LE SOMMEIL
Il subsiste une vie mentale pendant le sommeil, et cette vie mentale est composée d'une pluralité de séries simultanées de représentations. Mais il reste maintenant une difficulté : comment peut-il exister ainsi une vie mentale dont on ne s'aperçoit pas, ou comment des phénomènes dont on ne s'aperçoit pas peuvent-ils être des phénomènes psychiques? Cette difficulté est d'autant plus grave qu'elle constitue l'unique raison pour laquelle bien des psychologues, jugeant contradictoire cette notion de phénomènes psy-
chiques inaperçus ou inconscients, soutiennent que rinconscient est de nalure purement physiologique, et s'attachent à expliquer physiologiquement les mouvements, les gestes, et même les cris et les paroles dans le&quels on verrait pendant la veille la manifestation d'événemenls psychiques.
Leibnitz a résolu cette difficulté depuis longlemps par la distinction de la perception et de Taperception. Conformément à cette distinction, la différence entre les petites perceptions et les aperceptions, entre les représentations du sommeil et les représentations conscientes de la veille, est une différence dans le degré de clarté et de distinction des représentations. Or, la clarté, et aussi la distinction des représentations, sont susceptibles de degrés ; je ne reviens pas sur ce point, que j'ai traité ailleurs *. Par suite on comprend aisément que des perceptions ou des images, plus distinctes pendant la veille, deviennent moins distinctes pendant le sommeil, car la distinction des représentations dépend certainement de l'attention, et il n'est pas douteux que l'attention se relâche pendant le sommeil, si même elle ne disparaît entièrement. — On comprend même que la différence de distinction entre les représentations de la veille et celles du sommeil donne lieu aux différences que l'on remarque dans la mémoire : tandis que nous nous souvenons pendant un certain temps, et souvent pendant longtemps, des perceptioivs de la veille, nous avons coutume d'oublier les images du sommeil, à tel point que M. V. Egger a pu dire, presque sans exagération, que l'oubli à mesure est la loi du rêve ; nous les oublions en tout cas plus aisé-