‹ Le Rev. P. Marquette, s.j. ou Notes sur les découvertes du Mississipi [microforme]Chapitre 4 sur 13 · NES 17 SES · texte numérisé non relu

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seil, et déclaré au Père qui s'obligez d'hiverner pour une qua trième fois avec eux, afin de les instruire et baptiser. Les principaux de la nation se déclarèrent chrétiens ; et afin de les cultiver, le Père ayant passé dans une autre misseion on m'en donna le charge que j'allai prendre au mois de Septembre 1669,

Tous les chrétiens étaient dans leurs champs pour ramasser ie bled d'Inde. Ils m'écoutèrent avec plaisir lorsque je leur dis que je ne venais à la pointe qu’à leur considération et celle des Hurons ; que jamais on ne les abandonnerait, qu'on les chérirait par dessus toutes les autres nations, et qu'ils ne faisaient plus qu'une même chose avec les Français. J'eus la consolation de voir leur affection à la prière, et l’état qu'ils font d'être chrétiens ; je visitai les Anciens que je trouvai tous bien disposé : }°, chef ayant souffert qu’on attachât proche de sa cobane à une perche un chien, qui est une espèce de sacrifice que les sauvages font au soleil, et lui ayant dit que cela n'était pas bien, il aila lui-même aussitôt le jeter en bas, Un malade instruit, mais non pas encore baptisé, me pria de lui octroyer cette grâce, ou bien de demeurer près de lui, parcequ'il ne voulait point employer la jonglerie bien your 12 guérison, et qu'il craignait le feu d'enfer, je le disposai au baptême, J'étais souvent dans sa cabanne ; la joie qu'il eu recevait lui rendit en partie la santé ; il me remercia du soin que j'avais delui; et, peu de temps après, disant que je lui avait donné la vie, il me fit présent d'un esclave qu'on lui avait amené des Illinois depuis deux ou trois mois.

Etant le soir dans la cabanne d'un chrétien ou je couchais, lui ayant fait faire quelques prières aux Anges Gardiens, et lui avant raconté quelques histoires pour lui faire connaître l’assistance qu'ils nous donnent, principalement dans les périls où nous nous trouvons d'offenser Dieu; il me dit, qu’il connaissait bien à présent ane main invisible qui le frappa, étant sur le point depuis son Baptême de faire mal avec une femme, et qu'ayant entendu comme une voix qui lui disait qu'il se souvint qu'il était chrétien, il se retira sans opmmettre aucun péché; il m'? depuis souvent parlé de la dévotion aux Anges Gardiens, et en a entretenu les autres sauvages,

Quelques jeunes fenimes baptisées servent d'exemples à toutes les autres et ne rougissent point de dire qu’elles sont chrétiennes. Les mariages parmiles sauvages se rémpent quasi aussi facilement qu'ils se lient, et ce n’est point déshonneur de se marier à d’autres. Ayant appris qu'une jeune femme chrétienne, quittée par son mari, était dans le même danger, à cause des parents, je l’allai visiter, je l’encourageai À ce comporter chrétiesgmement : elle a si bien tenu sa parole, qu'on n'a jamais entendu parler

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d'elle ; sa conduite, avec les remontrances que j'en ai faites à son mari, l’a contraint de la reprendre sur la fin de l'hiver, et aussitôt elle n'a point manqué de venir à la chapelle, en étant, auparavant, trop éloignée ; elle m'a découvert sa conscience, et j'admire qu'une jeune femme ait vécu de la sorte.

Les Fayens ne font point de festin sans sacrifice et nous avons de la peine à les en empêcher ; les chrétiens à présent ont changé ces façons d'agir et pour l'obtenir plus facilement, je garde un peu de leur coûtume, et j'en ôte ce qui est de mal ; il faut qu'il: parlent au commencement du festin, ils s'adressent dons à Dieu, auquel ils demandent la santé, et ce qu’ils ont de besoin, et que c'est pour ce sujet qu'ils donnent à manger aux hommes. Il a plu à Dieu de conserver tous {es chrétiens en santé, excepté deux enfants qu'on voulait me cacher, et pour lesquels un Jongleur avait fait ses diableries, qui moururent peu de temps après leur Baptême.

Ayant invité les Kiskakonk de venir hiverner auprès de la chapelle, ils quittèrent toutes les autres Nations pour se rassembler proche de nous, afin de pouv oir prier Dieu, d'être instruits, et de faire recevoir le Baptême à leurs enfants. Ils se déclarèr ent chrétiens, et c'est pour cela que dans tous les conseils et les affaires de conséquence je m'adressais à eux, et c'était assez de leur témoigner ce que je voulais comme à des chrétiens, ils me disaient aussi que c'était à cause de cela qu'ils m'obéissaient, Ils or4 pris le dessus sur les autres Nations, et on peut dire qu'ils en gouvernent trois autres. (C’est une grande et à un Missionnaire de voir des esprits si souples parmi la Barbarie, vivre avec tant de paix, avec des Sauvages, et passer quelquefois les journées entières à les instruires et à les faire prier Dieu. La rigueur de l'hiver, et le mauvais temps ne les empêchait point de venir à la Chapeile ; 1 y en avait qui n'auraient pas laissé passer un seul jour, et ;'étais occupé à les recevoir depuis le matin jusque au soir; j'en disposais pour le Baptême, et j'en instruisais pour la confessior, et j'en désabusais de leurs rêveries. Les anciens me disaient que la jeunesse n'avait point encore d'esprit, et qu'il fallait que j'empêchasse leurs débordements, Je leur parlais souvent de leurs filles, afin qu'ils ne permissent point que les jeunes wens les allassent visiter la suit. Je savais qnasi tout ce qui se passait parmi deux Nations qui étaient proches de nous mais ayant entendu quasi parler de toutes les autres, on ne m'a jamais rien dit des Chrétiens ; et lorsque j'en demandais le sen#irent à quelques anciens, ils n'avaient rien à me répondre sinon qu’elles priaient Dieu. Je leur inculquais souvent ce point sachant

bien toutes les importunités qu’elles souffrent toutes les nuit, et

Je courage qu'il faut qu'elles aient pour résister. Elles ont appris à être modestes, et les Français qui les voyaient, voyaient bien qu’elles ne ressemblaient point aux autres. C’est par là qu'on sait différence des chrétiennes d’avec les autres.

Instruisant un jour les anciens dans ma cabane, et leur pa vrlant de la eration du monde, et d'autres histoires de l'Ancien T'estament ; ils me racontèrent ce qu'ils croyaient autrefois ; ils en font À présent un sujet de fable, Ils ont quelques connaissances de la tour de Babel, disant que leurs anciens avaient raconté qu'on avait autrefois fait une grande maison, mais qu'un grand vent l'avait jeté par terre. Ils méprisent toutes ces petites divinités qu'ils avaicut auparavant que d'être baptisés ; ils en raïllent souvent, et s'étonnent d’avoir eu si peu d'esprit, que d’avoir fait des sacrifices à ces sujets de fables,

J'ai baptisé un adulte après une longue épreuve : et voyant son assiduité à la prière, son ‘ingénuité à me raconter sa vie passée, les promesses qu'il me faisait, principalement dene point aller voir les filles, les assurances qu’un me donnait de sa borne conduite, m'ohligèrent de lui accorder ce qu'il me demaudait ; il a depuis continué, et aussitôt après son retour de la pêche, il n’a pas manqué Ge veñir à la Charelle. Tous les sauvages se séparèrent pour aller chercher à vivre après les Fêtes de Pâques ; ils me promirent qu'ils se souviendraient toujours de Ja Prière, et me suppliaient fort qu'un de nos Pères les allât retrouver à l'automne, quand ils seraient rassemblés. On leur accordera ce qu'ils demandent, et s’il plaît à Dieu de nous envoyer quelque Père, il prendra ma place, tandis que pour exécuter les crdres du P. Supérienr, j'irai commencer la Mission des Illinois.

Les TIlinoïs sont, éloignés de la pointe de trente journées par terre, par un chemin très-difiicile, Ils sont au $. Sud-Ouest de la pointe du Saint-Esprit. L'on passe par la nation des Ketchigamius, qui font plus de vingt grandes cabanes : ils sont dans ïes terres. Ils cherchent à connaître les F rançais, espérant en avoir des haches, des couteaux et autres objets en fer. I] les craignent de telle sorte qu'ils ont retiré du feu deux Illinois qui ont dit, étant attachés aux poteaux, que le Français avait dit qu'il voulait que la paix fut par toute la terre. L'on passe ensuite chez les Miamioüek, et on arrive par. de grands déserts aux [linois qui se sont principalement réunis en deux bourgades, qui font plus de huit à neuf mille âmes. Ces peuples sont assez disposés pour le chistianisme ; depuis que le P. Allouez leur a parlé à la Pointe, d'adorer un seul Dieu, ils ont commencé de quitter leur fausse divinité : ils adorent le soleil et le tonnerre. Ceux que j'ai vus paraissent être d'assez bon naturel. Tls ne courent point Jes nuits à la façon des autres sauvages. Un homme tue hardi-

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ment sa femme s’il apprend qu'elle n’& pas été fidèle. Ils sont plus retenus dans leur sccrifices, et me promettent d’embrasser le christianisme et de faire tout ce que je dirai dans le pays. C’est dans cette vue que les Outaouais m'ont donné un jeui.e homme qui en était nouvellement venu, et qui m'a donné les commencements de la langue, durant le loisir que les Sauvages de la Pointe m'ont donné durant l'hiver ; à peine peut on l'entendre quoiqu'il y ait quelque | chose de l'AI: 3onquine.

J'espère néanmoins, moyennant la grâce de Dieu, d'entendre et d’être entendu, si Dieu par sa bonté me conduit en ce pays.

Il ne faut point espérer de pouvoir fuir les croix dans toutes nos missions, et le meilleur moyen d'y vivre content, c'est de ne les point craindre, et d'attendre de Ja bonté de Dieu, dans la jouissance des petites, d'en avoir de beaucoup plus grandes. Les Ulinois nous souhaitent à la façon des sauvages, pour partie per avec eux à leurs misères, et pour souffrir tout ce qui se peut imaginer de la barbarie. Ce sont des brebis égarées qu'il faut chercher parmi les broussailles et les bcis, puisque d’abord elles crient si fort qu’on les aille retirer de la gueule du loup ; ce sont les instances qu'ils m'en ont faites durant l'hiver. (C’est pour cela qu'ils sont allés ce printemps dans le Pays avertir les anciens de me venir chercher à l'automne.

Les Illinois vont toujours par terre, sèment du bled d'Inde, ont des citrouilles aussi grosses que celle de France, ont quantité de racines et de fruits. La chasse aes bœufs sauvages, de l'ours, des cerfs, des coqs d'Inde, des canards, des outardes, des tourtes et des Grues, y est très belle. Ils quittent leurs bourgs quelque temps de l’année pour aller tous ensemble sur les lieux où se tuent les bêtes, et pour mieux résister aux ennemis qui les viennent attaquer. Ils croient que si j'y vais, je mettrai la paix partout, qu'ils demeureront toujours dans un même lieu, et qu’il n’y aura que la jeunesse qui ira chasser.

Quand les Illinois viennent à la Pointe, ils passent une grande rivière qui a quasi une liene de large. Elle va du Nord au Sud et si loin, que les Illinois qui ne savent ce que c'est que le canot, n ‘ont point encore entendu parler de la sortie ; ils ont seulement appris qu'il y a de très grandes nations plus bas qu eux, dont les unes font deux fois du bled d'Inde, l'année du côté de l'Est, S. Est de leur pays, une nation qu ‘ils appellent Chaouanon les est venu visiter l'été passé. Ce jeune homme qu'on m'a donné qui m'enseigne la langue les a vus; ils sont chargés de rassade, ce qui fait voir qu'ils ont communication avec “les Européens ; : ils avaient traversé une terre durant près de trente jours, devant que d'arriver au Pays. Il est difheile

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que cette grande rivière se décharge dans la Virginie ; et nous croyons plutôt qu'elle a son embouchure dans la Californie, Si

les sauvages qui me permettent de faire un canot, ne me manquent point de parole, nous irons dans cette rivière tant que nous pourrons, avec un français et ce jeune homme qu'on m'a donné, qui sait quelques unes de ces langues, et qui a une facilité pour apprendre les autres ; nous visiterons les nations qui les habitent, afin d'ouvrir le passage à tant de nos pères, qui attendent ce bonheur il y a si longtemps. Cette découverte nous donnera une entière connaissance de la mer où du Sud ou de l'Ouest.

A six ou sept journées plus bas que les [linois, il y a une autre grande rivière (le Missouri) dans laquelle sont des natious prodigieuses qui se servent de canots de bois ; nous ne pouvons rien en écrire autre chose jusqu'à l’année prochaine si Dieu nous fait la grâce de nous y conduire.

Les Illinois sont guerriers ; il fout quantité d'esclaves, dont ils font trafic avec les Outaouais, pour en avoir des fusils, des chaudières, des haches et des couteaux. [ls avaient autrefois la guerre avec les Nadouessi, et ayant fait la paix depuis qnelaxes années, je l'ai affermie pour leur faciliter le voyage de la Pointe, où je vais les attendre pour les accompagner dans le Pays.

Les Nadouessi, qui sont les Troquois de ce pays, au delà de la Pointe, mais moins perfides, et qui n’attaquent jamais qu'après avoir été attaqués, sont au Sud-Ouest dela mission du St. Esprit. C’est une grande nation, et qu’on n’a pas encore visitée, nous étant attachés à la conversion des Outaouais , ils craignent le Français à cause qu'il apporte le ‘er en ce pays; ils ont une langue toute différente de l'Algonquine et de la Huronne. TI y a quantité de bourgs, mais ils s'étendent bien loin, Ils ont des facons de faire toutes extraordinaires ; ils adorent principalement le calumet, ne disent mot dans leurs festins, et quand quelqu'étranger arrive, ils lui donnent à manger avec une fourchette de bois, comme on ferait à un enfant,

Foutes les nations du Lac leur font la guerre, mais avec peu de succès. Ils ont de la fausse avoine, se servent de petits çanots, et gardent inviolablement leurs paroles.

Je leur ai envoyé un présent par l’Interprête, pour leur dire qu'ils eussent à reconnaître le Français partout où il se rencontrerait: qu'ils eussent à ne le point tuer, ni les sauvages qui l'accompagneraient, que la Robe noire voulait passer dans le pays des Assinipouars, dans celui des Kiïlistinaux; qu'elle éait déjà aux Outagamis, et que je partais cet automne e pour aller

aux Illinois, dont ils laisseraient le passage libre. Ils y ont con-

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senti ; mais pour ce qui était de mon présent, ils attendaient que tout le monde fut revenu de la chasse, et qu'ils se trouveraient cet Automne à la Pointe pour tenir conseil avec les Illinois, et pour me parler. Je souhaiterais que toutes les nations eussent autant d'amour pour Dieu, qu'ils ont de crainte des Français : le christianisme serait bientôt florissant.

Les Assinipouars qui ont quasi la même langue que les Nadouessi, sont vers l'Ouest de la mission du St. Esprit, ils en sont à quinze où vingt journées sur un lac où ils font de la fausse avoine, et où la pêche est très abondante.

J'ai oui dire qu'il y avait dans leur pays une grande rivière qui mène à la mer de l'Ouest, etoù un sauvage me dit qu'étant à l'embouchure, il avait vu des Français, et quatre grands canots à la voile,

Les Kilistinaux sont des peuples errants, etnous ne connaiss( pas bien encore leur rendez-vous : ils sont vers le Nord-Oues de la mission du Saint Esprit, sont toujours dans les bois, ils n’ont que leur arc pour vivre. Ils passèrent à la mission où j'étas l'automne passé, jusque au nombre de deux cents canots qui venaient acheter des marchandises et du bled ; ils entraient dans les bois pour y passer l'hiver. Je les ai vus ce printemps sur le bord du lac. »

On voit par cette lettre que le P. Marquette espérait aller vers les Illinois à l'automne. Il avait été destiné pour cette mission, et il s’y était préparé par l'étude de leur langue. On ignore si les Illinois &t les Sioux vinrent le rencontrer à l'automne, mais ilest certain qu'il n'entreprit sas d'alier par terre visiter leurs cabanes. Il n’est pas même jwwbable que la réunion ait eu lieu, car on vois de bonne herre en hiver, les Sioux lever la hache de guerre contre les Hurons, et les Outaouais qui avait eu l'imprudence de provoquer par leur insolence ces terriles ennemis. Avant de déclarer la guerre, les Nioux commenbèrent par renvoyer au missionnaire les images de piété que celui-ei leur avait fait parvenir en gage d'amitié.

Les sauvages de la poirte de Chouamigon voyaient Gone maintenant la guerre et le carnage les menacer : les terribies Dahcotah, avec leurs longues chevelures noires, avecleurs dagues de pierre à leur ceinture, s'avançaient en nombre formidable. Le crainte était grande à la mission du St. Esprit. Au prin. temps, les Hurons et les Outaouais résolurent de s'éloigner d’un voisinage si dangereux ; mais ceux-ci furent les premiers à se

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