II. A QUELLE PHASE DE SOMMEIL CORRESPONDENT LES
rêves dont on garde le souvenir ? — L'opinion du vulgaire est que les rêves dont on garde le souvenir sont les plus intenses et ceux qui excitent en nous l'émotion la plus profonde. Tout autre serait la chose d'après certains philosophe-.
Goblot a émis à ce sujet une théorie qu'il caractérise d'une façon frappante en disant : « Le rêve est non pas la pensée du sommeil, mais la pensée du réveil ». Il ne veut pas dire par là que l'on ne rêve pas pendant le sommeil profond éloigné du moment du réveil, car il tend plutôt à admettre l'idée d'Hervey que l'on rêve pendant toute la durée du sommeil ; mais il déclare que les seuls rêves dont on se souvienne sont ceux qui ont lieu pendant la phase parfois très courte, mais jamais nulle, même dans le réveil brusque, qui fait la transition entre le sommeil vrai et le réveil accompli. Les rêves situés en dehors de la phase de réveil seraient condamnés à un inévitable oubli.
L'idée de Goblot a été en général bien accueillie par les philosophes : cependant quelques prostestations ont été formulées : Mourly Vold l'admet dans ses traits généraux, mais la trouve trop absolue. Il pense nue l'on peut aussi se souvenir des rêves qui ont eu lieu pendant un sommeil léger, même lorsqu'ils sont séparés du réveil par une période de sommeil profond.
Dugas s'inscrit en faux contre elle dans les termessuivant : « Si l'on admettait avec M. Goblot, l'hypothèse d'une contiguïté constante du rêve et de la veille
(hypothèse que je rejette pour ma par! comme contraire aux faits), je dis qu'on verrail alors disparaître, ou peu s'. mi faut, toute distinction entre le sommeil et la veille
La conception de Gobloi a été caractérisée par un mot : « l'oubli à mesure », propose par Egger, qui esi de ceux qui l'acceptent pleinement. D'après Egger, les rêves tomberaient dans l'oubli au fur et à mesure qu'ils se produisent, dès un temps très court après leur pro7 (ludion. Ceux-là seul» resteraient dans le souvenir qui sont très peu éloignes du réveil et qui sont fixés par la mémoire à l'état de veille. L'oubli du rêve serait en quelque sorte une fonction normale el ayant son utilité, sa raison téléologique : il aurait pour effet de réduire à un minimum insignifiant l'action très fâcheuse qu'auraient le- rêves sur la pensée éveillée s'ils s'inscrivaient solidement dans notre mémoire.
Gobloi se fonde sur ce fait qu'il déclare être sans exception, (lue tout rêve restant dans la mémoire se termine par le réveil : autant de rêves retenus, autant de réveils, ("elle remarque qui n'avait pas été faite avant lui est fort intéressante et se vérifie le plus souvent. Est-elle vraie d'une façon absolue? Nous allons l'examiner : niais auparavant, achevons de préciser l'idée de Goblot. Ce philosophe invoque à l'appui de sa théorie deux faits que non- avons déjà mentionnes plus haut : 1° que pour faire apparaître un rêve de plus dans la nuit d'un dormeur il suffit de provoquer un réveil ; 2° que le- rêves les plus intenses qui ont provoqué des lires, des appels, des cris, des mouvements de défense ou de fuite ne laissent aucune trace dans la mémoire du dormeur -il< n'ont pas été >ui\is de réveil immédiat. (Cite argumentation est au premier abord captivante et confient certainement beaucoup de vrai, mais il me semble qu'on est allé trop loin en l'acceptant dans son intransigeance absolue. Ce qu'on peut concéder à Go-
blot et à Egger, t'est que dans la période qui précède immédiatement le réveil prennent place presque toujours des rêves plus ou moins longs qui sont ceux qu'on retrouve d'ordinaire dans la mémoire au réveil, tandis que ceux qui ont eu lieu plus avant dans la nuit sont oubliés le plus souvent au fur et à mesure de leur formation. Mais on est en droit de nier que tout rêve éloigné du réveil soit condamné à ne laisser aucune trace dans la mémoire.
A l'appui de notre affirmation, nous présenterons de nombreux arguments que l'on peut grouper en cinq catégories.
1° Tout rêve que l'on se rappelle au réveil peut paraître confiner à la pliase de réveil, même si en réalité il en est séparé par une phase de sommeil sans rêve. La raison en est que celle-ci peut passer inaperçue. Supposons en effet que le sommeil se compose d'une alternance de phases avec et sans rêves. Si ces dernières Délaissent aucune trace dans la conscience, elles seront pour le dormeur comme inexistantes, en sorte que les tronçons de rêves qui se sont succédé pendant le sommeil pourront revêtir l'apparence d'un rêve unique avec des changements à vue de décor et de sujets et que le dernier tronçon paraîtra confiner au réveil pour la bonne raison que l'intervalle qui l'en séparerait éventuellement sera inconstatable pour la conscience. Dans bien des cas, une nuit sans rêves n'a pas pour nous de durée appréciable. Nous nous réveillons tout surpris de nous trouver au matin et la notion d'un certain temps écoulé pénètre en nous brusquement du dehors. Si à ce moment le souvenir d'un rêve se présente à notre esprit, instantanément la nuit prend pour notre sens intime une durée correspondante à celle que nous attribuons aux événements de ce rêve. Si au cours de cet examen un nouvel épisode se présente h notre mémoire, immédiatement notre nuit parait s'allonger d'autant. Quoi
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d'étonnant donc que notre dernier rêve paraisse confiner au réveil ? Ce qui serait presque inconcevable serait qu'il n'en lût pas ainsi. Goblot, sans formuler cette objection, et par conséquent sans la réfuter, y répond implicitement par l'explication qu'il donne des phénomènes. Pour lui, au réveil, le rêveur prend progressivement conscience de lui-même et a le sentiment d'une continuité parfaite entre tous les épisodes de son dernier rêve depuis les premiers p.n dste des derniers dont il se souvienne) jusqu'à ceux qui se déroulent à la fin dans une conscience déjà assez éveillée pour exercer sur eux un contrôle certain. Il y a du vrai dans cette constatation. Je l'accepte pour les cas où un réveil progressif permet le contrôle de la conscience sur les derniers épisodes du rêve ; mais, nombreux sont ceux où l'on a au réveil le sentiment d'un déclanchement brusque, incompatible avec l'opinion de Goblot.
L'argument développé ci-dessus conserve donc toute sa valeur pour les cas très fréquents où après un réveil brusque le dormeur trouve le souvenir de rêves de longue durée.
Cependant, il convient de faire certaines réserves touchant la validité de l'objection fondée sur l'impossibilité pour la conscience de connaître les phases éventuelles de sommeil sans rêve. Il serait exagéré de dire ainsi que nous allons le voir un peu plus loin que d'une façon constante les phases de sommeil sans rêve ne laissent aucune trace dans la conscience et par conséquent on ne peut affirmer que tout rêve dont on se souvient au réveil doit paraître nécessairement confiner au réveil.
En résumé, de ce qui précède nous avons le droit de conclure qu'un rêve dont on se souvient au réveil, je ne dis pas doit, mais peut paraître confiner au réveil, même lorsqu'il en est séparé par une période plus ou moins longue de sommeil sans rêve.
2° II nest pas exact que les rêves du sommeil profond
ayant provoqué des réactions motrices soient fatalement oubliés au réveil. Je puis citer un cas où un rêve accompagné il»- réactions motrices violentes, séparé du n-vcil par un long intervalle de sommeil calme, n'a pas empêché le rêve d'être retenu par la mémoire après le réveil: Voici ce cas, emprunté à Debacker :
Rêve du petit glouton. Après un repas immodéré, un entant de huit ans, Félix H..., a un cauchemar épouvantable. Sans se réveiller, il s'agite, pousse des cris, prononcé des parole- sans suite. En vain essaie-t-on de le tirer de son sommeil. Enfin, il se calme sans avoir cessé de dormir et. âpre- un long sommeil, se réveille a matin. Il ne se rappelle rien. mais, mis sur la voie pa des questions de ses parents, il finit par retrouver so rêve : trois hommes s'étaient battus devant lui e s'étaient ensuite tournés contre lui. Le souvenir étai confus et lointain.
Ainsi voilà un rêve accompagné de réactions motrices violentes appartenant par conséquent, conformément a l'opinion commune, au sommeil profond et, en outre, séparé du réveil par une longue phase de sommeil calme, et qui cependant a été retenu par la mémoire.
3° Certains rêves se présentent avec de tels caractères qu'il ne parait pas possible de les confiner dans la cour te période du réveil. Tel est le cas pour le rêve personnel suivant :
h'ère de la scène scandaleuse. — Dans la nuit du 27 au 28 mars 1914, j'ai fait un rêve très long, très intense et très suivi, dont je ne rapporterai ici que ce qui me paraît indispensable.
La première partie du rêve me l'ait assister à des actes scandaleux difficiles à rapporter et dont je dirai seulement ceci : qu'ils se passent chez moi, dans un appartement que j'ai habité à Paris il y a quelque vingt-
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cinq ans, et qu'Us se terminenl par une scène de violence qui me laisse dans un état de grande agitation. Mon émotion est extrême, faite de colère et d'indignation, el telle que, presque toujours en pareille circonstance, elle détermine le réveil. Cependant, et c'est là le point intéressant, il n'en est pas ainsi dans le cas présent : ce qui montre que le sommeil était profond. En outre, le ivyc est parfaitement hallucinatoire et nullement conscient ni dirigé, ce qui confirme encore cette idée. Le rêve continue et peu à peu je me calme. Ma fille survient, s'asseoit à côté de moi sur un canapé et me raconte que de pareils faits se sont passés déjà plusieurs fois sans que j'en susse rien. Je sors de la chambre qui a été le théâtre de l'action et, fort triste et embarrassé de ma personne, j'erre de. pièce en pièce et dans les corridors, croisant d'autres personnes de ma famille avec lesquelles je n'échange aucune parole, mais qui sont sous le coup de la même impression pénible. Le temps me paraît long ; je ne sais à quoi m'occuper ; je regarde ma montre : il est onze heures moins vingt et je me dis qu'il se passera environ une heure et demie avant que les membres de la famille se retrouvent ensemble à table en situation d'échanger leurs impressions. Pendant ces réflexions se forme dans mon cerveau l'image mentale des membres de la famille réunis à table ; je les vois tous à leur place et moi à la mienne ; mais cette image mentale, quoique nettement dessinée et objectivée, n'a, à aucun degré, le caractère hallucinatoire, en ce sens que, dans mon rêve, je sais très bien qu'elle représente une chose qui n'a pas en ce moment d'existence réelle et que je vois par la pensée, tandis que je suis assis dans une autre pièce de l'appartement me livrant à une tout autre occupation. Pour passer le temps, je m 'assieds dans une chambre, prends un journal et commence à le lire ; mais, bientôt, je fais réflexion que celte occupation n'est pas^ en rapport avec la gravite de la situation, et, cédant à un sentiment de respect
humain, je pose le journal. Jusqu'ici, le souvenir des premiers épisodes <lu rêve ne m'a pas quitte ; il n'en est plus de même à partir de ce moment.
J'entre dans une pièce de l'appartement et j'y rencontre un de mes frères qui se livre à la fenêtre à une bizarre acrobatie : il a un pied sur une corniche extérieure, l'autre en l'air dans la chambre et le corps penché audessus du vide (c'est au 4e étage). Très effrayé, je saisis son pied, le fais rentrer dans la chambre et lui adresse des reproches sur son imprudence. Il me répond qu'il n'y a pas d'imprudence car il n'est pas sujet au vertige ; à quoi je réplique qu'indépendamment du vertige son pied peut glisser. J'ajoute que pareille chose arrive tous les jours simplement en montant un escalier. Quelques marches apparaissent sous mes pieds au milieu de la chambre et me permettent de lui en faire une démonstration. Je franchis une marche en n'engageant que le bout du pied qui glisse et me laisse retomber sur la marche située au-dessous ; une deuxième fois, je renouvelle l'expérience ; l'escalier disparaît. Je n'ai pas convaincu mon frère ; il ne paraît tenir aucun compte de ma démonstration. Il avise sur la cheminée un vase contenant du café et se met à boire à la façon des gens du peuple dans le Midi, en tenant le vase au-dessus de sa tête et laissant tomber de haut dans sa bouche un long filet de liquide qu'il déglutit par gorgées sans fermer les lèvres ni s'interrompre.
Le rêve cesse là, mais le réveil ne se produit pas immédiatement. Au moment où il a lieu, j'ai le cerveau vide d'images et l'impression très nette que toutes les scènes du rêve, y compris la dernière, font irruption dans ma conscience par la voie du souvenir. Le rêve a d'ailleurs gardé jusqu'au bout sa forme hallucinatoire et le réveil, quoique spontané, m'a fait éprouver cette sensation de déclanchement qui accompagne le passage brusque de l'état de sommeil à l'état de veille.
Je déclare qu'il m'est absolument impossible de cou-
cevoir qu'un pareil lève qui me donne l'impression d'avoir duré au moins une demi-heure se soit produit durant une phase de réveil de quelques secondes. On remarquera, en effet, que, non seulement les tableaux sont nombreux (et encore ai-je passé tous ceux du commencement qui n'étaient pas de nature à pouvoir être racontés dans un livre), mais certains d'entre eux se déroulent avec une grande lenteur, une lenteur telle qu'ils donnent au rêveur un sentiment de lassitude et d'ennui en attendant les scènes ultérieures qu'il prévoit. D'autre part, le rêve se compose de deux parties qui n'ont aucun lien entre elles et ont toutes chances d'être séparées par une phase de sommeil sans rêve, d'autant plus que, dans cette seconde phase, l'émotion intense qui accompagnait la première a complètement disparu. A coup sûr, il est impossible de démontrer que tout cela ne s'est pas déroulé en quelques secondes à l'allure d'un film entraîné à toute vitesse, mais rien ne prouve qu'il en soit ainsi et, jusqu'à preuve du contraire, on est en droit de ne pas l'admettre.
Voici un autre exemple non moins embarrassant pour la théorie que nous combattons :
Rêve en cinq actes (Xuit du 14 au 15 novembre 1914). — Cette nuit, après un rêve, je commence à me réveiller et, comme d'ordinaire, par une habitude quasi automatique, m'abstenant de bouger et de laisser envahir mon esprit par des pensées étrangères, je m'efforce de le revivre. Bientôt je m'aperçois qu'il présente un caractère intéressant du point de vue du souvenir du rêve dans le rêve. Je veux en préciser l'étude, mais le sommeil l'emporte et je me rendors. Après un temps que je ne saurais préciser, mais qui me donne l'impression d'être d'une demi-heure à une heure, je me réveille de nouveau et cette fois pour ne plus me rendormir. J'ai le souvenir de mon précédent réveil et d'avoir fait un
rêve intéressant sous le rapport que je viens d'indiquer. mais ce rêve lui-même ne me revient pas à l'esprit. Désireux de le retrouver, je concentre mon attention,
surveille les images qui passenl dans mon esprit, et. par épisodes successifs, reparaît le souvenir, non pas
d'un rêve, mais de cinq, plus ou moins indépendants les uns des autres et au nombre desquels celui qui m'intéressait particulièrement. En ce qui concerne leur succession, je ne suis certain que de ceci : le cinquième esl bien le dernier, les deuxième, troisième et quatrième se succèdent certainement dans cet ordre, mais celui <pie je donne comme le premier se place peut-être entre quatre et cinq. Cela n'a d'ailleurs pas grande importance.
Voici ces rêves :
I. — Je suis chez moi auprès de l'appareil téléphonique : mon gendre, pharmacien à Yincennes, me dit que je lui ai téléphoné chez lui. qu'il était absent et me demande ce que j'avais à lui dire. Impossible de le retrouver. J'en suis impatienté et comme un peu honteux. Puis, brusauement, ce souvenir me revient et je revis dans ma pensée de rêveur la chose que j'avais a lui raconter. Je me suis rendu de sa part chez un autre pharmacien pour avoir des comprimés de bicarbonate de soude. Or. celui-ci m'a répondu qu'il n'en fabriquait plus. Je lui mets alors suu> les yeux un papier où il indique ce produit parmi ceux qu'il fabrique et lui reproche vivement d'avoir laissé persister cette indication a laquelle je dois de m'être dérangé pour rien. Mon gendre, à qui je raconte la chose maintenant, partage mon mécontentement.
11 y a donc deux scènes dan^ ce rêve : une scène actuelle dont mon gendre et moi sommes les acteurs, et une scène précédente entre l'autre pharmacien et moi. Or. cette dernière est. dans la scène actuelle, à l'état de souvenir, mais de souvenir vécu, intense, précis, dont
toutes les particularités se présentent aux yeux de ma mémoire avec le caractère parfaitement hallucinatoire d'une scène qui s'est réellement déroulée antérieurement. Il me semble difficile d'expliquer cela autrement que par un rêve antérieur revenant à ma mémoire pendant le rêve actuel. Notons bien que cette scène, telle que je la raconte, ne saurait être le souvenir de ce que je me suis raconté à moi-même à mon premier réveil, car je revis la scène elle-même et me rappelle parfaitement me l'être racontée à moi-même dans des termes semblables déjà lors de mon premier réveil, et, de plus, malgré la similiture des deux souvenirs, je retrouve dans le second des particularités additionnelles qui n'avaient pas trouvé place dans le premier.
II. — Je suis dans une ville en compagnie de M. G..., savant polonais que j'ai connu à la station biologique de Koscofî. Notre situation réciproque est un peu délicate, car je lui reproche certains actes que je ne me rappelle pas et m'excuse de certaines manières d'agir que j'ai eues vis-à-vis de lui et que je ne me rappelle pas davantage. Mais je m'empresse et me montre aimable pour effacer le léger dissentiment qui existe entre nous. Je me vois descendant avec lui un escalier et franchissant le seuil d'une porte pour sortir dans la rue. Ici. une lacune.
III. — Je suis maintenant seul dans une rue qui n'est pas celle où j'étais tout à l'heure ; mais j'ai l'impression d'y être arrivé après avoir continué à marcher. M. G... a d'ailleurs disparu et je n'ai aucun souvenir de lui. Je monte un escalier qui me conduit au bureau d'une administration où j'ai quelque chose 'à faire, mais je ne sais pas quoi. J'arrive dans une antichambre, je pousse une porte qui ouvre dans une sorte de soupente très petite, éclairée par une toute petite lucarne, où un employé lilliputien, haut comme ma botte, écrit sur une table faite a sa taille. Il repasse avec moi dans l'antichambre,
me montre une autre lucarne pas beaucoup plus grande que la précédente et se plaint que pendant qu'il écrit un soleil ardent darde ses rayons nar la lucarne et rend son travail très fatiguant pour ses yeux. J'avise par terre, derrière lui. un gros livre relié en noir ; je l'ouvre et lis comme titre de tète de page : Roscoff. Je parcours la page imprimée sur deux colonnes et vois que c'est une histoire de Roscoff aux temps anciens. Cela me paraît très intéressant et je voudrais m'approprier le volume ; mais je continue à le feuilleter et trouve comme titre : Paris. Alors je me dis que cela n'en vaut plus la peine et m'en désintéresse. A ma droite, par une porte entrebaillée, je vois des employés griffonnant sur des registres. Lacune.
IV. — Je suis dans une grande salle et j'ai l'impression d'être dans le même bâtiment, mais cette impression est vague et le souvenir des scènes précédentes a disparu. Un pan de mur est occupé par des rayons de biblothèque sur lesquels sont des volumes mal en ordre. Sur une table, de grands in-folios cartonnés que je commence à feuilleter. Auprès de moi, surgit M. A... secrétaire de l'Ecole de Médecine de Nantes, qui m'explique que tous ces volumes sont à vendre pour la modique somme de 23 francs. Je monte sur un escabeau pour en faire un rapide inventaire et trouve que la majeure partie des livres est formée par de vieux in-quarto très épais brochés à couverture jaune, constituant une grande encyclopédie en une cinquantaine de volumes au moins, ayant pour auteur M. L..., professeur a l'Université de Bruxelles. 'Notez que M. L.... que je connais, est un entomologiste distingue, mais qu'il n'est l'auteur d'aucune encyclopédie monumentale de ce genre). D'ailleurs, tout cela a un air suranné et ne peut présenter d'intérêt qu'au point de vue historique. Aussi ne suis-je guère tenté malgré le bon marché. Lacune.