HÉROS ESS
Depuis, sans modification des autres symptômes, les crises d’œdème pulmonaire avec ou sans douleur angineuse deviennent extrêmement fréquentes, environ une par semaine et sont presque infailliblement déclanchées par les rapports sexuels. C’est dans ces conditions que la malade devient enceinte. Ses dernières règles datent du 10 octobre 1926. Or, depuis le début de sa grossesse, les crises d’œdème aigu ont considérablement diminué comme intensité et comme fréquence malgré des rapports sexuels fréquemment répétés. Cependant, malgré cette diminution des crises pulmonaires, la malade se sent beaucoup plus fatiguée depuis qu’elle est enceinte ; les palpitations et surtout la dyspnée d’effort augmentent au point de lui interdire actuellement presque toute activité. Entre temps, il y a exactement trois mois, elle a eu une brusque perte de-connaissance à la suite de laquelle elle serait restée un jour sans pouvoir exprimer sa pensée par des mots.
Il y a deux mois, elle toussait depuis quelques jours quand elle a été prise brusquement d’un point de côté intense siégeant à gauche au niveau des dernières fausses côtes, point de côté rendant très pénible la toux et les mouvements. Pendant quinze jours, à la suite du début de ce point de côté, elle a eu des crachats striés de sang ; ce point de côté est toujours allé en s’améliorant et actuellement a presque disparu. Cependant, elle tousse et crache continuellement. La température est normale.
Le 15 mars 1927, la malade vient consulter à l'hôpital Broussais. À l’examen nous constatons un frémissement cataire, un roulement diastolique, un claquement de fermeture, un souffle systolique de la base au foyer aortique, un souffle diastolique ayant son maximum le long du bord gauche du sternum au niveau du 4° espace intercostal et un claquement du 2e bruit au foyer pulmonaire. La tension est à 10 1/2-4. Le pouls est régulier à 84. Les poumons sont normaux ; il n’y a pas d’œdème malléolaire et le foie est normal.
Nous voyons la malade le même jour à l'écran (ef. fig. 10), les bases sont claires, on ne note pas de diminution de la transparence pulmonaire; la stase veineuse est d’intensité
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moyenne, il n'y a pas de saillie de l’are moyen; le ventricule gauche est petit ; l'oreillette gauche, un peu saillante, pointe vers la colonne, mais sans l’atteindre. à
Notre maître LauBry décide de continuer la grossesse. Traitement : gardénal : 0 gr. 20, strophantus, spasmosédine.
Le 23 mars, bon état général, le pouls est à 76.
Le 29 mars, pas de modification des troubles fonctionnels mêmes signes physiques.
Fig. 10.
Mme Germaine J..., 45 mars 1927 (Ortho du D: Caapenon). Aspect mitral avec insuffisance cardiaque moyenne, qui, par la suite, s’est montrée stationnaire pendant toute la gestation.
Depuis la malade est revue régulièrement tous les mois, mais nous ne notons chaque fois aucun changement jusqu’au 28 juin 1927 où à la radio le ventricule gauche apparaît légèrement augmenté de volume, sans qu’il y ait toutefois aucune exagération de la stase veineuse pulmonaire, ni aucune autre modification elinique.
Le 19 juillet 1927, accouchement normal à terme sans
Mers
aucun signe. de défaillance cardiaque, Depuis nous n'avons pas revu la malade et nous ne pouvons pas dire, pour le moment, ce qu'ont été les suites de couches, si les crises d’œdème aigu ont de nouveau apparu, ni si elle a présenté dans ces deux derniers mois des symptômes d'évolution de ses lésions car. diaques déjà si complexes.
Ogs. VII. — Mme Yvonne V..., primipare, 23 ans, boulan-
gère, vient consulter le 11 mars 1927 à l'hôpital Broussais païrce qu’elle est enceinte de deux mois et qu’elle a une maladie de cœur.
Elle n’a jamais eu de rhumatisme ne aigu et même n'a jamais été vraiment malade; tout au plus, avait-elle depuis longtemps un peu de dyspnée d’effort, mais elle n’y faisait aucune attention.
Il y à deux ans, en 49%, elle aurait eu un infarctus pulmo- naire, à l’occasion duquel on lui a découvert un rétrécissement mitral. À la suite de cet incident, elle a présenté des crises assez bénignes d’œdème aigu pulmonaire, crises nocturnes avec sensation d’étouffement, toux et expectoration mousseuse rosée caractéristique. Depuis 1925 également, la dyspnée d’effort jusque-là légère a augmenté dans une certaine proportion. De même des palpitations et des algies précordiales se sont ajoutées aux symptômes précédents.
Histoire de la grossesse actuelle. — Les dernières règles datent de la fin de décembre 1926. Or, la malade a remarqué que le début de sa grossesse a coincidé avec une diminution d'intensité et de fréquence de ses crises paroæysliques d’œdème pulmonaire qui depuis le’ début de. février ont même complètement disparu. Quant aux autres symptômes (dyspnée d'effort, palpitations, algies) ils n’ont pas subi de changement du fait de la gestation. Enfin, la malade a quelquefois les jambes enflées le Soir.
A l'examen, on trouve un frémissement cataire, un roulement diastolique et. un dédoublement du 2€ bruit à la base. La tension artérielle est : 12 1/2-8 1/2. II n’y a pas d’albumine, pas d'œdème malléolaire, les poumons sont normaux,
L'examen radioscopique, le même jour; montre un ventricule
gauche légèrement augmenté de volume, un arc moyen allongé et saillant, peu de stase veineuse pulmonaire et une oreillette gauche pointant vers la colonne, mais petite.
29 août 1927. -— Les crises de dbme aigu ne se sont plus reproduites depuis février; mais les autres troubles fonction: nels ont augmenté progressivement d'intensité. Parallèlement à ces derniers, la radioscopie a montré une légère augmentation progressive de la stase veineuse pulmonaire, ainsi que du volume de l'oreillette gauche, qui cependant n’a jamais atteint la colonne.
Le 4 octobre 1927, la malade a accouché sans difficulté. Depuis, nous n’avons plus eu de ses nouvelles.
Oss. VIII. — Recueillie due le service qu professeur JEAN- NIN à la Maternité de là Pitié.
Mne Georgette Brou..., quatrième geste, troisième pare,
25 ans. On ne relève aucune maladie dans les antécédents de cette femme qui, d’ailleurs, en dehors de ses gestations n’a jamais souffert de son cœur. Et même, durant sa première grossesse en 1923 qui s’est terminée à 5 mois par une faussecouche accidentelle, elle n’a ressenti aucun trouble fonetionnel.
Ii n’en a pas été de même lors de sa deuxième grossesse où, étant enceinte de cinq mois, et étant venue à la consultation de la Pitié, elle a été prise durant l’examen d’une crise caractéristique d’œdème aigu, qui a nécessité une saignée immédiate. Durant les cinq derniers mois, elle a eu d’autres menaces, mais pas de crise véritable. L'accouchement a été terminé le 20 août 1923 par une application de forceps au moment où la dilatation a été complète. Les suites de couches ont été normales.
La troisième grossesse a été normale.
Quant à la quatrième, qui a immédiatement suivi la précédente, son cours a été marqué par deux syncopes qui n’ont pas eu de suites. L’accoucheur fit un accouchement artificiel. Nous examinons la malade huit jours après la naissance de son enfant et nous constatons simplement des signes de maladie mitrale, sans insuffisance cardiaque. Les poumons, le foie sont normaux, et il n’y a pas d’œdème.
ral 7 AG
Cette malade n'étant jamais, depuis, venue à la consultation de cardiologie de l'hôpital Broussais, nous n’avons pu ni l’examiner à l’écran, ni suivre la marche de sa cardiopathie. Nous ne la citons que comme un exemple d’une crise d’œdème aigu pulmonaire survenant isolément au cours d’une seule grossesse chez une multipare, ayant une maladie mitrale sans gravité.