‹ Le rêve et l'action [microform]Chapitre 2 sur 47 · V.. et de «^ P;-:;^ , ;„ Se se dissipe au · texte numérisé non relu

V.. et de «^ P;-:;^ , ;„ Se se dissipe au

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PRÉFACE

cepts moraux, par les bons effets qui en résultent dans la conduite des hommes, comportent autant de vérité que telle loi de physique ou de chimie qui, bien appliquée, met tel phénomène au service de notre bien-être. Ici et là il s'agit d'une affirmation « qui sert », et cela seul importe. Ainsi les rapports traditionnels se trouvent renversés entre nos conceptions théoriques et nos conceptions pratiques. Il n'est plus question de subordonner les secondes aux premières, mais de régler les premières précisément sur les secondes. Et voilà bien une philosophie de r « action » s'il en fut jamais.

On pourrait se poser la question de savoir si cette philosophie n'est pas, sous des apparences trompeuses, l'expression d'une défaite assez misérable ; et peut-être n'est-il pas interdit de penser qu'elle est moins une philosophie qu'une façon adroite d'évincer la philosophie elle-même. A défaut de cela, j'y vois une méthode qui place l'existence pratique à l'abri des spéculations abstraites, et fait de ces dernières un jeu supérieur, une occupation de l'élite, un souci étranger au grouillement des masses, une curiosité qu'on doit séparer de la

vie.

Que les doctrines praginatistes soient venues

d'Amérique, ceci n'est point certes pour nous surprendre. Elles sont celles qui conviennent à des hommes d'affaires, et nulle conception ne pouvait

être mieux adéquate aux tempéraments de Yankees.

g PRÉFACE

Mais a est plus extraordinaire de voir sHn^^^^^^^^ France un courant d'idées qu. apparaît juslemeni IZZZv d'esprits ccme une réact«tu^el « de l'utilitarisme anglo-saxon ^on ■■« 1 n e'ie^ma

lisme latin. Cette infiltration ^'^-^'^^'^^^'^^^Z énigme, si l'on veut songer .ue pendant • c ^.on d'un pareil --ant une ptn.osop^e s ^^^^^^ chei nous qui constituait une "• q«e et de la nature des vérités scientifiques de valeur de l'intelligence comme source de co

nce. L'enseignement bergsonien, en fî« '^/J^ tait en relief cette proposition magistrale, a avoir ;^1 ,e symbolisme de la '«.ique d.c«-ve^. ne pable de nous conduire au cœur du rte , et q îéel ne peut être interprété que du point de vue de Stuition seulement. Les idées de savants |eM^e

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PRÉFACE

il cherche dans Vintuition un fondement plus profond et — nous pouvons le dire — plus philosophique. N'importe. Avec lui, la spéculation abstraite, attaquée par une autre voie, sort de la bataille très endommagée, et l'activité pratique ne peut qu'y trouver son compte.

Par quel mécanisme une alliance d'ailleurs assez trouble s'est-elle opérée dans beaucoup d'esprits entre le démocrate pragmatisme de James ou de Schiller et l'aristocrate intuitionisme d' Henri Bergson, il n'est pas question de le chercher. Contentons-nous de noter qu'à travers des tempéraments opposés, par des chemins nettement différents, on arrive parfois, sur tel point donné, à la convergence la plus imprévue. Or nous répétons qu'après avoir lu Bergson et les Bergsoniens, on pressent en définitive une Action « réhabilitée », et c'est cela qui nous intéresse.

La philosophie n'est pas seule à traduire le courant qui oriente nos contemporains vers le culte de l'activité pratique. La renaissance religieuse, justement constatée au cours des dernières années, est intimement liée au positivisme actif qui hante notre

époque.

Les hommes d'aujourd'hui, nous l'avons observé déjà, ne sont guère tourmentés par les grandes questions qu'agite la métaphysique. Ces questions, la plupart d'entre eux ne les posent pas. Mais ceux

^ PRÉFACB

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'q„eian,ais à la religion ^-^;"^ ";;^,,, ^es idées le point qu'il convient de noter. Le dégo

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répudier, cette Je""«*^.^' ^ ^^^^ je beaucoup

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davantage le renfort qu'apporte aux dro ts de la davanwgc ^mineonhie de l'intuition d ou

PRÉFACE

expliquer la recrudescence de l'idée religieuse, les pures théories d'école. 11 y a quelques raisons pour croire que la politique des dernières années, loin de faire oublier la cause de l'Église, lui donna plus de vitalité. Au nouvel essor de la vie religieuse, la lourdeur déplorable de l'esprit jacobin apporta, sans le savoir et au rebours de ses intentions, un

précieux appoint.

Quel que soit le départ, ce qu'il faut retenir c'est le mariage actuel de l'esprit positif et du sentiment religieux. La génération présente voit surtout dans la foi religieuse une sagesse tout utilitaire, un indispensable auxiliaire d'action. Elle y veut découvrir une forte armature qui soit un appui solide pour son existence pratique ; elle y veut trouver un ordre sensible qui groupe et qui noue ses forces éparses, une discipline intérieure qui soutienne et dirige utilement sa vie.

Au positivisme des temps nouveaux une renaissance patriotique répond également qui, dans la jeunesse actuelle, se traduit par un ralentissement assez évident du courant pacifiste et humanitaire, par une exaltation manifeste du sentiment national. L'esprit d'insurrection qui était une source d'affaiblissement cède le pas au désir de l'ordre, et les idées de nivellement qui devenaient une cause de dissolution font place au culte de l'autonomie. Une incUnationse manifeste à juger les choses politiques

.f. PRÉFACE

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PREFACE

pas la nôtre, et l'on a fondé si bien sa valeur sur son habileté pratique et son goût pour les exercices violents, qu'on en vient à croire que l'avenir d'un peuple tient tout entier dans le progrès de l'outillage et l'éducation des forces brutales. Alors vous voyez surgir la légende des civilisations faisandées et le spectre des races vieillies, condamnées à une mort fatale par l'excès du cerveau et l'insuffisance des muscles. Et nous concluons un peu vite qu'il faut, pour régénérer le pays, une société de force, amoureuse de boxe et sevrée d'idéologie.

Quoi qu'il en soit, dans la renaissance du nationalisme aussi bien que dans celle du spiritualisme, il se cache avant tout un besoin d'ordre et de cohésion, chez des gens qui voient, en toute existence humaine, une affaire qu'on doit mener à bien. La jeunesse nouvelle est française d'abord comme elle est catholique d'abord : elle est patriote comme elle est religieuse, pour faire avec sagesse, non pas une bonne critique de la vie, mais tout simplement une bonne vie.

Si les opinions traduisent l'état des esprits, cet état se révèle d'une manière plus certaine encore parmi les tendances qui s'inscrivent chaque jour dans nos habitudes courantes. Il suffit d'ouvrir quelque peu les yeux pour voir, au sein de ces tendances, percer un furieux appétit d'agir, d'agir au

PRÉFACE

pBèFACE

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vue d'apprendre, non de s'édifier. Aussi bien l'ouvrage qui répond à l'esprit du jour est l'ouvrage précis qui fournit une règle, enseigne une recette utile. D'une manière assez générale il règne parmi les lecteurs un certain amour des faits, un certain mépris de l'idée, un mépris plus grand de la phrase. Ceux-là mêmes qui écrivent — plusieurs exceptions confirment la règle - affichent quelque parti pris de sacriiier la forme. On dirait que le style est un excédent : il sied aux oisifs, mais les gens pressés doivent s'en alléger.

En revanche on est justement frappé par la diffusion des sports. Le besoin de vie active préside à cette diffusion que l'essor de nos industries favorise d'ailleurs. Et réciproquement cette diffusion même ne peut quefortifier chaque jour davantage le besoin de vie active par le développement de la force physique et l'éducation des vertus

viriles.

Enfin — et ceci est d'un enseignement très sûr — voyez donc quels hommes entraînent aujourd'hui l'enthousiasme et fadmiration de la foule. Ce ne sont pas du tout ceux qui savent distiller des pensées précieuses, des sentiments nobles. Ce ne sont pas les poètes, les savants ni les philosophes. Les suffrages vont aux aviateurs, et la masse grisée n'a pas craint, dans tel cas, d'élever sur les plus étranges pavois nos pilotes de l'air. Les circonstances étant favorables, elle leur offrirait au besoin avec

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une sincérité touchante ce qu'elle suppose être le plus beau lot : le gouvernement de 1 Etat.

Seulement on commettrait une bien grande erreur si Ton considérait d'une manière abstraite 1^ courant positif qui anime les tendances et les opinions de's hommes d'aujourd'hui. Ce coura. e*t étroitement lié à l'évolution que subit de son côté notre vie sociale et économique.

La science progressant, nous bénéficions chaque jour de ses découvertes, et nous mettons ses conseil i contribution de plus en plus dans la conquête matérielle du milieu où nous sommes jetés. Accep^^ ter de subir les calamités que nous imposent telles

orces de la nature, c'était conduite justifiée aux

époques où notre impuissance n'était que trop éeneNous avons aujourd'hui mieux à faire que cela, et nous le sentons bien. Notre empi- sur les éléments s'accroît ; nos moyens s'augmentent de lutter contre eux, de les mater, de les retourner au . besoin à notre profit. Nous pouvons davantage, en un mot, et nous mettons nos pouvoirs sans cesse grandissants au service de notre bien-être par toutes les formes de notre industrie.

Pareillement les résignations se sont évanouie concernant bien des règlements légaux qm furent agréés longtemps comme nécessités sociales.

Autrefois les classes inférieures acceptaient leur

sort sans révolte. Elles voyaient dans leur condi-

tion une fatalité. Aujourd'hui cette fatalité n'est

plus. Des institutions jugées nécessaires jadis ont

été bouleversées, les barrières entre classes ont

été rompues, les privilèges des uns ont passé aux

autres, et, somme toute, l'expérience a montré

qu'on pouvait se soustraire finalement à maints

arrangements sociaux dont on était dupe, et que,

dans la société comme dans la nature, tout étant

modifiable, il ne fallait abdiquer devant rien.

Mais voici maintenant la rançon et de nos forces économiques et de nos arrangements sociaux.

Au sein même de nos industries et parmi l'accroissement de nos biens une misère se glisse. L'extension formidable delà production, les inconvénients de la pléthore survenus comme une conséquence fatale de cette extension, les fureurs de la concurrence apparues comme un corollaire inévitable de cette pléthore, l'âpreté en un mot d'une lutte sans cesse plus aiguë en vue de la matière, tout cela doit réduire chaque jour davantage aux pires servitudes la foule compacte des hommes qui sont compris de loin ou de près dans le tourbillon des affaires. Et la fièvre de rapidité maintient cette houle humaine dans une sorte de vertige qui se poursuit sans aucun répit.

D'autre part, au sein du progrès qui marque l'évolution sociale, un péril se déclare, progressif et

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envahissant. La démocratie, installée au nom de la justice, ouvre aux ambitions, sous figure de justice les portes toutes grandes. Comme on voit, venant de partout et souvent de rien, des hommes qui «parviennent.., chacun en conclut qu'il peut «Parvenir ... Et l'on est d'autant plus fonde a faire comme les autres qu'on ne voit guère le succès autrement que sous sa forme grossière qu. est plus accessible à tous. A moins d'être quelqu un ce qui dispense d'être quelque chose, n a-t-on pas toujours assez de petits dons pour viser la fonction ou viser l'argent? 11 y a donc de fort bonnes raisons pour qu'on tente la chance, et je ne dis pas que dans la mêlée on ne soit pas expose a confondre la proie et l'ombre, à prendre pour but ce qui est le moyen, voire même à laisser glisser et la proie et l'ombre, et le but et le moyen, mais enfin je répète qu'il y a de bonnes raisons pour qu'on tente la chance. Or, pour la tenter, on vit dans l'agitation, dans la bousculade et dans 1 écrasement, et ceux-là aussi doivent y vivre qu. n y ont point goût, car de n'être pour rien dans le mouve- Lnt qui pousse n'empêche point de subir la

'^'Tirquestion sociale aussi bien que de l'économique, un trait se détache qui se met en saillie : l'oubli des énergiques et savantes lenteurs dans l'inextinguible soif de vitesse. On veut vivre et Ion brûle la vie.

Ainsi les baudruches verbales ne sont pas si vides. « Nous sommes à l'action .. et l'on peut bien dire - en un certain sens du moins - que « les hommes d'action sonjt les maîtres de l'heure ...

Un livre prônant 1' « action » viendrait donc a point. Mais ce livre, il faut le reconnaître, est tiré à tant d'exemplaires qu'il est plus distingué de ne le pas écrire. La « vie intense .. étant inventée, rien ne peut être dit sur son compte désormais qui n'ait été dit cent fois.

Un livre d'opposition qui serait l'apologétique du «rêve .. risquerait au moins d'être fort bien venu auprès des récalcitrants que le vacarme lasse et qui aspirent à « brahmaniser ... Mais, à moins d'en faire un poème, il serait vain, j'imagine, d'enseigner qu'on peut se dispenser d'agir.

En revanche, il n'est pas mauvais de préciser la valeur d'un mot qui est passé aujourd'hui à l'état de fétiche et qui prête à des confusions fâcheuses. On parle sans cesse de l'utilité de l'action, et l'on s'égare sur sa signification, sa portée, voire même sa réalité, si bien qu'en faisant son éloge, c'est son contraire qu'on exalte dans beaucoup de cas. On proclame la grandeur d'agir et l'on se dépense en agitations stériles, en mouvements étriqués, en gestes mesquins. Il n'y aura

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iamais trop de volonté d'agir, mais il y a parfois derrière notre volonté d'agir trop d'arguments misérables et de raisons factices. L'erreur de certaines époques n'est point tant de glorifier 1 action que de ne la pas distinguer suffisamment de ses contrefaçons, en vue de la glorifier mieux.

Or il m'apparait que la grande source de contrefaçon de l'action est dans son divorce d'avec le rêve. Quand on croit séparer pleinement le rêve de l'action, ce sont en réalité les contrefaçons du rêve et celles de l'action qu'on met en présence, et l'on ne peut qu'opposer à l'action stérile un rêve également stérile. Cette méprise écartée, on en viendra toujours à convenir que sans action il n es pas de bon rêve et que sans rêve il n'est point d'action qui vaille le plus petit effort.

11 y a donc place pour un livre qui serait tou justement la négation des deux autres, et c est celui-là que je voudrais écrire.

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