ACTION DU RÉTRÉCISSEMENT MITRAL SUR LA GESTATION
On a certainement remarqué que nous nous sommes toujours tenus à l’écart des discussions touchant les questions uniquement obstétricales, vis-à-vis desquelles nous ne nous sentons aucunement qualifiés. Aussi comprendrat’on facilement notre hésitation avant de nous résoudre à ajouter à notre travail un chapitre traitant de l’influence des lésions mitrales sur la grossesse. Nous nous sommes cependant décidés à lentreprendre, car il nous a semblé qu'un travail consacré comme le nôtre à l'étude des accidents gravido-cardiaques du rétrécissement mitral ne pouvait pas passer sous silençe les quelques accidents obstétricaux auxquels sont exposées les femmes atteintes de cardiopathies.
Nous r’entrerons pas dans les détails et nous nous bornerons à signaler ce qui est, à l’heure actuelle, classique, ainsi que les phénomènes que nous avons relevés chez plusieurs de nos malades,
Le premier de ces accidents est l’unertie utérine qui entraine la difficulté de la dilatation et rend parfois impos-
sible l'expulsion fœtale ; cet état pathologique est très fréquent chez les cardiaques et en rapport avec la faiblesse musculaire résultant de l'atteinte de l’état général ; il apparait aussi comme une conséquence de l'insuffisance ventriculaire gauche et par conséquent le meilleur moyen de le traiter préventivement est de remédier à la défaillance cardiaque comme nous l’avons indiqué au cours du précédent chapitre. Nous n’insistons pas sur le traitement obstétrical qui n'offre rien de particulier et passons à l’étude d’un deuxième accident.
Les métrorragies, qui ne sont pas toujours en rapport avec la gravité de l’affection cardiaque ; celle-c1, en effet, ne rentre, de l’avis unanime, que pour une petite part dans leur étiologie. Bien d’autres facteurs peuvent aussi être inériminés lorsqu'elles sont observées chez les cardiaques. Quoi qu'il en soit, elles se montrent fréquemment au . cours de la grossesse de préférence à l’approche des règles, mais c’est au moment du travail et surtout de la délivrance qu’elles sont à redouter. Elles reconnaissent alors généralement pour cause l’inertie utérine déjà mentionnée et c’est elle qu’il convient de combattre.
Mentionnons enfin l’avortement et l’accouchement prématuré qui, bien que certains auteurs récents soutiennent le contraire, s’observent plus fréquemment chez les cardiaques que chez les femmes normales. D’après Porak, dont la statistique est déjà ancienne, on rencontre ces accidénts dans 41 % des cas ; d’après la nôtre, l'accouchement n’a pas lieu à terme 50 fois sur 100 ; c’est surtout l’accouchement prématuré que nous avons observé ; il est assez en rapport avec l'importance de l’insuffisance cardiaque
et toutes choses égales d’ailleurs, a lieu d’autant plus près du terme que la cardiopathie est moins grave. Nous n’avons fait porter notre pourcentage ni sur les malades atteintes de pseudo-sténoses mitrales de la gravidité qui, bien entendu, accouchent normalement, ni sur les malades chez qui nous avons dùû faire interrompre la grossesse.
La cause de ces avortements est assez difficile à préciser. D'après BRroww-SÉQUARD, ce serait l'excès d’acide carbonique qui se trouve dans le sang des cardiaques qui éveillerait prématurément les contractions utérines. Il semble cependant plus probable que, dans certains cas, l'accouchement se produit par suite d’épanchements sanguins qui décollent le placenta. Ces épanchements sont tout à fait à rapprocher des métrorragies que nous avons signalées il y a un instant. :
Dans d’autres cas, par suite de l’insuffisance ventriculaire gauche, le sang maternel n’apporte plus au fœtus les éléments nécessaires à sa nutrition et la mort du produit de conception précède alors son expulsion.
J. Séjourné 10