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G. B... est né et a passé son enfance en Algérie

OBSERVATIONS D'AUTRES PEliSONNES 57

dans laquelle G. B... voit un « rêve assez incohérent «^ est visiblement composée de plusieurs scènes élémentaires : la visite chez M. V..., avec le projet d'une partie de bicyclette, les jeunes gens qui jouent aux cartes et à qui le père prépare les jeux, le tableau monétaire, la conversation au sujet du concours agricole de Valence, tout cela forme une suite d'événements rangés dans un ordre chronologique et logique assez satisfaisant. Cependant, il me paraît très probable que, au moment où a commencé le réveil, ces tableaux devaient être moins liés qu'ils ne le sont dans le récil, qu'ils ont dû par suite s'organiser pendant que G. B .. écrivait les premières scènes. La preuve en est que les notes explicatives indiquent, pour la plupart de ces tableaux, des sources différentes. Je reproduis littéralement la partie de ces notes qui se rapporte à la scène S :

« 1° Ai vu un des fils Y. .. hier ou avant-hier ; 2° mon père doit partir dans huit jours pour le concours de Valence; 3° je pense souvent à l'Algérie, et dernièrement nous avons parlé de la sécheresse qui règne actuellement dans la province d'Oran ; 4° j'aime beaucoup les bœufs, et il m'arrive souvent d'en caresser ; ce3 derniers temps surtout j'essaie d'en dessiner de tête, le plus ressemblants possible. » Je n'ai pas besoin d'ajouter que le tableau monétaire est une image banale et qu'il en est de même d'un projet de promenade à bicyclette h la date du rêve (1" mai) : la banalité de ces images explique suffisamment que G. B... ne. leur ait pas attribué une origine distincte.

La même scène 5 contient une lacune vers la fin. Sans aucun doute, il y a là un tableau indépendant, mais, chose digne de remarque, au moment où Tobser-

valeur en vient à écrire ce tableau, la période du réveil s'est prolongée à un tel point qu'il ne peut plus croire à la discontinuité des événements, et il est persuadé qu'il a dû oublier les intermédiaires : « Mon rêve, dit-il, change de scène par quelques intermédiaires effacés. » Il me paraît certain que ces intermédiaires effacés n'ont pas existé, mais que, l'observateur, dominé à ce moment par le t)esoin logique, les suppose malgré lui. Je vois là une preuve frappante de la discontinuité primitive.

Les scènes 2, 3 et 4 sont reliées ensemble par l'identité de Heu : c'est la coordination la plus facile qui puisse se réaliser : c'est pourquoi elle établit un lien entre ces scènes, mais les événements restent discontinus : ils proviennent d'ailleurs de sources différentes. Quant à la première scène, elle est entièrement isolée du reste.

Maintenant, je vais citer un rêve de mémoire de G. B...

OBSERVATION XH

9 décembre 1896. — Ce rêve a été noté plusieurs mois avant la série dont font partie les deux observations précédentes, c'est-à-dire à une époque où G. B... n'avait certainement jamais essayé de pratiquer la notation immédiate. Je ne sais combien de temps s'est écoulé entre le réveil et la notation, mais l'observateur, préoccupé de la ressemblance de son rêve avec celui de Maury guillotiné, a noté des détails qui montrent que le réveil a été lent, quoique provoqué par un ïéveiile-malin.

J'avais placé dans ma chambre un réveille-matin, et voici

le rêve que je fis. J'étais allé un peu au delà de la barrière de l'octroi, du côté de Charnay (village voisin de Mâcon), visiter une maison qui se trouvait à louer, à gauche de la route, en montant. Celte maison avait une grille en fer, qui donnait sur un jardin assez grand et fraîchement bêché, destiné à être mis entièrement en parterres de fleurs. Le long de la maison, et du côté de la rue, se trouvait un escalior de pierre. Le long de la rampe grimpait un plant de glycine, dont les feuilles étaient desséchées et jaunies. Au lieu de visiter la maison, je me ûs apporter par mon frère un plan des appartements qui la composaient. Je restai à la porte, pendant un espace de temps qui me sembla environ de 15 à 20 minutes, et je m'aperçus que la poignée en cuivre de cette porte pouvait s'enlever à volonté. Je me rappelle fort bien avoir demandé à mon frère l'util'té de celte disposition, mais sa réponse fut si incohérente que je n'y pus rien comprendre. Je fis alors la même question à une ^utre personne qui m'accompagnait et je reçus cette réponse : « C'est sans doute pour que l'on ne soit pas obligé « d'avoir toujours une clef du portail sur soi; lorsque l'on « s'en va, on fait comme dans les magasins, on enlève la « poignée. » Je remarquai aussi que de petites plantes à fleurs blanches et très fines avaient poussé dans le creux pratiqué sur la pierre du seuil pour y faire descendre la barre d'un des battants de la porte : cela m'étonna, car il n'y avait que quelques grains de terre dans ce creux. J'entrai alors dans le jardin, et je me fis expliquer la disposition des plates-bandes. Je vis encore que, au premier étage de la maison, se trouvait une porte-fenêtre, qui, au lieu de s'ouvrir sur un balcon, s'ouvrait dans le vide et au ras du mur. Je me suis alors dit très nettement : « Quand j'habi- « terai cette maison, je ferai mettre une barre à hauteur « d'appui pour éviter les accidents. » Je sortis du jardin, et je vis sur la route plusieurs personnes, hommes et femmes, qui criaient après un de mes camarades (D...), qui, en passant avec une bicyclette, avait fait gicler sur elles des gouttes d'eau boueuse, et se moquait d'elles. Un vieillard le mena^ çait même avec un gros fouet de charretier. Je voulus alors rentrer à Mâcon, et je vis que la nuit était venue et que

des becs de gaz étaient déjà allumés à la barrière de Toctroi- (Ce rêve avait donc duré plusieurs heures puisqu'au début il faisait grand jour.) Pressé de rentrer, j'eus le bonheur de rencontrer une voiture de louage, avec un cheval qui m*est parfaitement connu, et un cocher que je connais également, et qui était absolument semblable à la réalité. La voiture était vide, et même elle venait, je crois, dans le but de nous chercher. Quand ceux qui m'accompagnaient furent montés, je mis le pied sur la roue gauche du devant de la voiture, pour monter sur le siège. Le cheval, impatient, fît quelques pas. Une fois en voiture, je priai le cocher de me laisser conduire : il me répondit je ne sais quelle plaisanterie en me passant les rênes. Au moment où j'arrangeais les rênes dans mes mains, tout en cherchant le fouet que je ne pouvais pas trouver, le cheval partit au grand trot, la voiture fit un bruit-bizarre comme si elle eût roulé sur des pavés. Ce bruit n'était autre que la sonnerie de mon réveille-matin.

En me réveillant, j'ai eu conscience que j'avais continué à dormir un instant après le début de la sonnerie, d'un sommeil déjà plus conscient qu'auparavant. Ensuite, mon rêve m'est revenu à l'esprit, peu à peu, d'une façon d'abord confuse, non pas en ce qui est de la clarté de chacun des faits qui le composent, mais au point de vue de l'arrangement et de l'enchaînement de ces faits, et la dramatisation a dû se faire ou s'achever au moment même du retour à la conscience claire. D'autre part, le bruit de la sonnerie a été pour moi le roulement de la voiture, et la fin a été, d'une manière vague, le bruit réel du réveille-matin. Je m'en suis aperçu à ceci : c'est que, au moment où mon rêve se terminait, le cheval avait fait environ dix ou quinze pas de trot, et j'ai eu alors un sentiment confus d'ennui, à l'idée de me lever; je savais donc à ce moment que c'était bien la sonnerie du réveille-matin que j'entendais. Suivent des considérations sur la durée apparente des événements et la durée du rêve, qui ne présentent pas d'intérêt pour le moment.

Il est facile de voir que ce rêve se compose de trois

scènes : 1*" on visite la maison; 2"" le camarade D... -éclabousse des gens et provoque leur mécontentement ; 3° on revient à Mâcon en voiture. Les scènes sont «convenablement enchaînées ; le seul défaut de cohésion consiste en ce que les deux premières scènes se passent pendant le jour, tandis qu'il fait nuit au moment de la troisième scène, et c'est justement pour expliquer comment la nuit a pu venir que l'observaleuf suppose que sa visite à la maison a dû se prolonger plusieursheures.

Je vais citer maintenant un rêve de Ch. M..., un ^utre de mes élèves de Mâcon. C'est un rêve complexe de notation immédiate, dans lequel on peut saisir aisément le commencement de la liaison des tableaux.

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