OBSERVATION IV
28 aviil 1901. — Ce matin, ayant dormi lourdement pendant la nuit, et m'élant levé avec peine, je^ demeure un certain temps mal réveillé. Je reste assis à demi somnolent, et, pendant ce temps, je retrouve le souvenir d'un rêve que j'ai fait hier matin. Je n'avais pas noté ce rêve parce que je n'en avais pas le temps et qu'il ne me présentait rien d'important. Je n'avais pas pris le jour précédent la résolution de noter un rêve, et le réveil avait été spontané. Mais, au moment où je venais de m'éveiller, j^avais raconté partiellement mon rêve à ma femme, et c'est probablement à cette circonstance que je dois de m'en souvenir ce matin. Je note donc ce rêve après vingt-cinq heures environ; il présente une série d'événements qui se suivent à peu près, et pourtant il est certain qu'il provient d'une pluralité de tableaux qui ont dû être séparés au début du réveil.
J'arrive dans une giare, accompagné de ma femme. Je Tais prendre le train pour Paris. Au moment de monter dans le train, je m'aperçois que j'ai oublié de prendre une somme de 140 francs dont j'aurai besoin à Paris: je n'ai sur moi que l'argent du voyage. Je suis très ennuyé. Je fais alors de rapides calculs et je dis à ma femme que, en rentrant, elle n'aura qu'àm'envoyer un mandat : je le recevrai assez tôt. La gare ne ressemble pas à celle de Mâcon (que j'habitais à cette époque), les bâtiments sont vagues, j'ai l'impression aujourd'hui que cette gare de mon rêve ressemblait plutôt à celle de Lyon-Vaise, que je connais un peu, mais mal. Le train est très long. Juste en face de la porte d'entrée, une barrière de bois plutôt qu'une véritable porte, j'aperçois un compartiment de six places, bas de pla-
fond et vide. Sur le quai se trouvent à ce moment avec nous une de mes belles-sœurs, un homme qui est un parent ou un ami, et plusieurs enfants; nous devons faire le voyage ensemble. Je leur propose d'entrer dans le compartiment en face. Nous y entrons tous. Mais, à peine installés, je m'aperçois qu'il nous arrive du fond du compartiment une odeur insupportable. J'ouvre une porte et je vois un couloir le long duquel sont établis des urinoirs. J'en conclus que nous ne pouvons faire le voySige dans ce compartiment, et nous descendons tous. Nous cherchons des places dans la partie du train qui est à gaucfhe : les voitures sont presque pleines, et nous trouvons des places avec difficulté ; nous sommes obligés de nous séparer en plusieurs groupes. Le train ne part pas encore. Je remarque que, vers la partie droite, on ajoute au train des voitures nouvelles, et je propose à mes compagnons de voyage de descendre de nouveau, pensant que nous trouverons à l'autre extrémité du train quelque compartiment vide où nous pourrons monter tous ensemble. Nous descendons, traînant les enfants avec nous. A Textrémité du train vers laquelle nous nous dirigeons, je vois une voiture spéciale, séparée du train par un intervalle vide; cette voiture ressemble aux omnibus dans lesquels on transporte les facteurs parisiens dans les différents quartiers, mais elle porte, en grandes lettres dorées, une inscription indiquant qu'elle appartient au service des contributions directes (ou indirectes?), elle est remplie d'hommes qui portent la casquette des agents des postes chargés de lever les boîtes. Je vois à peu de distance une autre voiture semblable, non attachée à la première, ni au train, elle est même sur une voie de côté. Toutes les voitures destinées aux voyageurs sont pleines, ou à peu près. Nous nous casons de nouveau avec difficulté, et de nouveau nous sommes séparés en plusieurs groupes. Je monte le dernier dans une voiture où il ne reste qu'une place libre; cette place est très étroite, elle est surélevée, j'ai peine à m'y installer, mon pardessus me gêne pour fermer la portière, que je suis obligé de laisser ouverte, seulement poussée, et je me dis que, si je viens à m'endormir, je risque de tomber sur la voie.
Il ne m'a pas été possible, en notant ce rêve, de retrouver avec sûreté les tableaux élémentaires, njais j'ai pu m'expliquer très bien Torigine des images principales. Le voyage se rapportait à un projet de voyage prochain de Mâcon à Paris. Les enfants, et ma bellesœur, se rapportaient à un projet récent de faire venir de Paris à Mâcon, pour y passer quelques semaines, ma belle-sœur et son enfant. Enfin, parmi les agents des postes qui occupaient Tune des voitures, s'en trouvait un que j'ai rencontré fréquemment à Mâcon, quand il allait lever les boites aux lettres, et que je connaissais de vue. Je suppose donc que, si j'avais noté ce rêve dans les conditions oii j'ai noté ceux des trois premières observations, il aurait été composé de trois scènes discontinues » ou presque discontinues, peut-être même de quatre scènes, car il est possible que le passage relatif aux urinoirs provienne d'une scène indépendante. Ces trois ou quatre scènes se sont donc organisées dans la période de vingt-cinq heures qui a séparé la fin du sommeil et le moment de la notation, principalement, je pense, pendant la période du réveil spontané.