CHAPITRE I
LA CONCEPTION DU BONHEUR
Conception réaliste et conception idéaliste. — Les petites ambilions et la vie médiocre. — Les grandes ambitions et la vie dangereuse. — Les deux sagesses.
L'arrivisme. — La force et la ruse. — Le savoir-faire et le faire-savoir. — L'intrigue, le bluff et la réclame. — Le faux mérite et ses conséquences.
La fausse « vie intense ». — L'existence à côté de la vie.
On dit d'un artiste qu'il manque d'inspiration quand son œuvre est privée du soufQe génial — comprenez: du souffle qui engendre — et quand cette œuvre, par suite, ne peut être reçue comme une création, au sens vrai du mot, c'est-à-dire comme une formation nouvelle qui représente « quelque chose de plus » pour l'humanité, comme
une acquisition qui ajoute au passé, qui anticipe sur l*avenir et qui a pour effet d'enrichir la vie. Mais on ne veut pas entendre par là que la fausse œuvre ail surgi toute seule, car il n'est point d*œuvre, si médiocre soit-elle, qui n'implique d'abord- une inspiration de l'auteur. On veut entendre seulement qu'à l'inspiration misérable répond une œuvre commune et plate, sans originalité ni grandeur, une œuvre stérile enfin.
On peut dire pareillement d'un homme qu'il manque d'idéal, et ceci ne veut pas insinuer que son activité se déploie comme c»>llo d'une machine, hors de toute volonté, hore de lowle conscicmie. Une insinuation de ce genre ne ««raîl pas loin de la vérité, sans doute, mais elle ne serait pas la vérité même. Il n'est pas d'activité vohmlaire en effet qui ne soit précédée à «a manière de quelque idéal, piiis(iu'il n'est pas de mouveMieDt volontaire qui n'iinpli(|ue au préniable, dans la conscience, une image de mouremcnt. .Kassi bien l'idéal n'est-il pas nl)sont chez ceux-là mômes qui gembh'nt sans idéal : il cj*! simplement médiocre et par .suite producteur d'une adiTilé m^îocre. C'est que l'action n'échappe p*« au rêve, et les petits hommes (jui prétendent op|>Oî»er au rêve l'action — je veux dire leur action — ne font rien autre chose encore {[u* actionner un réf?e aviU, « Oui, MiîSftieurs. . . une fois roi ou duc, je tîî* de mes rentes, j'afferme mes terres, et je ne fais plus
LA CONCEPTION DU BONHEUR
que ce qui me plaît, et, ne faisant plus que ce qui me plaît, je vis à ma fantaisie, et, vivant à ma fantaisie, je suis content, et, étant content, je n'ai plus rien à souhaiter, et, n'ayant plus rien à souhaiter, tout est dit. . . Voilà ma façon de penser » ^ Ainsi parlait un personnage que vous connaissez, et qui agissait, et qui avait un idéal bel et bien, un idéal à sa manière qui est la manière de beaucoup de gens, mais un idéal enfin. Encore une fois, point n'est question d'escamoter jamais l'idéal. Il faut le subir bon gré mal gré. Seulement on le voit trop souvent dans sa petite nature et dans ses petiled œuvres. Et c'e*t do cela justement que fentends parler.
Si les hommes sont d'accord sur leur intention commune d'atteindre le bonheur^ îU se séparent dans la déUnitiou qu'ils eu donnent et dans les moyens qulls adoptent pour l'obtenir. Dites-moi voire conctîption du l>onheur: je saurai ce qu'est votre idéal et je saurai du même coup ce que vaut
TOire tie.
Mais ék^artons tout de suite une méprbe.
Je compte bien en effet que twi* aller me répondre ceci qui est U vérité toute nue : •« Le