environ, le messager revint, suivi par le cheik. Celui-ci lança, en entrant, un regard interrogateur sur Tarzan.

« Le noble étranger m’a fait l'honneur... » commença-t-

Mais ses yeux tombèrent à ce moment sur sa fille, et il eut un cri de joie.

« Allah est miséricordieux puisqu'il me rend l’enfant que j'ai tant pleurée ! » dit-il en serrant sa fille avec transport dans ses bras.

Lorsqu'il connut les détails des circonstances auxquelles il devait de retrouver son enfant, l’Arabe tendit gravement la main à Tarzan.

« Quelque jour, dit-il d’un ton solennel, il sera donné à Kadour ben Saden de te rendre le bien que tu viens de lui faire, étranger ! »

Et Tarzan comprit que ce n'étaient pas là de vaines paroles.

Après une nuit presque sans sommeil, il fut décidé que, dès le lendemain, l’escorte composée du cheik, de sa fille, de quatre de ses hommes, de Tarzan et d’Abdul, partirait pour Bou-Saada. Il était bien probable que l’embuscade préparée contre Tarzan n’était pas prévue pour une expédition aussi nombreuse et que les ennemis, intimidés, n’oseraient peutêtre pas même faire usage de leurs armes.

C’est en effet ce qui se produisit. Le voyage, au galop rapide des petits chevaux arabes, s’effectua sans incident. Toutefois, dans un défilé formé par les derniers contreforts de l’Atlas, les voyageurs aperçurent au loin deux burnous blancs qui s’enfuyaient, emportés par le galop de leurs chevaux.

« Voici nos amis, sans doute, dit Kadour clignant de l’œil et montrant ses dents étincelantes.

— Oui, mais ils ne semblent pas vouloir renouer connaissance avec nous ! » riposta Tarzan en riant à son tour.

Enfin, ils arrivèrent à Bou-Saada. Tarzan se sépara du cheik et de sa fille à l’entrée de la ville, mais il dut jurer solennellement de venir bientôt dans le douar de Kadour Ben Saden. Il fit cette promesse de bon cœur, car il avait été con-

quis par la noble simplicité de l’Arabe, et par les yeux rieurs de sa fille, qui avait commencé, durant le voyage, à lui enseigner les éléments de l’arabe.

Lorsque Tarzan arriva à l’hôtel du Petit Sahara, où étaient descendus les officiers, l’un d’eux était encore dans la salle, devant son bol de café au lait. C’était Gernois, qui lui tournait le dos.

Tarzan allait passer outre, lorsqu'il tressaillit : la silhouette d’un Arabe venait de se profiler dans l’encadrement de la fenêtre, et l’homme avait échangé quelques mots, à voix basse et rapide, avec le lieutenant.

Page 1