‹ Le Rev. P. Marquette, s.j. ou Notes sur les découvertes du Mississipi [microforme]Chapitre 8 sur 13 · RE. EN · texte numérisé non relu

RE. EN

truisant dans ma rabane deux sauvages considérables et assez intelligents, ils me demandèrent si un tel enfant qui était bien malade avait été paptisé. J'y courus sur le champ, je lui donnai le baptême, il mourut la nuit suivante ; d’autres enfants ont aussi q ‘tté cette terre d’exil et sont ailés en paradis, Ce sont des cousolations que Dieu nous envoie qui nous font estimer notre vie d'autant plus heureuse qu'elle pourrait paraître plus misérable,

Farmi les adultes que j'ai baptisés, so trouvait une femme que j'instruisuis depuis plus d'un an. Je l'avais toujours différée, jusqu'à ce que la voyant bien résolue de servir Dieu, je l'ai baptisée le jour de l'Annonciatien. Ell: ne manque pas de venir pour l'ordinaire trois fois le jour à la ch:'pelle, où elle demeure plus de temps que les autres pour y réciter de longues prières.

Dieu a particulièrement assisté les Hurons qui demeurent près de notre chapelle ; ils ont eu cette année le bonheur de tuer grande quantité d'ours, de cerfs, de castors et de chats sauvages. Plusieurs bandes n’ont pas mantjué de garder ce que je leur avais ordonné porr les prières,

Le songe, auquel ils avaient recours autrefois, a passé pour une chimère dans leur esprit, et s'il est arrivé qu'ils aient rêvé sur l'ours, ils n’en ont pas tué pour cela ; au contraire ayant recours à la prière, Dieu leur a douné ce qu'ils souhaitaient.

C’est, mor Révérerd Père, tout ce que je puis mander à votre Kévérence de cette mission, où les esprits sont plus doux, plus traitables et mieux disposés à recevoir les instructions qu’on leur donne, qu'en aucun autre lieu. Je me dispose cependant à la laisser entre les mains d'un autre missionnaire pour aller selon l’ordre de votre Révérence, chercher vers la mer du Sud de nouvelles nations qui nous sont inconnues, pour leur faire connaître notre grand Dieu qu’elles ont jusqu'a présent ignoré.

Tels étaient les humbles et laborieux travaux de cet homme distingué, ayant souvent À compter avec les caprices et quelques fois à subir les insultes de ses sauvages ignorunts ; mais de bonne heure Marquette avait appris à attendre d’un monde meilleur ia récomperse de ses peines et de son dévouement : de bonne heure aussi, sur les genoux d’une mère chrétienne, il s'était pénétré de l'importance du salut; et sauver une seule âme, celle d'un pauvre sauvage, lui emblait une conquête plus glorieuse que l'acquisition d’un empire.

Les mots qui devaient terminer la lettre de Marquette nous manquent, ainsi que la date, mais elle a dû être écrite dans l'été de 1672 et envoyée à Québec par la flotille de l'Outaouais. | Ce fut aussi probablement par le même convoi qu’il apprit que ses vœux et ses prières étaient aussi exaucés, que le gouvernement

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allait envoyer une expédition à la découverte du Missisispi et qu'il était le missionnaire choisi pour l'accompagner. Son cœur tressaillit de joie à cette nouvelle, quoiqu'il pût prévoir à quels dangers il allait être exposé : sa santé usée par les travaux et les privations était déjà bien compromise ; le chemin qu'il allait parcourir lui était inconnu, les nations qu'il allait rencontrer étaient ennemis des Français ; mais tout ceci ne put alarmer son courage, 1} aurait accueilli la palme du martyre avec bonheur si elle se fût présentée sur sa route, Cependant son humilité ne lui permettait pas de jamais rommer le martyre: pour lui, cette glorieuse victoire du ere chrétien, était ‘ la mort pour cesser d'offenser Dieu. ”

Nous voici donc arrivés à l’époque si intéressante de la vie du P. Marquette, où il va enfin commencer à se préparer sérieusement pour cette mission des Illinois, l'objet de si constants désirs ; car il ne faut pas l’onblier : si la découverte du Mississipi a jeté tant de lustre sur le nom du P. Marquette, ce n’est pas parce que l’humble missionnaire a jamais recherché cette gloire humaine. S'il se réjouissait à la nouvelle de son prochain départ, c'était parce qu’il allait se trouver « dans une heureuse nécessité d'exposer sa vie pour le salut des nations du Mississipiet particulièrement pour les Illinois qui l'avaient prié avec de d'instance de leur porter chez eux la parole de Dieu. »

« Le; jour de l’Immaculée Conception de la Ste. Vierge, que J'avais toujours invoquée, dit le P. Marquette, depuis que je suis en ce pays des Outaouais, pour obtenir de Dieu la grâce de pouvoir visiter les nations qui sont sur la rivière du Mississipi, fut

justement celui auquel arriva M. Jolliet. Il était envoyé par le

gouverneur de Frontenac et l'intendart Talon, peur explorer le Mississipi et constater quel était son cours. Il y avait alors trois opinions sur le sujet: les uns prétendait qu'il se déchar geait dans la mer Vermeille ou de Californie, les autres qu'il cou. lait dans le golfe du Mexique, enfin une troisième opinion voulait que ce fat dans l'Océan Atlantique quelque part en Virginie, Question intéressante à résoudre à une époque où l'on recherchait encore en Amérique un passage pour aller à la mer

de Chine!

Nous allons suivre les courageux explorateurs dans leur YOyage; nous avons des renseignements bien précis dans la reiation du P. Marquette, nous n'aurons qu'à analyser ce précieux doeument.

On sait bien maintenant que ce n'était pas l'intention des autorités civiles de faire publier le récit du P. Marquette. Nous

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avors déjà dit qu'à cette époque on manquait d'égard pour l'autorité religieuse dans les régions officieiles, et si l’on accepta les services d'un Jésuite dans ce voyage de découverte, c'est qu'on ne pouvait facilement s'ei: passer, Le P. Marquette avait 1ecueilli des informations sur 1e Mississipi, 1! connaissait la langue des [linoïs, il était impcrtant qu'il fit partie de l'expédition, Un malheureux accident rendit nécessaire la publication du rapport du P. Marquette, car en retournant à Québee, Jolliet chavira avec son conot dans les rapides de la Chine, au-dessus. de Montréal : il y perdit ses hommes et ses papiers et n’échappa lui-même que par une espèce de miracle,

Ce fut donc le 17 Mai 1673, à Michillimakinac, que le P. Marquette et Louis Jolliet s s'embarquèrent sur deux canots d'écorce, avec cinq autres français, pour entreprendre leur long voyage. Ils avaient pour provisions du blé d'Inde avec quelque viande boucannée. Ils s'étaient munis en outre de tous les renseignements que les sauvages purent leur donner. Ils avaient tracé des cartes du pays, marqué les rivières, le nom des peuples et des lieux par lesquels ils devaient passer.

«Surtout, dit le Père, je mis notre voyage sous la protection de la Sainte Vierge Immaculée, lui a ar que ri elle nous faisait la grâce de découvrir la gran@e rivière, je lui donnerais le nom de Conception, et que je ferois ausei porter ce nom à la première mission que j'établierais chez ces nouveaux peuples, ce que j'ai fait de vrai chez les Illinois. »

Après avoir vogué quelque temps sur une partie du lac Huron. celui üss Illinois (auj. Micmgan) et ls baie des Puants, ils rencontrèrent la ation de la Folle Avoine (1).

Tls entrirent dans leur rivière (auj. Mennomonie, Wis.) pour visiter ces peuples auxquels les missionnaires avaient prêché. Il se trouvai, parmi eux plusieurs bons chrétiens.

Le P. Marquette leur ayant cormuniqué son dessein d'aller découvrir des nations plus éloignées pour les instrnire des mystères de notre sainte religion, ils en furent extrêmement surpris et firent tout leur possible pour l'en dissuader ; ils lui représentèrent la cruauté de quelques-unes des tribus qu'il rencontrerait, leur état de guerre continuel, les Gangers que présentait la navi-

gation de la grande rivière, les monstres effroyables qui s'y trouvaient ei qui | dévoraient les hommes et les canots tout eusemble, enfin les chaleurs si excessives de ces pays qui devraient lui causer la mort infailliblement,

(1) Zizanre aquatique (follz avoine, Riz du Canada). Croît sur les bords vaseux des marais ; commune,

Grair farineux et sucré que les Indiens de l'Ouest recueillent pour leur nourritur:.”—L'Abbé Provancher,

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