‹ Le Rev. P. Marquette, s.j. ou Notes sur les découvertes du Mississipi [microforme]Chapitre 7 sur 13 · PRES HUE · texte numérisé non relu

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ont eommencé l'été passé, auprès de la chapelle, un fort dans le-

uel se trouvent renfermés toutes leurs cabanes. Depuis lors ls se sont rendus plus assidns à la prière ; ils ont écouté plus volontiers mes instructions et ont consenti à tout ce que j'ai exigé d'eux pour mettre un terme à leurs désordres et à leurs abominables coutumes. Il faut prendre patience, avec des esprits sauvages qni n’ont eu jusqu'à présent d'autre maître que le démon dont eux et leurs ancêtres ont été les esclaves, et qui retombent souvent dans les péchés auxquels ils sont habitués dès l'enfance. C'est à Dieu seul d'affermir leurs esprits volages, de les mettre et de les maintenir dans la grâce ; c'est à lui surtout de toucher leurs cœurs pendant que nous bégayons à leurs oreilles.

Les Tionnontateronons se sont trouvés cette année au nombre de trois cents quatre-vingts, et plus de soixante Outaouasinagans se sont rangés avec eux. Plusieurs étaient venus de la mission de Saint François-Xavier, où le P. André a hiverné l'an passé avec eux ; ils m'ont varu bien différents de ce que je les avais vus à la Pointe du Saint-Esprit (1). Le zèle et la patience de ce père ont gagné à notre sainte foi, ces cœurs, qui nous en paraissaient les plus éloignés. Ils veulent être chrétiens, apper à la chapelle leurs enfants pour être baptisés, et se ren-

ent fort assidus à la prière,

L'éé passé, ayant été obligé d'aller à Sainte Marie-du-fault avec le P. Allouez, les Hurons venaient à la chapelle durant mon absence aussi assidûment que si j'y eusse été, et les filles y chantaient ce qu’elles savaient. Ils comptaient les jours qui se passaient depuis mon départ, et demandaient continuellement quand je reviendrais. Je ne fus absent que quatorze jours, et, à mon arrivée, chacun se rendit à la chapelle, où plusieurs venaient exprès de leurs champs, quoique fort éloignés.

J'assistais volontiers à leurs festins, ou je les instruisais et les invitais à remercier Dieu, qui leur donnait des vivres en abondance, tandis que d’autres nations, qui n'avaient point encore embrassé le christianisme, avaient bien de la peine à s'exempter de la faim. Je m'eflorçais de rendre leurs songes ridicules et d'amener les nouveaux baptisés à reconnaître celui dont ils étaient les enfants adoptifs, ceux qui faisaient festin, quoique encore idolâtres, ne rougissaient pas de faire le signe de la croix devant tout le monde. Plusieurs jeunes hommes, dont on s'était

(1.) Mission du Saint Esprit, à la pointe du Chagouamigon,

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voulu railler pour les en détourner, le faisaient même dans les plus grandes assemblées, encore que je n'y assistasse pe

Quelques Hurons chrétiens, venus de Québec et de Montréal, déclarèrent d'abord qu'ils ne se trouveraient jamais dans les assemblées où Dieu serait offensé ; que, si on les invitait aux festins, ils y suivraient la coutume des chrétiens. Ils se rangaient auprès de moi quand j'y pouvais assister, et gardaient leur liberté quand j'en étais absent.

Un sauvage, considérable parmi les Hurons, m'avaft invité à son festin, où les chefs assistaient, Les ayant appelés chacun par leur nom, il dit qu'il voulait leur déclarer sa pensée afin que personne ne l'ignorât :

« Qu'il était chrétien, qu'il renonçait au dieu des songes et à toutes leurs danses pleines d’indécences ; que la Robe noire était le maître de sa cabane, et qu'il ne quitterait point cette résolution quoi qu'il pût arriver.»

Je pris plaisir de l'entendre, et, prenant de là occasion de parler plus fortement que je n'avais encore fait, je les assurai que je n'avais d'autre dessein que de les mettre dans le chemin de paradis, que c'était le seul sujet qui m'arrêtait parmi eux et

ui m'obligeait de les assister au péril de ma vie, Dès qu’on a dit quelqu chose dans une assemblée, cela se divulgue aussitôt dans toutes les cabanes ; on s'en aperçoit à l’assiduité des uns à la prière, et à la malice des autres qui tâchent de rendre ros instructions inutiles.

Un jour, dans un grand conseil où cinq autres nations étaient assemblées, je fis quelques présents au neveu d’un chef qui mourût l'an passé dans les bois. Alors les assistants m’offrirent un grand collier de porcelaine (1) pour répondre à ce que j'avais dit.»

« Que je prétendais affermir le christianisme parmi les Hurons, qui ne semblait encore que commencer.» Ce jeune homme et toute sa parenté se sont déclarés, et disent que c'est moi qui gouverne leur cabane. J'espère que ce qu'ils font maintenant par respect et par crainte se fera un jour par amour, et avec un vrai désir de se sauver.

(1) Le collier de porcelaine ne 8e donne, chez les sauvages, que lorsqu'on traite des affaires de grande fimportance. Les forcelaines de Ce pays sont des espèces de coquilles cannelées, allongées, un peu pointues, £ans oreilles et assez épaisses, Elles renferment un poisson dont la chair n’est pas bonne à manger, mais leur intérieur est d’un si beau vernis et a des couleurs si vives que l’art ne A rien faire qui en approche (Charlevoix Journal de Voyage, eic., page 209, 219.)

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Plus de deux cents sauvages étant partis dès l'automne pour la chasse, ceux qui sont demeurés ici m'ayant demandé qu'elles dauses je leur défendais, je répondais d'abord que je ne permettais point les danses que Dieu défend, : mme sont celles où on ne garde jas ln décence ; que, pour les .utres, j'en jugerus quand je les aurai vues. Chaque danse a son nom, mais je n'ai trouvé de mai que dans celle qui se uomme de l'ours. Une femme impatiente dans sa maladie, et voulant satisfaire son dieu et son imagination, fit inviter vingt femmes pour ceite danse de l'ours. Elles étaient couvertes de peaux d'ours, avec de beaux colliers de porcelaine, Elles grondaient à la manière des ours, mangeaient et semblaient se cacher comme des ours, pendart que la malade dansait et ordonnait de temps en temps qu'on jetât de l'huile dans le feu avec de certaines superstitions, Les hommes; qu'on avait appelés pour chanter étaient fort embarrassés par satisfaire aux caprices de la malade, pareequ'ils n'avaient point encore entendu d'airs semblables (cette danse n'étant point en usage chez les Sionnontateronons) ; j'ai su tirer parti de cette circonstance pour les en détourner.

L'hiver, quoique rude n'a pas empêché les sauvages de venir À la chapelle ; plusieurs s’y sont rendus deux fois le jour, quelque vent et quelque froid qu'il fit. Dès l'automne, je commençais à préparer les uns à la confession générale de toute leur vie, et à en disposer d’autres qui n’en avaient point fait depuis leur baptême. Je n'aurais pas cru que des sauvages eussent pu rendre un compte ri exact de toute leur vie. Aussi plusieurs d’entre eux ont-ils employé plus de quinze jours à s'examiner. Je les ai trouvés bien changés depuis ce temps là, de sorte qu'ils ne voulaient pas même assister aux festins ordinaires sans m'en demander auparavant la permission.

Comme les sauvages, et surtout les femmes, ont des imaginations très-1ortes, elles sont quelquefois guéries dans leurs maladies quand on leur accorde ce qu'elles souhaitent. Aussi leurs médecins, qui ne connaissent rien à leurs maux, leur proposent quantité de choses dont elles pourraient avoir envie, et quand la malade déclare ce qui lui plaît, on nc manque point de le lui donner, Mais, durant cet hiver, plusieurs malades, eraignant qu'il n'y eut péché en cela, ont constamment répondu qu'ils ne souhaïtaient rien et qu'ils feraient ce que la Robe noire leur dirait.

J'ai baptisé cette année vingt-huit enfants, dont l’un était parti de Sainte Marie du Sault avant d'avoir reçu ce sacrement. Le P. Henry Nouvel me l'avait écrit afin que j'y prisse garde, mais cet enfant étant tombé malade sans que je le susse, il risquait de mourir dans ce triste état. Heureusement Dieu permit qu'ins-

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