RÊVES DE NOTATION RÉPÉTÉE
je fais remarquer que la cohérence est visiblement plus grande dans la deuxième notation que dans la première; j'ajoute que les modifications ont pour but de rendre les événements plus conformes aux événements familiers du rêveur.
J'ai dans ma collection trois autres rêves de notation répétée qui se trouvent être des rêves simples. Par suite, ils ne montrent pas un progrès dans la cohérence, mais Tinfluence du besoin logique s'y manifeste encore, pour accommoder les événemenis à la réalité de façon à les rendre plus vraisemblables. Voici ces trois rêves fournis par M^'° B. J... :
OBSKRVATION XTX
Réveillée avant le jour, je me rendors. J'ai alors un rêve impressionnant :
Le soleil luil et frappe la façade de la maison. Ouvrons vite, pour qu'il entre avec l'air pur. Cela fait, je quille les chambres, dont les fenêtres sont largement ouvertes, pour aller rejoindre ma mère à la cuisine. Quelques minutes s'.écoulent, Tair est suffisamment renouvelé, je reviens pour fermer. Mais à peine la porte est-elle entre-bâillée que ma main qui l'ouvre se raidit ainsi que tout mon être. Je reste clouée au seuil. Un homme, un vagabond, est là, près de la fenêtre, devant l'armoire qu'il tente de fracturer. Se voyant surpris, il est prêt à bondir, me regarde avec des yeux terrifiants, et. moi, qui voudrais crier, je ne le puis; la gorge contractée, je n'articule aucun son. Alors je me réveille, conservant la vision très nette de l'homme à la figure hâve, au regard menaçant.
Ce rêve a été noté de mémoire le 16 janvier 1902. Il s'était produit la veille ou l'avant-veille. Le retard apporté à la notation est une raison qui pourrait suffire à expliquer la simplicité du rêve; il y en a d'ailleurs
une autre, c'est que le rêve est effrayant. Mais cela importe peu ici. Plus Je deux ans après, le 2 mars 1904, M'" B. J... voulut bien me noter le même rêve une deuxième fois, et la deuxic-me notation contient deux modifications. L'une est à peu près insignifiante, ou plutôt elle pourrait préscntiîr quelque intérêt s'il avait été possible de remonter à la source : elle consiste en €e que le cambrioleur est mainlenant vêtu d'une longue blouse blanche. Mais Tautre modification prouve qu'il s'est fait un progrès danss l'organisation logique du rèvQ. La preaiière notation contient ce passage : « Quelques minutc^s s'écoulent, l'air est suffisamment renouvelt^, je reviens pour fermer. » Si vague que soit cette expression: y Quelques minutes », on peut trouver qu^ily alà bien peu de temps pour aérer une chambre; rexpliccition du retour h la chambre n'est pas salisfaisante. Ce passage est remplacé dans la seconde notation par le suivant : a Je suis près de ma mère depuis « un instant, lorsqu'il me semble entendre un léger <( bruit daui* sa chambre. Alors, une crainte s'empare i< de mon cspril, crainte suggérée sans doute par un il avertissement de mou père, et je cours jusqu'au seuil, « où je reste fi-appée d'eiïroi. » Le retour à la chambre esl maintenant mieux expliqué : il Test d'autant mieux que 1 apparlement est au rez-de-chaussée, que les chambres à coucher ont des fenêtres sur la rue, que M*^* J... aime les aérer longuement, et que, la veille du rêve, son père a exprimé la crainte qu'un voleur n'entrât par la fenêtre dans Tappartement.