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CHAPITRE II

Opinions opposées du vulgaire et des psychologues : Qui a raison ? — I. Est-il du sommeil sans rêve ? — Théorie d'Hervey de Saint-Denis ; expériences de Maury et de Vaschide ; statistiques d'Heerwagen et de Santé de Sanc'ùs ; observations de Blumenbach, de Caldwell ; expériences de Mosso. — IL A quelle phase du sommeil correspondent les lèves dont on garde le souvenir ? Théorie de Goblot : le rêve est la pensée du réveil. — L'oubli à mesure d'Egger. — Réfutation de ces théories par des arguments pouvant se grouper suus cinq chefs : 1° les phases de sommeil sans lève ; -2° les rêves à réactions motrices ; 3° les rêves a épisodes multiples, à lacunes et a changements de tableaux ; le sentiment de la durée ; la théorie des consciences viscérales ; 4° les réveils provoqués et les rêves du type dit « de Maury guillotiné » ; 5° les rêves méconnus au réveii rappelés par des associations d'idées ou par l'hypnose. — III. Fragilité du souvenir du rêve ; ses causes. — IV. Exactitude nés souvenirs du rêve ; objections et réponses. — Conclusion.

Avant d'aborder l'étude de la structure intime du rêve, il convient d'examiner ses caractères extérieurs, ses relations de voisinage, comme fait un minéralogiste qui, trouvant une géode, examine son apparence extérieure, ses dimensions et aussi les couches géologiques où il l'a rencontrée, avant de l'ouvrir pour mettre au jour son contenu.

Ces caractères extérieurs du rêve concernent son 'extension, sa durée par rapport au sommeil, sa fréquence, et aussi la force et la persistance des souvenirs, seule trace de son passage qu'il laisse après sa disparition.

Le rêve est-il universel ? ou y a-t-il des gens qui rêvent et d'autres qui ne rêvent pas ? Rêve-t-on tant que l'on dort ou seulement à certains moments du sommeil et

lesquels? En d'autres terme-, est-il du sommeil sans rêves ? Quel est le sommeil qui admet des rêves? Est-ce le sommeil profond ou le sommeil léger '.'Toutes les formes de sommeil s'accompagnent-elles de rêves, y compris les sommeils chloroformique, hypnotique et pathologiques des diverses sortes : léthargique, syncopal, comateux ? Les rêves éloignés du réveil sont-ils condamnés à un inévitable oubli ?

r Le bon sens populaire a depuis longtemps répondu à .toutes ces questions. Interrogez le premier venu, pourvu qu'il ne soit pas un psychologue professionnel, il vous répondra que la plupart des personnes révent, mais que certaines ne lèvent jamais ; que, parmi les premières, les unes rêvent peu. d'autres beaucoup, quelques-unes presque pendant toute la durée de leur sommeil ; il vous dira aussi qui' le sommeil le plus profond est le plus dépourvu de lèves ; qu'on ne se rappelle généralement pas ee que l'un a rêvé, mai- que l'on peut se remémorer parfoi- des rêves ayant duré toute une nuit ; et que le souvenir des rêves est en général très fugace, mai- non pas à tel point que certains ne se logent d'eux-mêmes dans la mémoire plus solidement que bien des événements de la vie réelle ; enfin il vous dira que les scène- de- lèves se déroulent parfois très vite, mais le plus souvent à la même allure que celles de la vie réelle.

Les psychologues ont changé tout cela. D'après quelques-uns, il n'est aucun sommeil sans rêves ; d'après d'autres, les longs rêves qui nous paraissent meubler une nuit entière ne durent en réalité que quelques secondes, pendant lesquelles se déroulent des scènes qui, dans la vie réelle, exigeraient pour s'accomplir, des heures, des journées, voire des années. Qui a raison ? Il est certain que les psychologues ont beaucoup plus d'esprit que tout le monde. Mais n'en était-il pas de même des médecins de Molière qui avaient mis le cœur à droite ? Le bon sens populaire a tout au moins l'avantage d'être

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le reflet d'observations très nombreuses et dégagées de

cet esprit de système qui gâte tant de belles théories^

Il n'est pas à nier que les recherches des psychologues ont réfuté des erreurs accréditées et nous ont appris des choses qu'on ne soupçonnait pas. Mais les modifications qu'ils ont l'ait subir à la croyance commune sont-elles toutes des améliorations ? cela est moins sûr. __ — —H

/ — Reprenons donc toutes ces questions pour les examiner, en nous affranchissant, s'il est possible, de cet esprit

\de système dont nous venons de signaler les dangers.

I. — est-il du sommeil saxs rêves ? — Le premier qui ait développé, à la manière d'une thèse, une réponse négative à cette question que tout le monde résolvait dans le sens affirmatif, est, je crois, Hervey de Saint- Denis.

Quelques mots sur cet intéressant philosophe.

Le marquis Hervey de Saint-Denis, qui vivait au siècle dernier (1823-1892), était un savait sinologue, membre de l'Institut et professeur au Collège de France. En outre d'ouvrages appréciés sur l'objet officiel de ses études, il s'occupa de philosophie. La question du rêve l'intéressa toute sa vie. Déjà, sur les bancs du collège, il rédigeait chaque matin ses rêves de la nuit et les illustrait de dessins noirs ou coloriés ; et toute sa vie il continua à tenir un journal de ses rêves et à se livrer à des expériences sur ce sujet. En 1867, il publia un très curieux ouvrage : « Les Rêves et les Moyens de les diriger », mais en gardant l'anonymat, sans doute par crainte qu'on ne vît là une occupation trop frivole et peut-être compromettante par les côtés de la psychologie individuelle qu'elle met à nu. Dans cet ouvrage, le marquis se montre observateur persévérant et sagace, expérimentateur ingénieux et fait preuve d'un esorit subtil et pénétrant au service duquel il sait mettre une plume élégante et un style où la justesse de l'expression le dispute à la nette-

te de la pensée. La finesse de l'introspection y est supérieure à celle que l'on trouve chez Maury. Malheureusement, on y remarque une absence complète de notions physiologiques et un spiritualisme intransigeant qui fausse plusieurs de se- conclusions et donne à ses théories un air vieillot et peu scientifique.

Le marquis Hervev de Saint-Denis déclare de la façon la plus absolue qu'il n'y a pas, qu'il ne saurait y avoir de sommeil sans rêves. 11 fonde cette opinion déjà formulée avant lui par Cabanis, sur deux arguments, les uns de laits, les antre- théoriques.

Examinons d'abord les premiers.

Au début de ses observations, il a assez souvent des nuits sans rêve-, mais à mesure qu'il continue de s'observer, celles-ci deviennent de plus en plus rares. Il en conclut que les première- ne sont vides de rêves qu'en apparence et que celle apparence s'explique suffisamment par l'oubli.. Il déclare qu'il n'y a aucun instant de sommeil sans rêves. Pour le montrer, il se fait réveiller plusieurs fois par nuit et constate que. à quelque moment et si fréquents que soient ces réveils, toujours ils -permettent de trouver des traces d'un rêve nouveau survenu depuis le réveil précédent. Il étend ses expériences a d'autres personnes avec le même succès.

Flemming, cite par Pierron (12), comprimant sur luimême les deux carotides un peu plus d'une demi-minute détermina des bourdonnements d'oreilles suivis d'une perte de connaissance et au retour de la conscience se souvenait de véritables rêves donnant l'impression d'une durée de plusieurs heures.

Vaschide (11), dan- ces dernières années, a refait des expériences analogues et en a tiré la même conclusion.

Dan- ces expériences, il arrive que le sujet réveillé ne se l'appelle aucun rêvé. Parfois si l'on fait un appel énergique à sa mémoire, il retrouve un rêve qui lui avait échappé, ou bien une association d'idées survenant p; r

hasard le lui fait retrouver. Mais rien ne permet de savoir dans quelle direction il faut chercher les associations évocatrices. Pour parer à cet inconvénient, Maury (78), Vaschide, et d'autres, ont cherché à suggérer au dormeur des rêves d'une certaine nature, par exemple en passant une bougie devant ses veux ou en frappant avec une clé sur des pincettes, avant de le réveiller. Et au réveil, s'il déclare ne se souvenir de rien, on lui demande : " N'avez-vous pas rêvé d'incendie, d'éclairs,, de feu d'artifice, ou de fanfare, de tocsin, de forgeron frappant sur son enclume ». Le rêveur est mis ainsi sur la trace d'un souvenir affirmatif. On arrive par ces moyens à dépister bien des rêves qui seraient passés inaperçus. Le fait que, souvent, un dormeur qui prétend au réveil n'avoir pas rêvé, a, pendant son sommeil, parlé, ri, crié ou s'est agité de quelque façon, prouve que des rêves même intenses peuvent ne pas laisser de traces dans le souvenir. On a même affirmé que les rêves de cette sorte sont toujours oubliés. C'est peut-être aller un peu loin, mais que cela soit fréquent, la chose n'est pas douteuse. On en a fourni une explication dont ce n'est pas le moment de parler. Nous y reviendrons en temps et lieu. {Ch. VI). "

Tels sont les faits invoqués pour prouver l'inexistence du sommeil sans rêves. Avant de passer aux arguments théoriques, discutons la valeur de la conclusion qu'on a tirée de ceux qui précédent. A mon avis, cette conclusion dépasse la portée des prémisses. Ces remarques, observations et expériences prouvent que l'on rêve beaucoup plus que l'on ne croit, mais non que l'on ne saurait dormir sans rêver. Hervey qui, pendant de longs mois, au début de ses observations, avait eu des nuits ne laissant au réveil aucun souvenir de rêves, voit à mesure qu'il s'observe, de telles nuits devenir de moins en moins fréquentes et finalement disparaître. Il en conclut'' que ïa mémoire des rêves s'est développée en lui et lui permet

de retenir des rêves qui primitivement lui échappaient. Cela est sans doute en partie vrai, mais ce n'est peut-être pas toute la vérité. Ce qui s'est développé en lui, ce peut être aussi la faculté de rêver. El je pourrais retourner son observation contre lui et en tirer une conclusion inverse en disant : « Si vous n'êtes arrivé qu'après un laborieux exercice à n'avoir plus de nuits sans rêves, vous devez admettre que chez ceux qui n'ont pas exercé celte faculté, chez les gens du peuple dont la cérébration est plus ou moins rudimentaire, les nuits sans rêves doivent être la règle, ainsi qu'il résulte de leur propre témoignage ».

A l'appui de cette opinion, je citerai le fait personnel suivant : Je suis un grand rêveur et la mémoire des rêves est chez moi remarquablement développée ; mais par périodes plus ou moins longues, Je rêve tantôt plu*, tantôt moins. Dira-t-on que c'est la mémoire des rêves qui subit chez moi ces fluctuations ? Au début de la confection du présent ouvrage, je rêvais peu depuis longtemps et je m'en impatientais, car j'aurais bien voulu avoir des rêves d'espèces déterminées pour combler certaines lacunes. Sous l'influence de cette préoccupation, la faculté de rêver s'est réveillée en moi, et, depuis ce temps, je fais au moins trois ou quatre rêves chaque nuit. Il est raisonnable de penser que la faculté de rêver est variable suivant les conditions cérébrales et suivant les individus. Dès lors, n'est-il pas presque absurde de proclamer que chez aucun être humain, ii n'y a une minute de sommeil sans rêves ? Et, s'il y a une minute ici, pourquoi pas une heure ailleurs, et une nuit entière dans un autre cas ?

Les expériences montrant que, si l'on réveille au milieu de la nuit un dormeur qui d'ordinaire croit ne pas rêver, on constate chez lui les traces d'un rêve, sont à coup sur le meilleur argument en faveur de la théorie que nous combattons. Mais ces expériences seraient-

elles toujours affirmatives, qu'il me paraîtrait excessif de leur demander la conclusion qu'on en tire. Songeons combien elles sont peu nombreuses en présence de la masse formidable des faits qui parlent au moins en apparence en faveur de la thèse opposée : quelques centaines contre des milliards. Or, ce n'est pas 1' un de ces cas où un seul fait bien observé emporte à lui seul la conviction. C'est un argument d'ordre statistique et dès lors....

Nous avons rencontré nous-même deux personnes qui étaient à tel point dénuées de la faculté de rêver que, l'une au moins, M. D..., n'avait aucune idée de ce que peut être un rêve, au point qu'elle interrogeait avec intérêt d'autres personnes pour se faire décrire une chose aussi étrange à peu près comme pourrait faire un aveugle-né pour ce qui concerne les couleurs ; l'autre, M. T..., se souvenait d'avoir eu dans son enfance des cauchemars, mais était aussi complètement dépourvu de la faculté de rêver. L'une et l'autre sont des intellectuels exerçant des professions libérales.

D'ailleurs, la statistique elle-même apporte des faits à l'appui de l'existence d'un sommeil sans rêves. Heerwagen (88), résumant les réponses faites à un questionnaire envoyé à de nombreuses personnes, trouve que sur 40C» personnes interrogées, 24 % déclarent rêver presque toutes les nuits, 33 % assez souvent, 38 % très rarement, 4 % de temps à autre.

On peut aussi se poser la question du rapport de la fréquence des rêves avec le sexe, l'âge et l'état psychique des sujets.

D'après Santé de Sanctis (99), parmi les personnes déclarant rêver toujours, il y aurait 5 femmes pour 2 hommes ; tandis que pour celles déclarant ne rêver jamais, le rapport est le même pour les deux sexes(l).

(1) .Chez les enfants, l'existence de rêves commence à se manifester d'une façon très précoce. On en a vu sourire en dormant dès Vâge de six mois. Par contre, chez les vieillards, le rêve devient plus rare que dans un âge moins avancé.

Terman et Hocking i L3) concluent (l'une statistique sur 2692 écoliers qu'il n'\ a aucune relation entre la fréquence des rêves et les succès scolaires ou Les caractères psychiques des sujets. Des expériences de contrôle des mêmes auteurs portant sur des sujets anormaux confirment leur conclusion.

Cependanl l'argument serait impressionnant si toutes les observations étaient sans exception concordantes. Je puis citer à rencontre un exemple personnel : il m'arrive quelquefois de m'endormir pendant un temps très court durant une lecture peu intéressante ; ce sommeil dure d'une fraction de seconde à deux ou trois minutes. C'est donc un cas très favorable réalisant les condition- réclamées ci-dessus, en particulier celle de ne pas laisser à l'oubli le temps de se produire. Eh bien, il m'est auss/ arrivé parfois de ne retrouver dans ce cas aucune trace de rêve : les partisans du rêve continu répondront à cette objection en incriminant une défaillance de la mémoire. Cette échappatoire, au lieu de montrer la force de l'objection, prouve sa faillie— e. Un argument unilatéral n'a aucune force probante. Le fait même qu'il ne -aurait être trouvé en défaut parce qu'il a toujours quelque chose derrière quoi se retrancher, lui ùte toute vertu.

Lorsque, au réveil, on scrute ses rêves de la nuit, i! arrive, du moins en est-il ainsi pour moi. que \'<h\ retrouve un ou plusieurs rêves indépendants, séparés par une lacune. Un bon exemple de ce genre est fourni par mon rêve en cinq actes et mon rêve des quatre réveils imaginaires. Les partisans de la théorie d'Hervev soutiendraienl (pie ce sentiment intérieur n'a point de valeur et diraient eue tout cela ne constitue qu'un seul rêve comportant un changement de direction : interpréter ce changement comme une lacune correspondant à une phase de sommeil sans rêves de durée indéterminée serait une erreur. Mais comme ils seraient dans l'impossibilité de démontrer la vérité de leur interprétation, je

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préfère m'en rapporter au témoignage de ma conscience, ainsi qu'on a le droit de le taire toute- les fois que celui-ci ne heurte pas une vérité démontrée.

J'irai même plus loin et je dirai qu'à mon sens, il esl légitime d'interpréter tous les rêves tonnes d'épisodes successifs sans lien entre eux, avec changement de décor complet, comme autant de rêves indépendants séparés par des phase- de sommeil sans rêve, peut-être très courtes, mais peut-être aussi plus ou moins longues et pouvant reporter les premiers épisodes à un moment de la nuit assez éloigné du réveil. On trouvera dans la suite de cet ouvrage de nombreux exemples de rêves que l'on pourrait citer à l'appui de cette interprétation. (Rêve du Prophète, Kéve du Tunnel, Rêve des artisans hollandais).

Passons maintenant à l'examen des arguments ou plutôt de l'unique argument théorique. Il esl du encore à Hervey et s'appuie sur la croyance à une âme immatérielle et immortelle. Voici ce raisonnement fondé sur la conception cartésienne de l'âme qui, « étant de nature pensante, ne saurait ne pas penser «r'L'àme se manifeste exclusivement par la pensée et, a vrai dire, n'esl rien en dehors de la pensée ; en sorte que supprimer celle-ci, c'esl supprimer l'âme elle-même. Des loi-, h la pensée était périodiquement supprimée pendant les phases de sommeil sans rêves, l'âme serait inexistante pendant ces mêmes phases. Et ainsi, chaque jour, elle serait soumise à des anéantissements au sortir desquels elle se recréerait de rien. Pareille chose serait inconcevable, ce qui est immortel ne pouvant disparaître ni se recréer.

La conclusion logique esl que la pensée ne peu] subir aucune interruption. Elle est très logique en effel et a fente la solidité d'une forteresse bâtie avec de la chaux et du ciment, non pas même sur du sable mouvant, mais en l'air, car la seule base pour tout le raisonnement est

la croyance puérile à l'immatérialité et à l'immortalité de l'âme. Si la théorie d'Hervey était fondée, il faudrait admettre que le rêve est présent non seulement chez le dormeur, mais aussi chez le cataleptique, chez le malade gisant sous le chloroforme sur la table d'opération, chez le maçon tombé du haut de son échafaudage et qui reste plusieurs heure- avant de revenir de son évanouissement, chez celui qui, frappé d'hémmoragie cérébrale, reste dans le coma plusieurs jours quelquefois avant de reprendre possession de ses sens, chez tous ceux enfin qui, par suite d'empoisonnement urémique ou autre restent plongés plus ou moins longtemps dans un coma qui ne se termine pas par la mort.

Il est évidemment impossible de prouver que les personnes plongées dans les états ci-dessus ne rêvent pas, mais il est de toute évidence que Vomis probandi incombe à ceux qui affirment l'existence du rêve contre toute apparence dans de telles conditions ; et ce n'est pas avec des arguments scholastiques de la nature de celui d'Hervey que l'on convaincra les physiologistes et les médecins.

La preuve directe en pareille matière ne semble pas possible ; elle le deviendrait peut-être si l'on arrivait à trouver quelque manifestation extérieure indiscutable de la pensée dans le cerveau. Voici ce que l'on peut rapporter à cet égard. Blumenbach (cité par Maury) remarqua que le cerveau d'un blessé dont le crâne présentait une perforation, s'affaissait pendant le sommeil, tandis qu'au réveil il augmentait de volume et le sang affluait alors davantage. Et Caldwell, dans une circonstance analogue, reconnut que lorsque le malade dormait d'un sommeil paisible, son cerveau était presque immobile dans son enveloppe ; faisait-il, au contraire, quelque rêve assez lucide pour qu'il pût en garder le souvenir au réveil, l'enveloppe cérébrale venait faire saillie au niveau de la perforation. Ces faits plaident en

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faveur de l'intermittence de la pensée pendant le sommeil et par conséquent en faveur de la possibilité du sommeil sans rêves. Mais ce sont là des observations

un peu anciennes et bien peu précises.

Plus récemment, des expériences de contrôle ont été faites sur le chien, (Durham), au moyen dîme ouverture pourvue d'une vitre, et chez des opérés ou des blessés (Hammond, Mosso) ; mais elles prouvent seulement que le cerveau est plus anémié pendant le sommeil que pendant la veille et pendant le repos que pendant la perception des excitations sensorielles et le travail actif de la pensée.

Il en est de même d'une autre expérience de Mosso : Un homme est étendu horizontalement sur une planchette équilibrée, oscillant autour d'un axe horizontal et transversal passant par le centre de gravité. Quand le cerveau entre en fonction, la planchette se renverse du côté de la tête, et c'est l'inverse quand il entre en repos. Si on établit l'équilibre pendant le sommeil, on assiste à des oscillations alternatives de la planchette traduisant les phases successives d'activité et de repos du cerveau, même en l'absence de toute excitation sensorielle. Cette expérience plaide en faveur de notre opinion, mais on peut cependant objecter que les phases d'anémie cérébrale correspondent, non à l'absence de rêve, mais à une moindre activité de ceux-ci. Le problème ne peut être définitivement résolu par ce procédé qui fournit cependant des probabilités en faveur de notre opinion.

A noter qu'un psychologue averti tel que Santé de Sanctis est même d'avis que le sommeil avec rêves est relativement exceptionnel.

Cette théorie de la continuité des rêves reste très discutée. Elle est admise par : Cabanis. Hervey de Saint- Denis, Yaschide, Egger, Goblot, Foucault, Claparède,

qui affirme même n'avoir jamais passé une minute sans rêver.

Elle esi repoussée par : Moreau, Santé de Sanctis, ■Mourly-Vold, Beaunis, Meunier et par l'auteur de ce livre.

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