QUELQUES RÊVES DE PSYCHOLOGUES
{mes souvenirs là-dessus sont vagues) il me semblait que j'avais, à Tétage supérieur de ma maison, (Quelques lits, et un petit éléphant enchaîné, et un autre fauve à la belle robe tachetée, comme la panthère; mais je ne me souviens pas de ce qu'était cette bête, ni de son nom ; pourtant je me tenais sur mes gardes, et je m'en méfiais. J'apprivoisai l'éléphant avec un morceau de pain, et j'en concevais une grande joie. Ma vieille servante Hieronyma, qui habite maintenant ailleurs, leur donnait à manger à tous deux, et cela le matin. »
Cardan ajoute : « La veille nous avions parlé des pierreries, de sorte que cette partie du rêve est tout entière une remémoration. » Il interprète ensuite le reste du rêve, suivant sa méthode ordinaire, en lui attribuant un sens symbolique et prémonitoire.
Ce rêve est intéressant par la séparation absolue des deux tableaux. Cardan est visiblement embarrassé pour rattacher le deuxième tableau au premier, et il s'imagine avoir oublié quelque chose [nec idrecordor). Il s'exprime même comme si les deux tableaux lui avaient paru se dérouler simultanément, quoiqu'à la rigueur intérim puisse signifier aussi: « sur ces entrefaites ». En tout cas, ce rêve a bien la physionomie des rêves de notation immédiate que peut recueillir un observateur exercé.
Charma rapporte un rêve dans lequel on peut distin- . guer les tableaux élémentaires. D'abord il assiste, dans une église, à une procession. Puis il court à la rivière pour sauver un enfant qui y est tombé du haut d'un pont. Il y court hâtivement et arrive sur la rive droite de la Loire, à la Charité, sa ville natale. C'est maintenant la mer aux environs d'Ouistreham. Il se jette à l'eau et ramène un noyé sur la plage : mais le noyé est
maintenant le squelette à demi dépouillé d'un vieux coq. Le rêve est passablement organisé, mais les
incoliérencefi géographiques, el riilentificatîon du noyé avec un vieux coq, montrent l'indépt^idance primitive des lableaux *,
Le fameux rêve de VAspfrnitim, de Delbœuf ', contient aussi certainement deux tableaux. Delbœuf raconte d'abord qu'il a sauvé deux lézards du froid, et qu'il les a mis à l'entrée de leur cechetle^ après avoir semé à Tintérieur quelques Iragmenls d'un asplenitim rtiîamnralis qui croissait sur la muraille; il ajoute :
<« Les lézards de mon rêve raffolaienl de celte plante, et j'eus la satisfaction de voir mes doux Jolis protégés se glisser lentement dans leur habitation. h> fus distrait de mes soins par une espièglerie de mon ami V.., V.,. H me lança de la fenêtre de sa chambre , qui donnait sur tna cour, un caillou qui faillit m'alleindre. Je grimpai lestement le long de la muraille jusque chez luij l'enfermai dans une armoire, et redescendis aussi légèrement que j'étais monté. Quel ne fui pas alors mon étonneraent de trouver mes deux commensaux tout ragaillardis et contemplant avec une mine de repus et des regards de béate bienveillance deux autres lézards qui se disputaient à belles dents les débris d'asplenhun qu'ils avaient délaissés \ Jamais je n'avais connu dans ce trou d'autres lémrds que ceux k qui je venais probablement de sauver la vie, otc, »
Ainsi le tableau des lézards est interrompu dans son développement par un tableau étranger qui vient s'y intercaler de façon à donner à l'ensemble du rêve une
1. Ctiarma. Du sommeil, Mémoire& de r Académie des Scifnces, Àris ci Belle li^Leltres de Caen, i%ù\j p. 387,