‹ Le rêve d'Alfred BruneauChapitre 4 sur 5 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

a mélodie de la Vision (16) revient, chantée par les violons, dans l'introduction qui précède le lever du rideau. Nous voici, maintenant, dans une humble chambre, aux murs blanchis à la chaux. Par la fenêtre, grande ouverte, on aperçoit le ciel étoile. Angélique a laissé tomber la broderie qu'elle faisait et s'est endormie dans son fauteuil. La pauvre enfant est bien changée, bien amaigrie. Dans l'air, le chœur invisible déroule, à bouches fermées, sa céleste mélodie (10). Les motifs du Rêve (7) et du Désir (9) percent ensuite à l'orchestre. Félicien, pâle et défait, apparaît sur le balcon qu'il vient d'escalader. Il s'approche à pas étouffés et s'agenouille aux pieds d'Angélique. Celle-ci se réveille. Le jeune homme la rassure sur sa constance ; il l'aime, il l'aimera toujours ; s'il n'est pas venu plus tôt, c'est qu'on les a trompés pour les éloigner l'un de l'autre.

Parmi les passages les mieux venus de ce commencement d'acte, citons Yandantino

chanté à l'unisson : Ah! le doute, la souffrance..., accompagné par une transformation du thème du Rêve (7), et Yandante d'Angélique : Ami, puisque je suis aimée..., dont les paroles d'une douceur résignée sont écrites sur les notes du motif de la Mort (2). Les motifs qui forment l'accompagnement de ces pages sont ceux du Rêve (7), de la Déclaration (4), de la Douleur (14). Quand Angélique apprend que ses parents lui ont menti. le motif de la Bonhomie (21), par une heureuse association d'idées, apparaît déformé, p. 146 (*), m. G et suiv. Désormais la jeune fille se trouve déliée de tout devoir et, dans un mouvement de révolte, elle veut fuir. L'allégro où elle s'offre à Félicien, corps et âme, est d'un bel élan passionné. Ce morceau est soutenu, à l'orchestre, par les motifs de Y Amour (20) et du Rêve (7), qui reviennent superposés l'un à l'autre en valeurs augmentées.

Au moment où Félicien, ravi, va l'entraîner, Angélique s'arrête, hésitante. Elle jette un regard sur tout ce qui l'entoure et, peu à peu, elle redevient l'enfant soumise et vertueuse. P. 151 (**), m. 5 et suiv., il faut signaler une transformation du motif du Travail (11), et p. 153 [***), une nouvelle forme de celui de

(") Première édition, p. 148, m. G et suiv. (") Première édition, p. lô.J, m. 5 et .suiv. {'") Première édition., p. 156.

ï Amour (20), à l'accompagnement de Vallegro de Félicien : Venez, la route est sombre. Cette scène entre les deux jeunes gens a été traitée de main de maître par l'auteur. Quel est donc le critique avisé qui a écrit que Bruneau avait esquivé toutes les situations dramatiques ? Les dernières pages de l'acte sont admirables dans leur simplicité touchante. Les hésitations d'Angélique, ses souvenirs au moment de quitter cette maison où elle a été recueillie orpheline et délaissée, les voix qui murmurent dans les airs, tout cela forme un ensemble absolument poignant. Les motifs du Travail (11), des Voix '(10), de la Ch anson populaire (18), de la Déclaration (4). des Saintes (5), de la supplication d'Angélique aux pieds de l'évêque, sont ramenés successivement avec un rare bonheur-, tantôt au grand orchestre, tantôt à un petit orchestre invisible composé d'un quatuor et d'un harmonium. Il y a dans la fin de cet acte des phrases d'un charme indicible. Je citerai particulièrement celle-ci, dont les vers délicieux me semblent bien être de Zola lui-même :

Et l'air lui-même est plein d'un chuchotement d'âmes.

Dos encouragements, des conseils et des blâmes

Me sont par la brise apportés.

Les étoiles au ciel tremblent comme des cierges,

Voici mes compagnes les vierges !

Ecoutez ! Ecoutez !

Ce passage, d'une mélodie pénétrante, est orchestré d'une idéale façon. Le motif des Saintes (5) s'envole des bois et de la harpe ; plus loin, la flûte et l'alto solo esquissent la mélodie de la Vision (16), alors que les violons, pendant plusieurs mesures, tiennent un ré suraigu, dont la vibration cristalline donne l'impression d'un scintillement d'étoiles. A ce moment, clans la coulisse, le piano joint sa sonorité spéciale à celle de la harpe.

Angélique, dans l'enthousiasme du sacrifice, aspire à la mort comme le faisaient autrefois les saintes qu'elle admire. Le motif du Renoncement (3) résonne sourdement aux violoncelles et aux contrebasses, puis aux bois, aux cors et au quatuor, p. 164, m. 7, 8 et suiv. En vain Félicien insiste ; Angélique refuse énergiquement de le suivre. Le jeune homme s'enfuit, désespéré. Les thèmes de la Mort (2), du Renoncement (S) et des Voix (10) commentent la scène muette sur laquelle le rideau tombe. Cet acte est d'une beauté complète.

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