‹ Le Rétrécissement Mitral: Dans Ses Rapports Avec L'État PuerpéralChapitre 17 sur 53 · L'ŒDÈME AIGU DU POUMON AU COURS DE LA GESTATION · texte numérisé non relu

L'ŒDÈME AIGU DU POUMON AU COURS DE LA GESTATION

Parmi les symptômes du rétrécissement mitral, il en est un que la gravidité rend fréquent et redoutable, l’œdème aigu du poumon, le plus tragique des accidents gravido-cardiaques.

On en a tant donné d'explications, plus ou moins satisfaisantes, qu’il n’est ni superflu ni osé d’en chercher de nouvelles.

19 Description.

Elle ne diffère pas dans la grossesse, de la description générale de la crise habituelle ; début brusque, de préférence le soir ou la nuit, après une fatigue ou une émotion. Tantôt, sans avertissement préalable, tantôt précédée d’œdème laryngo-bronchique et d’une petite toux quinteuse, ou encore de la douleur constrictive de l’angine de poitrine. À l’acmé, la malade est en proie à une suffocation terrifiante, elle est pâle, les lèvres violacées, les extrémités froides. Conjointement à cette dyspnée, elle émet une écume spumeuse, aérée, de coloration saumonnée et Striée de sang. ie

En même temps, l'examen objectif permet de constater une sonorité sensiblement normale et à l’auscultation, une véritable marée montante de râles sous-crépitants fins qui remplissent toute la poitrine. |

Tantôt le cœur assiste impassible à la crise, tantôt les battements cardiaques sont violents et tumultueux, ou encore faibles et sourds. Quant à la tension artérielle, parfois elle reste normale, dans d’autres cas on note une élévation globale, souvent au contraire une chute et surtout un écrasement de la pression différentielle.

L'évolution de la crise est très variable : l’asphyxie peut être progressive et emporte rapidement la malade, mais parfois la guérison est possible, la dyspnée s’atténue, l’expectoration devient moins abondante et la malade s'endort épuisée.

Il est intéressant de rechercher à quel moment de la grossesse, de pareilles crises sont à redouter. Nous savons, qu’en dehors de la gestation, les crises d’œdème aigu sont, en somme, assez rares au cours du rétrécissement mitral. Mais, fait curieux et digne d’être signalé,les crises d’œdème apparaissent, en général, au cours de la grossesse, chez des malades qui n’en souffraient pas auparavant et, inversement, les femmes qui en présentaient avant d’être enceintes n’en ont quelquefois plus du tout pendant leur grossesse. En tout cas, nous n’avons jamais vu les crises

d’oœdème aigu du poumon garder les mêmes caractères en déhors et durant la gravidité. Au début de la gestation, il y à toujours une variation qüelconque en bien ou en mal, dans leur intensité ou leur fréquence. |

Quelquefois les crises sont quotidiennes, tandis que

ar

d’autres fois, l'intervalle qui les sépare peut être très grand. Durant les neuf mois de la gestation, on peut n’en: registrer qu’une erise ; dans ce cas-là, c’est fréquemment à l’occasion du travail qu’elle éclate.

20 Pathogénie.

= Nous n'avons en vue que la pathogénie des crises d’oœdème aigu pendant la gravidité. Bien que présentant cer tains caractères spéciaux durant cette période, son mécanisme se rattache nécessairement à celui de l’œdème aigu pulmonaire en général, au cours de la sténose mitrale.

Il nous faut tout d’abord éliminer l’opinion défendue autrefois par VAQUEZz, d’après laquelle les brusques aecidents de congestion pulmonaire œdémateuse seraient dus à une défaillance aiguë du ventricule droit. LAugry et Rourier ont montré que l’œædème aigu du poumon ne rappelle jamais cette forme d'insuffisance cardiaque.

Il ne nous reste donc à passer en revue que les autres théories toxique, mécanique et nerveuse qui ont été invoquées tour à tour. Nous verrons que si elles contiennent toutes une part de vérité, elles sont cependant insuffsantes lorsque l’on prend chacune d'elles en particulier.

A. Théorie toxique. — Cette théorie a été défendue autrefois par LASÈGUE, Germain SÉée et surtout DikuLAroy. Il est certain que quelques intoxications, par exemple par le nitrite d’amyle, le salicylate de soude, les gaz de combat et l’adrénaline, sont capables de provoquer des crises d’œdème aigu ou, tout au moins, des troubles respiratoires qui en sont une copie plus ou moins déformée.

Page 1