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Il les remercia de leurs bons avis, mais il leur dit qu'il ne pouvait les suivre, puisqu'il s'agissait du salut des âmes, pour : lesquels il serait ravi de donner sa vie ; qu'au reste leurs informations l'obligerait à se tenir en garde pour éviter ces dangers dont ils le menaçaient. à
Après les avoir fait prier, il se sépara d'eux et arriva, peu de temps après, au fond de la baie des Puants, où les Jésuites travaillaient utilement à la conversion de ces peuples ; car ils avaient déjà baptisé plus de deux mille sauvages.
Le P. Marquette fait observer que le nom de cette baie n'a pas une aussi mauvaise signification en la langue des sauvages, car ils l’appelaient plutôt la baie Salée que la baie des Puants, quoique parmi eux ce fut presque la nôme chose, et c'était aussi le nom qu'ils donnaient à la mer ; ce qui fit faire des recherches au Père pour découvrir s’il n’y avait pas en ces quartiers quelques fontaines d’eau salée. Il ne s'en trouva pas. I faut croir2 que la baiïe tirait son nom de la nation qui habitait ses rives ; laquelle était appelée Winipegan, Gens de Mer, ou Nation des Puants, « non pas à raison d'aucune mauvaise odeur qui leur fut particulière, mais parce qu'eile se disait venue des côtes d’une mer fort éloignée dont l'eau était salée (Relat. 1648).
La baie parut au Père, avoir trente lieues de profondeur et huit de large en son commencement, allant toujours se rétrécissant jusque dans le fond, où il est aisé de remarquer la marrée Fe a son flux et reflux réglé, presque comme celui de la mer.
)*a attribue aujourd'hui à l’action du vent ce mouvement des eaux.
Les voyageurs quittèrent la baie pour entrer dans la rivière (Fox) qui s’y décharge. Elle est très boïle en son embouthure, dit la relation et coule doucement, mais quand on a un peu avancé, on la trouve très difficile, tant à cause des courants quedes roches efilées qui coupent les canots et les pieds de ceux qui sont obligés de les traîner surtout quand les eaux sont basses. Elle est pleine d'outardes, de canards, de sarcelles et d’autres oiseaux attirés par la folle avoine, dont ils sont fort friands. Les voyageurs franchirent heureusement tous les obstacles ; et en approchant des Maskoutens, la nation du Feu, le Père eut la curiosité de boire des eaux minérales de la rivière qui n’est pas loin de cette bourgade. Trois sortes de nations étaient réunis dans le village : les Miamis, les Maskoutens, et les Kikabous. Les pre miers étaient les plus civils, les plus libéraux et les mieux faits. Ils portaient « deux longues moustaches sur ies oreilles, qui leur ‘donnaient bonne grâce (?); ils passaient pour guerriers; presque toujours heureux dans leurs expéditions, du reste ils étaient do-
«iles et écoutaient paisiblement ce qu'a leur disait. Ils étaient si avides d'entendre le P. Allouez quand il était au mileu d'eux qu'ils lui donnaient. peu de repos, même pendant la nuit. Les Maskoutens et les Kikabous étaient plus grossiers.
Leurs cabanes étaient faites de jone, l'écorce de bouleau étant rareen ce pays ; avec certains inconvénients, comme par exemple de n'être pas des abris suffisants contre les pluies abondantes, ces sortes de cabanes cffraient la commodité de pouvoir être mises en paquet, et être portées aisément pendant le temps de la chasse.
En visitant ces peuples, le P. Marquette fut extrêmement consolé de voir une belle croix, plantée au milieu du bourg, et ornée de plusieurs peaux blanches, de ceintures rouges, d’ares et de flèches, que ces bonnes gens avaient offerts au grand Manitou, pour le remercier de ce qu'il avait eu pitié d’eux vendant l’hiver, leur donnant une chasse abondante lorsqu'ils appréhendaient le plus la famine.
La situaticr de la bourgade était belle et pitoresque : car de l’'éminence où elle était placée, l'œil découvrait de toutes parts des prairies à perte de vue, partagées par des bocages, ou par des bois dehaute futaie ; la terre y était très-bonne et produisait en abondance le blé d’Inde, les prunes et le raisin.
Aussitôt qu'ils furent arrivés, nos VOYageurs assemblèrent les anciens ; M. Jolliet leur dit qu il était envoyé par le Gouverneur pour découvrir de nouveaux pays, et le Père Marquette, qu'il allait de la part de Dieu pour les éclairer des lumières du Saint Evargile, qu'ils ne craignaient pas les dangers du voyage, mais qu'ils avaient beso:n de deux guides pour les mettre dans la route. Us accompagnèrent leurs paroles d'un présent. Les sauvages se rendircaut volontiers à leur demande, et ils leur donnèrent en présent ure natte pour leur servir de lit pendant le voyage.
Le lendemain, 10 Juin, deux Miamis s'embarquèrent, comiue guides, avec les expéditionnaires, à la vue d’un grand nombre qui ne pouvaient assez s'étonner de voir sept français, seuls, oser entreprendre une expédition si extraordinaire.
HRADine savait qu'à trois lieues des Maskoutens était une rivière qui se décharge dans le Mississipi, qu'ils devaient aller dans la direction ouest-sud-ouest pour y arriver, mais le chemin était parigs de tant de marais et de petits la 3 qu’ il était aisé de s’y égarer, d'autant plus que la rivière qui y mène, était si chargée de folle avoine, qu'on pouvait à peine en reconnaître le chenal. C’est pour cela que des guides étaient nécessaires, aussi ceux-ci conduisirent-ils les voyageurs heui-usement jusqu'à un gortage de 2,700 pas. Ils aidèrent à transporter les Canots pour
atrer dans cette rivière, après quoi ils s'en retournèrent.
Les découvreurs quittèrent done les eaux qui vont à Québec, à 4 ou 500 lieues de là, pour prendre celles qui devaient les conduire désormais dans des terres étrangères. \vant que de s'embarquer, ils commencèrent tous ensemble une nouvelle dévotion à la Sainte Vierge Immaculée, qu'ils pratiquèrent tous les jours. Après s'être encouragés les uns les autres, ils montèrent en canot.
La rivière sur laquelle ils embarquerent s'appelait Meskousing (le Wisconsin) ; elle était fort large, mais son fond était du sable, qui faisait diverses hattures, lesquelles rendaient cette navigation très-difiicile. Elle était pleine d’iles couvertes de vignes ; sur les bords paraissaient de bonnes terres entremélées de bois, de prairies et de côteaux ; on y voyait des chênes, des noyers, des bois blancs et autres espèces d'arbres. Ils ne virent ni gibier ni poisson, mais bien des chevreuils et des vaches en assez grande quantité. Après avoir navigué 30 lieues, ils découvrirent une mine de fer, qui leur parut aussi bonne qu’abondante. Ils arrivèrent enfin à l'embouchure de la rivière, après 40 lieues de marche, « nous nous trouvons, dit Marquette, à 424 d’élévation (1), nous entrons heureusement dans le Mississipi, le 17 juin, avec une joie que je ne peux pas expliquer. »
Cette rivière, continue la relation, tire son origine de plusieurs lacs du nord ; elle est étroite à la décharge de Miskous (du Wasconsin) ; son courant, qui porte du côté du sud est lent et paisible. A la droite on voit une chaîne de montagnes fort hautes, et à la gauche de belles terres. Elle est coupée d'îles en divers endroits. Sa largeur est fort inégale, elle a quelquefois trois quarts de lieues, et quelquefois elle se rétrécit j jusqu'à trois arpents. Ils suivirent le cours de la rivière, qui va au sud et au sud-est jusau’au 42© d’élévation. En cet endroit ils aperçurent que tout avait changé de face. Il n’y avait pres jue plus de bois ni de montagnes ; les îles étaient plus belles et couvertes de plus beaux arbres.
Is avançaient ainsi toujours ; mais comme ils ne savaient pas où ils allaient, ayant fait déjà plus de cent lieues depuis qu’ils avaient quitté les guides, sans avoir rien découvert que des bêtes et des oiseaux, ils se tenaient bien sur leurs gardes ; ils ne faisaient q'un petit feu le soir, pour préparer leur repas, et après souper, ils s’en éloignaient le plus qu'ils pouvaient, et ils allaient passer la nuit dans leurs canots qu’ils tenaient à l'ancre sur la rivière, assez loin des bords.
(1) Cette latitudé est à peu près exacte. La Prairie du Chien, qui est à 4 Me 5 ‘rite au-dessus de l'embouchure du Wisconsin se trouve à 43° ? e lat.