Jules de Gaultier. Le Bovarysme [Mercure de France
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particulier a multiplié dans des proportions énormes la foule des inadaptés.
On ne dira jamais assez ce que la demi-culture, favorisée naturellement par les idées du jour, a causé de méfaits. Et je ne parle pas seulement du certificat des études primaires. Il n'est pas douteux que des fils de campagne sont conduits par lui a devenir hommes d'équipe ou bien balayeurs de rues, alors qu'ils eussent fait, sans lui, d'excellents paysans parfaitement aisés : ce qui est assez grave, si l'on veut observer que l'abandon de la terre est un fait économique et sans doute moral d'une immense portée. Mais je songe aussi à la masse toujours plus compacte des savants avortés que les diplômes d'université répandent par le monde. Le nombre est considérable des jeunes gens qui sont doués pour auner de la toile, et qui se déversent dans des carrières auxquelles leurs tendances et leurs aptitudes ne s'adaptent pas. Ce sont eux qui grossissent la troupe des « déracinés », des « réfractaires » et des « déclassés » : troupe douloureuse qui souffre de vouloir être ce qu'elle n'est pas, troupe dangereuse et prête à toutes les révolutions dans une société qui ne lui inspire qu'envie et que haine. Les hommes de cette infortune deviennent plus nombreux chaque jour. Ils subissent des maux et ils en engendrent, et les maux qu'ils subissent et ceux qu'ils engendrent, si l'on remonte aux sources premières, sont fruits de l'utopie.
LES DANGEBS DE l'iDÈAL
Les erreurs de l'idéal personnel ne répondent pa laque fois au type absolu que nous venons de supposer. Elles peuvent être seulement rela
'"tos tendances et nos aptitudes sont toujours .lus^ou moins complexes, et leur importance réci- 'p :;:: Z place dans une sorte de hiérarchie les unes par rapport aux autres. Or, dès que les ZLl de celte hiérarchie sont in^--^^;/ aue notre cerveau, par la suggestion d images narasUes oblige nos tendances et nos aptitudes es plu fortes à capituler devant d'autres qui sont pTust^bles, nous tombons dans la -me en-e r encore que sous une forme atténuée et moins
^'uSbi'en certain que ces bévues relatives sont fa risées par le nombre même de nos a uU^ En effet plus nombreuses sont nos facultés, plus rc^ls^e choix qui devra décider en «
ressort du sacrifice de celle-ci ou de 1 hégémonie de ce e-là. Les chances de fauter d'une façon re a- Se seront donc réservées parfois aux hommes les
T^vi'ot^d'lngres sert de cliché lorsqu'on veut désigner les erreu-o-ises P^^^ ea -pj grands hommes dans la rechercne Lis ce violon est .tiré "à maints -empaires. Lj prétentions de l'artiste «hez Ampère et les pé en Lns de l'homme de science chez Gœthe ne sont
pas moins déplacées que la croyance de Victor Hugo dans ses vertus philosophiques et la croyance de Chateaubriand dans ses pouvoirs de politicien. Il est bien évident que ces erreurs relatives n'ont empêché ni Ampère, ni Gœthe, ni Hugo, ni Chateaubriand .d'être ce qu'ils furent. Mais la question envisagée du point de vue général nous donne à conclure que ce genre d'erreur relative entraîne cependant des inconvénients regrettables. Sa conséquence la plus évidente pour l'individu, c'est de mettre au service d'une fausse conception de luimême une partie de l'énergie qu'il eût déployée dans l'épanouissement de ses vraies aptitudes, c'est d'utiliser au profit d'une faculté relativement médiocre une partie de l'effort dont une faculté maîtresse eût bénéficié pleinement, et, pour tout dire, c'est de subordonner le fertile au stérile et le meilleur au pire.
Ajoutons encore que les fautes commises contre l'idéal par la personne individuelle ne se font point toujours dans l'ordre qualitatif. Elles existent aussi dans l'ordre quantitatif, et si c'est une erreur d'honorer en soi des aptitudes qu'on n'a pas, c'en est une également de demander à une aptitude qu'on a autre chose ou plus que ce qu'elle peut donner. Bonaparte était, à coup sûr, un grand général. Il n'en a pas moins surfait, devant sa propre conscience, la force qu'il possédait en tant