L'ILLUSION DE LA DURÉE
Aussi l'observateur ajoute : « Ce rêve avait donc duré plusieurs heures. » En réalité, ce rêve avait duré plusieurs heures comme le rêve de Mac-Nish avait duré une année, c'est-à-dire que les événements n'auraient pu être réels qu'à la condition d'avoir celte durée qui leur est attribuée après coup.
L'illusion de la durée est donc partiellement rétrospective; elle est rétrospective dans la mesure où elle provient de l'enchaînement des tableaux qui se fait après le sommeil. La preuve eu est que, si l'on recueille l'observation par le procédé de la notation immédiate, et si l'on fixe le rêve assez rapidement pour que les tableaux ne s'enchaînent pas, cette impression d'une longue durée n'existe pas. Même si le rêve est partiellement organisé, comme dans Tobservaction VI (p. 46) où des scènes se passent dans des villes différentes, mais sans que le passage d'une ville à l'autre soit expliqué par un voyage, l'impression de longue durée n'existe pas. A plus forte raison elle n'existe pas lorsque les tableaux n'ont pas même reçu un commencement d'enchaînement.
Mais l'illusion de longue durée peut exister dans le rêve même, pendant le sommeil, et il peut en subsister un souvenir. C'est ce qui arrive, comme M. Egger l'a fait remarquer encore, lorsque quelque sentiment d'angoisse fait paraître le temps long : de cette façon s'explique le rêve de La Valette cité par Taine*. — Il n'est même pas nécessaire que le dormeur éprouve un sentiment d'angoisse; l'ennui causé par l'attente peut produire la même illusion. C'est ainsi que dans l'observation XVIII (p. 73), M'"^ B... rêve