‹ Le rève: études et observationsChapitre 134 sur 143 · La Psychologie du rêve au point de vue médical · texte numérisé non relu

La Psychologie du rêve au point de vue médical

2. Voir, sur ce point, dans Vaschide et Piéron {ouvrage cité, p. 23 et suiv.'ï, une collection étendue de rêves perceptifs organiques et des observations nouvelles, dans quelques-unes desquelles la sensation initiale ne paraît pas avoir été senlie pendant la veille (principalement p. 35-36). Voir aussi D'Hervey Saint-Denys, Les Rêves et les moyens de les diriger, p. 351 et suiv.

268 LK RÊVE PERGtPTIF

nutes, toujours inutilement. Enfin je parvins à respirer un peu, et je me réveillai : j'avais un fort mal de gorge.

La sensation de gêne dans la respiration et de douleur h la gorge a donc appelé un système d'images familières : rinterprétation de la sensation organique s'est faite de la même manière que celle des sensations auditives dans les rêves auditifs..

Voici un autre rêve dans lequel la sensation évocatrice est une sensation musculaire.

OBSERVATION CVIfl

De R. G.., — La scène se passait dans la cour d'honneur du lycée. J'étais amputé de la jambe gauche, mais ma jambe n'était pas dans un appareil, elle était simplement accolée avec le bout de cuisse qui me restait. J'entre dans la cour en m'appuyant sur N... (un camarade). Avec nous se trouvait M"*® X... (autrefois institutrice au lycée). Dans la cour jouaient quelques enfants. Soudain N... se baisse brusquement, m'arrache ma jambe et l'emporte en courant dans la cour, riant et gesticulant. Je pousse alors cette exclamation : « En voilà un amusement! » M™® X... rit très fort en entendant cette réflexion. Mais voici que la scène change. J'ai Tetrouvé ma jambe, et,, plein de colère, je m'élance sur N... que je terrasse et que je frappe avec violence. Je me souviens aussi que je lui tirais les cheveux. Naturellement il pousse de grands cris. M"'* X... joignit ses cris aux siens, et leurs cris me réveillèrent.

Cause. — J'étais monté à cheval deux jours auparavant, j'avais beaucoup galopé, et, comme cela ne m'était pas arrivé depuis quatre mois, mon équipée m'avait fatigué les jambes, et j'avais des douleurs dans les articulations.

On comprend comment les sensations de gêne qui persistaient à la suite de la fatigue ont pu évoquer

ri mage d'amputation, quoique cette image ne soit pas expliquée par elle-même. C'est, après tout, une image visuelle, et, surtout sous la forme vague qu'elle a dans le rêve, elle est suflisamment semblable à la sensation pour avoir pu êlreNévoquée. Mais le tableau perceptif ainsi formé a pris place dans un système d'images qui devait occuper l'esprit à titre de série imaginative. Ce sont, en effet, des images d'enfance. R. G... et N. ont fait leurs débuts au lycée Jl y a une douzaine d'années avec M"®X... pour institutrice. On comprend parla que N... joue un tour à son camarade, que celui-ci se fâche, qu'il en résulte une bataille et des cris. Il est possible que les cris entendus par le dormeur forment un autre tableau perceptif, destiné à interpréter une sensation, audiiive. Mais l'observateur n'en a rien dit, et l'on peut être éveillé par des cris imaginaires aussi bien que par des cris réels.

Les expériences de Mourly-Vold sur les rêves tactiles et musculaires* fournissent une confirmation sur ce point, mais d'une manière incomplète parce que l'auteur n'indique pas Torigine des images qui se sont jointes aux sensations tactiles et musculaires. Les personnes qui ont fait les expériences mettaient avant de s'endormir un gant à une main, ou une ficelle ou un ruban autour du pied, de façon à réaliser une flexion plantaire. Parmi les résultats obtenus se trouvent ceuxci : dans « l'expérience du gant, où le sens musculaire et le toucher sont également intéressés, ce qu'on rêve le plus ordinairement, c'est qu'on exécute (ou qu'on voit d'autres personnes exécuter) des actes qui dépendent

I. Expériences sur les rêves ^ Réimpression de la Revue de l'Hypnotisme, janvier 1896.

270 LE REVE PEKGEPTIF

en même temps de ces différents sens; on rêve, par exemple, qu'on prend quelque chose en main, qu'on se donne la main, etc. » (p. 10). Dans les expériences où le pied se trouve courbé par la ficelle ou le ruban, on rêve d'un état statique (« par exemple celui qui dort a la plante d'un pied courbée.. . ; il rêve qu'il est debout sur la pointe des pieds, peut-être regardant quelque chose »), ou, plus souvent, d'un état dynamique, d'un mouvement où le membre en question joue un rôle prépondérant : « par exemple, celui qui dort a, comme dans l'exemple précédent, la plante d'un pied courbée ; il rêve qu'il danse, court, ou fait un autre mouvement, dans lequel a lieu une flexion plantaire » (p. H).

Ainsi, rêves auditifs, rêves visuels, rêves tactiles, rêves organiques, tous les rêves perceptifs se construisent et s'expliquent de la même façon : une sensation sepi*oduit, elle tend à se développer en une perception complète et par suite à évoquer les images les plus propres à cet usage ; mais les images qui en feraient une perception cori;;ecte ne sont généralement pas disponibles à ce moment où l'esprit endormi est rempli pat* des séries d'images en concurrence qui se poussent chacune pour son compte vers l'aperceplion ; les images les plus voisines de l'aperception s'imposent à la sensation pour la compléter, et, par cette rencontre d'une série Imaginative et d'une série perceptive commençante, se forme l'illusion du rêve.

§ 3. — La répétition dans les rêves perceptifs. Les rêves typiques.

Avant de laisser de côté les rêves perceptifs, je dois faire encore deux remarques, d'ailleurs liées Tune à l'autre, concernani la répétition dans les rêves perceptifs et les rêves que l'on a appelés typiques.

La sensation qui forme le point de départ du rêve perceptif peut provenir d'une excitation rapide et qui ne se renouvelle pas : c'est ce qui est arrivé pour plusieurs des rêves que j'ai rapportés plus haut. Mais, quelquefois aussi, et principalement lorsqu'il s'agit d'un rêve organique, l'excitation se prolonge et, par suite, la sensation se prolonge aussi i il doit en résulter une suite de tableaux perceptifs qui comprennent tous la même sensation, mais qui diffèrent par les images constitutives ou par les images additionnelles.

Dans l'observation XL! (p. 149), on a pu voir que le tableau IV contient un élément perceptif : « Je sens une forte piqûre au mollet, que j'ai nu : il y a sur la peau de petits -points noirs réunis en deux masses distinctes assez rapprochées et entourées de places rouges; j'y porte la main. » On retrouve un détail semblable dans le tableau VI : « le chat, excité par sa maîtresse, se précipite sur moi et me mord à la cheville.

Je saute dans un fossé plein d'eau J'ai une morsure

au pied : elle est nette comme l'entaille que ferait un ciseau à bois. )5 Si ce n'est pas exactement la même sensation qui a provoqué les deux tableaux, puisqu'il y a une différence de localisation, ce sont du moins des sensations très semblables : elles se sont encadrées dans des images différentes et ont ainsi formé des tableaux différents.

272 LE RÊVE PERCEPTIF

Voici maintenant une observation ^ans laquelle on voit une sensation persistante interprétée correctement ou à peu près, mais liée à des images additionnelles variables qui donnent naissance à des tableaux successifs.

Page 1