‹ Le rêve: études et observationsChapitre 62 sur 136 · LE TABLEAU DE PREMIER PLAN · texte numérisé non relu

LE TABLEAU DE PREMIER PLAN

tenir à plusieurs causes, teljes que Tinsuffisance du souvenir qui ne retient que des lambeaux informes, la rapidité de la notation qui empêche tout travail d'organisation de s'effectuer, une lenteur exceptionnelle dans la construction, etc. La rareté des faits et des observations de ce genre ne me permet pas d'émettre une hypothèse un peu solide: je n'insiste donc pas sur, ce point.

Mais, dans k plupart des rêves complexes, le tableau de premier plan se détache nettement sur le reste du rêve, et les observateurs le signalent spontanément. C'est pourquoi, dans bon nombre d'observations, on trouve des réflexions de ce genre: « Une des séries d'images est nettement prédominante, le tableau le plus clair est celui-ci, etc. » L'observateur, même lorsqu'il s'applique à saisir son rêve immédiatement, ne remarque pas toujours ce fait, parce qu'il n'en voit ordinairement pas l'intérêt; mais pour moi, depuis que j'en ai compris la portée, je l'ai presque toujours remarqué.

De là découlent d'importantes conséquences au point de vue de la construction du rêve.

D'abord, ce tableau de premier plan apparaît comme ayant eu plus de réalité que les autres tableaux. Il est aisé de comprendre pourquoi: c'est qu'il est saisi par l'esprit dès le début du réveil, par suite à un moment où les facultés critiques ne font que commencer à se rétablir, et oîi l'illusion doit être plus facile et plus forte; de plus, nous avons de ce tableau un souvenir plus récent que des autres, et par suite les représentations dont il se compose n'ont pas encore eu le temps de s'obscurcir, elles gardent la vivacité d'une perception immédiatement passée. Aussi, il arrive quelque-

fois que l'observateur, même après qu'il a reconnu le caractère illusoire des autres tableaux, continue à croire que le premier tableau représente des événements réels. Tel est le cas pour le premier tableau de l'observation XI, que j'ai résumé plus haut :

Le rêve de beaucoup le plus net est celui-ci. Mes parents ont du monde en soirée. Je suis monté me coucher, mais en bas, à la salle à manger, j'entends fort bien le bruit de leur conversation qui m'arrive. — Ce rêve aune clarté extraordinaire, à tel point que, au premier moment, j'inscris mes autres rêves, sans penser à inscrire celui-ci, persuadé qu'il est une réalité. Au bout de quelques minutes seulement, il me revient en tant que rêve.

Une autre preuve de la force avec laquelle le tableau de premier plan s'impose à l'esprit au moment du réveil est fournie par les rêves émotionnels : même après que l'illusion s'est dissipée, que Terreur proprement dite est reconnue, Témolion persiste et elle conserve son expression physique. Je me souviens d'avoir été réveillé par un rêve de ce genre, en 1891, et je ne commençai à pleurer qu'après avoir reconnu que c'était un rêve.

Voici un autre rêve dans lequel la persistance de Témotion après le réveil n'est pas moins visible :

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