SCÈNE II
ANGÉLIQUE
VOIX dans l'air
Que l'innocence parfume Les rêves de ton esprit !
L'étoile au ciel bleu s'alluma Et ton frais jardin fleurit; Pour charmer ton âme pure, Vierge, toute la nature Sourit!
ANGÉLIQUE, les yeux sur la Légende qu'elle feuillette, lentement, comme si elle s'arrêtait devant des images et en lisait le texte.
<( Sainte Marceline est brûlée !
« Sainte Solange est flagellée !
« A tous les biens Jean dit adieu !
« Georges, par la divine grâce, « Aborde, combat et terrasse « Le Dragon aux langues de l'eu !
<( Agnès, le col troué d'un glaive,
« Sourit au ciel et se relève
« Pour chanter un cantique à Dieu ! )>
VOIX dans l'air
Sois heureuse, vis, épanche Ta gaîté comme un trésor !
Puis, viens par la route blanche Où nous porte notre essor ; Viens grossir notre cortège Qui fuit, tourbillon de neige
Et d'or !
SCisNE III ANGELIQUE, HUBERT, HUBERT1NE, reparaissant. Ils reviennent vers Angélique encore absorbée dans son rêv<
IIUBERTINE, près d'elle.
Angélique!
ANGELIQUE, en sursaut.
Ah!
HUBERTINE, doucement, montrant le livre.
Je me demande Si tu ne sais déjà par cœur celte légende !
ANGELIQUE
Pardon !
HUBERT
Je me demande, moi, Ce que nous répondrons pour cette broderie Si Monseigneur vient voir où nous en sommes... Quoi ? Quoi? Que répondrons-nous?
ANGELIQUE
Père, je vous en prie, Ne me grondez pas !
HUBERT
Bien ! c'est cela ! nous allons Lui raconter comment la Légende Dorée Tout là haut, dans le bleu de la voûte élhérée, Nous emporte auprès des beaux anges blonds Qui passent tout leur temps à chanter, sans rien faire. Gomme nous !
ANGELIQUE
Non ! Nous allons, père,
Dire à Monseigneur que voici Sa broderie aux deux tiers achevée.
Elle étale la pièce de broderie Voyez ! il ne me manque ici A cette place réservée, Plus rien que l'écusson des Hautecœur î... Ainsi, D'un gros châtiment vous me faites grâce Et vous m'embrassez!...
HUBERT rondement, joyeux,
Je t'embrasse !
AUGELIQUE gaiement.
Au travail, à présent !
HUBERTINE
Travaille ; tu pourras T'amuser demain. — C'est jour de lessive !
ANGELIQUE, battant des mains.
Au Clos Marie!... Ah! dans l'eau fraîche et vive C'est si bon de plonger ses bras Je laverai !
HUBERTINE condescendante et souriante.
Tu laveras !
Quelle enfant !
ANGELIQUE, se jetant à son cou et l'embrassant avec une grandetendresse.
Comme je vous aime !
HUBERT, vers la porte de la rue, tout effaré.
Là ! Que disais-ie? Monseigneur!