‹ Le Rétrécissement Mitral: Dans Ses Rapports Avec L'État PuerpéralChapitre 37 sur 53 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LES RÉTRECISSEMENTS MITRAUX STABILISÉS ET LA PUERPÉRALITE

Au cours du premier chapitre de cet ouvrage, nous avons dit ce que nous entendions par le terme de rétrécissement mitral « stabilisé » ; nous ne reviendrons pas, par conséquent,sur cette définition, Nous savons également que cette stabilisation n’est pas toujours définitive et que souvent c’est la gravidité qui cause le réveil inflammatoire ou fonctionnel de l’évolution de l'affection.

Ces faits ont déjà été étudiés et nous n’avons à nous occuper maintenant que des sténoses mitrales qui se trouvant être stabilisées avant la conception, sont demeurées dans cet état pendant les trois stades de l’état puerpéral.

D’après les résultats de notre statistique personnelle parmi les cardiaques enceintes atteintes de rétrécissement mitral, environ la moitié sont atteintes d’une sténose stabilisée. Mais dans l'évaluation de ce pourcentage, il faut tenir compte du fait qu'un certain nombre de malades, bien qu'ayant pourtant un rétrécissement mitral, ne ressentent aueun trouble fonctionnel, ignorent même leur maladie de cœur et ne vont jamais consulter.

En réalité, l'erreur doit être moins grave qu'il ne semble au premier abord, car, même au cours des sténoses stabilisées, les femmes qui ne présentent pendant la oravidité aucun trouble fonctionnel sont plutôt rares. Nous savons au contraire, que la plupart d’entre elles ressentent divers malaises plus ou moins inquiétants qui sont tous imputables à la perturbation neuro-gravidique.

Mais, et c’est là le fait important qui se dégage de l'étude du rétrécissement mitral stabilisé pendant la gestation, malgré cette apparence symptomatique variable, les car-” diaques qui en sont atteintes accouchent exactement comme des femmes normales (1). En particulier, il n’est pas rare de rencontrer parmi elles de grandes multipares, qui, sous tous les rapports, se portent aussi bien que nombre d’autres femmes exemptes de toute affection cardiaque.

En l’espace d’un an, nous avons eu l’occasion d’examiner deux malades qui rentrent dans cette catégorie. La première avait mené à terme six grosesses, la deuxième sept, et cette dernière histoire était d'autant plus intéressante qu'il existait également chez cette malade un syndrome de Basedow fruste. Voici d’ailleurs le résumé de ces deux observations.

O8s. XVII. — Mme Marie B... 43 ans, vient consulter le 2 juin 1927 à l'hôpital Broussais parce qu’elle est enceinte de six mois et ressent des palpitations qui surviennent surtout dans la journée, après les repas, ou le soir en se couchant.

1. Nous faisons, bien entendu, une exception pour Îes crises d’ædème du poumon qui s’observent parfois au cours de sténoses non évolutiver.

Dans ses antécédents, on ne relève pas de rhumatisme articulaire aigu, mais cinq grossesses qui ont toutes été absolument normales. | ;

À l’examen, la palpation permet de percevoir un frémissement cataire. À l’auscultation, on entend un roulement diastolique et un dédoublement du deuxième bruit à la base. La

tension artérielle est de 11-7 au Vaquez-Laubry.

A la radiographie, le lendemain, on découvre une image de rétrécissement mitral, mais aucune stase veineuse.

O8s. XVIII (Observation due à l’obligeance du Dr Mar- CHAL). et

Mme L... journalière, 47 ans, entre à l'hôpital Beaujon (salle Debove) le 30 décembre 1926 pour une bronchite consécutive à une grippe, déclarée vers le 20 décembre.

A l’auscultation pulmonaire, on trouve très peu de râles sibilants et ronflants, mais en procédant à l'examen on découvre une sténose mitrale qui n’a jamais été diagnostiquée.

A la palpation on perçoit un frémissement ; à l’auscultation, on entend un éclat du premier bruit, un dédoublement du deuxième à la base et un roulement diastolique.

Le pouls, qui est régulier, varie de 72 à 85. La tension est de 12,5-8,5. Le foie est abaissé, mais n’est pas gros. Enfin, il n’y à pas d’œdème des membres inférieurs.

Par contre, les yeux sont saillants et ont un éclat particulier. Le cou est légèrement tuméfié ; malgré l’absence de tachycardie permanente et de tremblements basedowiens on pense à une maladie de Basedow fruste.

La malade a eu 7 enfants et a fait une fausse-couche. Cinq des enfants sont morts de méningite et diarrhée.

Nous concluons donc à un rétrécissement mitral stabilisé qui n’a pas donné de complications jusqu’à ce jour; ni bronchite tenace, ni hémoptysies, ni tachycardie paroxystique, ni accidents gravido-cardiaques. Pas d’antécédents de rhumatisme avéré.

L'examen radiographique pratiqué le 5 janvier 1927, montre un petit ventricule gauche, un arc moyen allongé et légèrement saillant et une oreillette gauche augmentée de volume.

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