CHAPITRE IV
Dans le chapitre ii, Je me suis borné à déterminer le sens général dans lequel les représentations du rêve évoluent pendant le réveil. Puis dans le chapitre m, prenant pour guide la loi d'évolution logique, et cherchant dans les faits des informations complémentaires, je me suis attaché à déterminer la physionomie générale que présente la conscience, ou plutôt la subconscience, au début du réveil et par suite pendant le somrheil: le résultat de cette recherche est que, dans les circonstances ordinaires, c'est-à-dire en dehors des cas oiî, sous Tinfluence d'une émotion vive, l'unité de la conscience se réalise spontanément pendant le sommeil et provoqué le réveil, il existe dans Tesprit une pluralité de séries représentatives qui se développent d'une manière autonome.. Donc, au moment oii commence le réveil, l'esprit saisit, dans un acte de mémoire immédiate, une pluralité de tableaux séparés, et, essayant de se rendre compte de ce qui l'occupait à la fin du sommeil, il traite ces groupes de représentations comme s'il s'agissait de représentations de la
veille, c'est-à-dire qu'il s'applique spontanément à les organiser suivant les règles de la logique et les lois du monde réel, bref, à en faire un drapie, qui se rapproche le plus possible des drames de la veille.
Or, au moment où l'esprit essaie ainsi de se rendre compte de ce qu'il faisait, il accomplit un acte d'observation subjective. Par suite, la loi générale de l'attention doit s'appliquer à ce travail, c'est-à-dire que le moi, l'etrou vaut son unité, ne saisit plus maintenant qu'une image ou un tableau à la fois ; les tableaux qui se déroulaient simultanément pendant le sommeil sont "--donc saisis en succession par l'attention rétrospective. — De quelles causes dépend cet ordre subjectif des tableaux, et suivant quelles lois se détermine-t-il ? C'est ce que je ne recherche pas pour le moment, car les questions qui se posent ici sont assez délicates par elles-mêmes pour qu'il y ait avantage à ne pas les compliquer. Mais quelles que soient les causes qui déterminent l'ordre d'apparition des tableaux à la conscience en train de se réveiller, on comprend que le moi se trouve maintenant en présence d'un problème général qui peut se poser ainsi : qu'est-ce que je faisais donc tout à l'heure, ou plutôt qu'est-ce que je croyais faire? Les souvenirs immédiats des représentations du rêve fournissent les matériaux dont la réponse va être faite; ils indiquent les événements qui se sont passés. Mais le problème n'est pas par là entièrement résolu : il faut savoir aussi dans quel ordre les événements ont paru se passer, dans quels lieux ils ont paru se produire, comment ils se sont enchaînés les uns aux autres au -point de vue de la causalité, de la fmaité, etc. C'est seulement lorsque les représentations du rêve seront coordonnées ensemble à ces différents
142 LA CONSTRUCTION DU RÊVE APRÈS LE SOMBiEIL
points de vue que Ton pourra considérer le rêve comme logiquement organisé. En fait, l'organisation logique du rêve a coutume d'être très imparfaite, surtout en ce qui concerne la coordination des événements suivant les catégories supérieures. Mais il n'y a pas lieu de s'en étonner, car pendant la veille aussi, en présence du monde réel, nos efforts pour deviner les relations de cause à effet, ou de moyen à fin, ne réussissent que rarement et d'une façon très incomplète : l'esprit qui veillq comprend mal le monde réel, Tesprit qui se réveille comprend plus mal encore le monde imaginaire qui lui a paru exister pendant le sommeil, et pourtant il fait pour comprendre ce monde imaginaire un effort instinctif qui se déploie suivant des règles. Je vais essayer maintenant de dégager, autant que le perrhettent mes observations, quelquesunes des règles suivies par cette logique du rêve.
§ 1. Le T4BLEAU DE PREMIER PLAN.
Un fait domine toute cette construction : c'est qiie, la plupart du temps, le rêve complexe comprend un tableau qui frappe fortement l'attention avant tous les autres, qui apparaît comme de premier ordre ou de premier plan.
A dire vrai, ce tableau de premier plan n'apparaît pas toujours : quelquefois le rêveur qui se réveille saisit des images extrêmement confuses, et il ne sait absolument pas quel ordre il doit attribuer aux événements, ni dans quel ordre il les saisit. Tel est le cas dans les observations XXXII (p. 114) et XXXIII (p. IIS) que j'ai rapportées précédemment. Ces faits peuvent