‹ Le rêve et l'action [microform]Chapitre 8 sur 47 · FI · texte numérisé non relu

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LES HOMMES DE REVE

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.U m aue l'affleurement de l'Action.

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où l'on admire si souvent l'énergie des brutes, sait-on seulement que, parmi les leviers humains le plus formidable est manié par ceux qui, suivant l'expression de Vigny, font d'une feuille de papier, d'une toile, d'un marbre ou d'un son, quelque chose qui ne doit pas périr? Plus encore peut-être que les savants et les philosophes, les artistes et les poètes, en effet, collaborent à l'évolution, et pourrait-on dire, composent la réalité. U nest point nécessaire pour cela que l'art et la poésie deviennent des prétextes à « thèse » et que 1 artis e ou le poète se fasse le porte-parole d'une Morale ou d'une Religion. Ce rôle d'à-côté peut vemr par surcroit, mais on ne doit y voir, en vérité, qu'une attribution parasite et qu'on peut fort bien négliger. L-artetlapoésiepossèdenten eux-mêmes leur leçon et leur enseignement. Leur leçon est celle de la vie elle-même se manifestant sous tous ses aspects. Et leur enseignement consiste à. hausser les hommes, en leur désignant une vie plus grande et plus belle, en leur apprenant à la comprendre, à l'aimer, et, par suite, à vouloir la vivre.

Ainsi faut-il reconnaître que l'humanité se réaine vraiment par tous les savants et tous les penseurs qui s'attachent à lui proposer des questions nouvelles et à lui fournir de nouvelles méthodes, par tous les artistes et tous les poètes qui lui font entrevoir des fins plus élevées. La vitalité profonde d'une nation a sa mesure occulte dans l'énergie et

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éo ihpnrinues dont elle est pourla qualité des «F»'* T^st fournie dans cette

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„„P les œuvres demeurent et les actions yd

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renouvelable d'actes féconds.

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ou bien de Vesthétique. Vesprit spéculatif répond à l'un de ces points de vue et Vesprit -^-J^ jf^^f à l'autre. Ce sont là deux types de mentahtés qu il faut dissocier.

Vesprit spéculatif est essentiellement caractérisé par une manière spéciale de concevoir les choses, en vertu de laquelle chaque expérience particulière, chaque événement retenu, chaque fait observé veprésente pour l'individu comme un document a in erpréter, comme une matière à décomposer en ses éléments occultes. A cet esprit, le Monde apparaît comme un cabinet de travail et plus précisément comme une vaste salle où des sujets de dissection sans nombre attendent le scalpel.

Cette mentalité résume assez couramment un groupe d'attributs qui forment avec ceux de 1 esprit positif un contraste des plus frappants.

Un des traits les plus essentiels de l'esprit spéculatif, c'est \a.vision en profondeur,- eii'eutends. ainsi l'habitude d'envisager le Monde dans ses manifestations latentes. Ceci implique, en présence de chaque phénomène, un certain détachement des rapports superficiels et des contingences immédiates, une indifférence habituelle des vérités de premier plan, et, par contre, une recherche attentive des rapports profonds, un souci ordinaire

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des ressorts et du mécanisme, des origines et des ts un pareil esprit est -iours -eu. ;- ,„.U y a derrière ,a surface des c os ^ l eff^^^^ d'en dégager le -ntenu et d e„ flx ^ lui devient transparent, et, derrière

, • 1.,; il aoerçoit le fond. Des vente* essen maigre lui, il aperçoit ^^^^

lielles aux pures apparences, ,1 y a un e

u lo r.Artpp* entre la naiure ue» i':^^ li;tirnr:iT::;ventionssous.e^^^^^^^^^ 1 réalités sont dissimulée. -^^^^^^^^^^^

d cri ique, au milieu de la griserie commune 'lient e'fin de compte au don ^ «"« J- ^; ^^J .l'analyse veut dire : la prérogative très exclus danaljse veu ..„„g„er le fait en vue de

vement humaine de dépasser ^. ...gou-

oû nui revient au même, de lesou

jours divisible.

De cet attribut un autre dérive tout nalurelle- Jnt qui est le sens de l'abstrait. Le morcellemen rt réalité en ses parties constituantes ne peut

l Ml effet qu'à l'isolement de qualités ri::;qra!:Uétre envisagées Séparément

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comme autant d'entités abstraites, lesquelles, réunies et groupées de mille façons, permettraient d'ailleurs de reconstituer, intellectuellement du moins, la réalité concrète. Pour un esprit spéculatif, les objets ou les événements sont une matière brute qu'il s'agit de réduire en idées; la réalité concrète se présente comme une pure donnée dont la spiritualité est à dégager.

Au demeurant, il serait erroné de conclure qu un pareil esprit, en abandonnant le concret, s'éloigne du réel II ne fait au contraire que l'embrasser mieux. C'est que l'abstrait n'est pas un caprice a côté de la réalité, en marge du monde ; il est ce monde condensé, cette réalité même concentrée et quintessenciée.

Un autre trait non moins important de l'esprit spéculatif, c'est ce qu'on peut appeler la vuwn en Lse, - entendez ainsi : l'habitude d'envisager le Monde sous ses aspects généraux. Au lieu que d'autres esprits, plus myopes, ne voient jamais qu'un objet dans un même instant, et ne s appliquent jamais à découvrir plus d'un côté de cet objet à la fois, l'esprit qui nous intéresse, regardant de plus loin et de plus haut, est enclin à considérer les choses dans leurs rapports fondamentaux, et à prendre d'elles un aspect d'ensemble. Ce trait est naturellement appelé par le précédent. Généraliser, c'est toujours abstraire en

-quelque façon, puisqu'on ne peut généraliser sans

avoir réduit en un nombre progressivement res-

Lint de qualités abstraites la multitude eparse

des phénomènes concrets; et abstraire, cet

en somme généraliser déjà, car il n'est pas de

It abstraft qui ne marque un c^é commun de plusieurs êtres ou de plusieurs objets et qu ne se présente, par suite, comme un pomt de ralliement où viennent converger sous un signe unique tous ces êtres ou tous ces objets. Il reste que. pour un esprit spéculatif, toujours attentif à des rapprochements possibles, la grande préoccupation, c'est d'étendre une notion abstraU^ a tout un groupe d'êtres, à toute une catégorie d'objets, et, par corollaire, de transmuer en .. ijs >. les faits qui ne sont au total que des

accidents. v ^^ r.n riA

Ce pouvoir de groupement se ramène en fin de compte à la faculté de voir clan parmi les ressera- Znces; cette aptitude très spéciale a met re de l'unité dans la variété n'est rien autre en défimive, que le don de synthèse. Le don de synthèse veul dire, en effet : la prérogative très exclusivement humaine de rapprocher les données concrètes n les classant, grâce aux abstractions, ou, ce qui revient au même, de réduire à quelques principes de plus en plus généraux et de plus en plus essentiels la réalité toujours simpliflable et toujours susceptible d'être unifiée. .

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Un dernier caractère peut enfin se déduire du trait précédent : le sentiment de l'être et de TatsoL La réalité abstraite étant, P- î^— ^ une réalité que ne limitent m le temps n. 1 espace, eTo^Ltiols d'un esprit spéculatif doWent théoriquement se prolonger jusqua 'f^\^^^ l'étendue comme dans la durée. Aussi bien 1 esprit

culatif ne se dirigé pas, d'ordinaire d'après 1 fréteurs qui se trouvent -rc-scnts dans le nroche et l'actuel et qui s'offrent d emblée et bernent, ou du moins il cherche t^ijours a delà de ces facteurs. Dans une suite de propos , ions, l'esprit spéculatif ne peut se contenter d^slir' une'donnée sur les précédentes : par de^ et en deçà, il voit les autres anneaux de la cha ne. Ipp iqu nt une formule, il remonte à son origine ^ttar suite i. remet en cause les base^J' ;^/tifienf il relie l'usage extemporané quil fa.t de tf^rmule à l'ensemble de ses connaissance^, H s'efforce de rattacher la synthèse qu .1 poursuit a d'autres synthèses plus vastes. jj^

De tout cela ressort une conscience très net e, parfois même angoissante de ce qu'on peut appeler ' f nterdépenda'nce » des choses. Et vous .^yez se dégager déjà cette conviction intuitive, a sa o.r que rien ici-bis ne vit dans l'isolement et que to« mène à tout - mieux encore : que "«n "«^aurait exister à part et que tout est dans t-'" Cet^/"7;^ intuition qui fait entrevoir, sous la diversité des

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existences, l'identité mystérieuse de l'essence, nous la retrouverons au suprême degré dans l'esprit artiste, quoique sous une forme plus spontanée et plus inconsciente. Soulignons-là au passage, et sans plus attendre : elle est le « signe de race » des deux espèces d'hommes que je rapproche avec intention dans le présent chapitre.

Les aptitudes que nous avons prêtées à l'esprit spéculatif se traduisent naturellement par une forme d'activité mentale qui est propre à ce genre d'esprit et qui s'oppose à celle de l'esprit positif par ses qualités surtout théoriques. Cette forme d'activité répond à la mise en œuvre d'une pensée que nous appellerons, si vous le voulez bien, la pensée idéaiice, pour marquer son trait essentiel qui est d'utiliser surtout des idées. Elle trouve son application très pure dans cette attitude mentale qu'on nomme la méditation.

La pensée pratique dont nous avons indiqué l'usage tout à l'heure en démontant les rouages du « bon sens » et du « sens commun », la pensée pratique n'utilisait pas l'idée. Elle utilisait des données toutes faites : données empiriques issues de l'expérience toujours incomplète, ou données rationnelles issues de vérités couramment admises et traitées d'emblée comme faits d'expérience. Aussi ses fondements étaient arbitraires, mais

son procédé commode et ses agissements rapides.

La pensée idéative au contraire utilise l'idée — et j'entends ainsi qu'elle met constamment en œuvre des éléments de plus en plus irréductibles et de plus en plus abstraits, qui sont obtenus par le mécanisme de l'analyse et de la synthèse et qui servent à leur tour à d'autres analyses et à d'autres synthèses. Il résulte de là que ses fondements sont plus authentiques parce que plus profonds, de telle sorte que passer de la pensée pratique à la pensée idéative, c'est en appeler de la raison incomplètement et superficiellement informée à la raison informée d'une façon moins superficielle et moins incomplète.

Mais en revanche la pensée qui nous intéresse n'est guère applicable aux usages courants. N'utilisant pas les données toutes faites, se proposant même comme but de les mettre en miettes quand elles se présentent, elle n'est pas recommandable à des gens pressés. D'autre part, n'étant pas agréée par le sens commun, c'est-à-dire le sens de tout le monde, et mettant au besoin toute sa gloire à le contrecarrer, il est bien certain qu'elle n'est pas non plus d'une circulation facile.

Résumons d'un mot. hd. pensée pratique, servant à Vaction, était spéculativement une pensée médiocre : il importait peu que son métal ne fût pas très pur; il fallait surtout que ce métal fût manié très vite et qu'il fût marqué de l'estampille con-

venue pour passer partout. La pensée idéative, réservée au temple de la connaissance, n'a que faire de ces deux vertus de popularité et de rapidité; mais par contre elle doit posséder certaines qualités qui lui donneront le droit d'extraire des ténèbres la vérité — non la vérité qui sert, mais la vérité tout court : entendez ainsi une vérité qui ne sera toujours que relative, mais qui sera du moins, à titre relatif, une vérité vraie.

Vesprit artiste réside foncièrement dans une manière particulière de saisir les choses, en vertu de laquelle tous les êtres, tous les objets, tous les faits, tous les événements n'ont d'autre justification que de constituer un spectacle. A cet esprit le monde apparaît comme une salle de théâtre où tout est dressé pour réjouir la vue — je dis : tout, c'est-à-dire jusqu'au mal lui-même.

Cette mentalité suppose un groupe d'attributs qui forment avec ceux de l'esprit positif un contraste évident, mais qui ne sont pas superposables |)our cela aux attributs de la mentalité spéculative, dont ils diffèrent au contraire par beaucoup <le côtés.

La vision spectaculaire, c'est-à-dire l'habitude d'envisager le Monde par ses qualités représentatives, tel est le trait le plus saillant d'un esprit

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artiste. Les réalités extérieures apparaissent à l'artiste comme autant de thèmes, comme autant de sujets. Il y voit toujours et avant tout des éléments capables d'entrer dans une œuvre future, qu'il réalisera ou qu'il ne réalisera pas, mais qui pourrait être réalisée. Une disposition particulière et une éducation spéciale de ses sens lui font apercevoir ces réalités invariablement et comme fatalement du point de vue fictif, et, si vous le voulez, au travers de Vart, Le peintre observe un paysage, malgré lui, avec l'œil d'un homme qui regarde un tableau, et le romancier est enclin, malgré lui, à lire dans la vie comme dans un roman.' Pour l'un et pour l'autre, nature morte et nature vivante se résolvent en une succession de modèles qui se présentent et qui prennent la pose. Il n'est pas, à cet égard, de' révélations plus fameuses que celles des Concourt, et c'est merveille que d'entendre ces types du genre exprimer sans cesse leurs regrets cuisants de ne pouvoir saisir au passage tant de « motifs » délicieux qui défilent trop vite à leur gré.

La vision spectaculaire ne s'applique pas seulement, pour l'artiste, au monde extérieur; elle s'applique au monde intérieur. Ainsi que je l'ai démontré longuement dans une autre étude\ on doit reconnaître que, chez tous les hommes'

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