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CHAPITRE VII

Diversité de leur contenu : tableaux hallucinatoires, émotions, cours de pensées, processus psychiques de toute sorte jusqu'à du raisonnement. Exempte : rêve de l'Echoppe Brûlée. — Construction du rêve immédiate et légitime ou ultérieure et artificielle : 'théorie de Foucault, objections. Rêve du Rat. — Rêve de la Grosse de Limes. — Association des idées comme facteur des rêves complexes ; énergie résiduelle ; suppression de tout contrôle : Pseudo-rêve du Dormeur Eveillé de Mourre. — Incohérence apparente et cohérence réelle mais cachée dans le rêve.

Après l'étude des rêves représentatifs simples faite dans le précédent chapitre, passons à celle des rêves •complexes : ceux-ci sont les rêves vrais ordinaires, les premiers n'étant qu'une variété rare presque schématique choisie pour nous permettre de diviser les questions et de sérier les difficultés.

I. — Constitution des rêves complexes. — Interrelation de leurs éléments.

Comme exemple de tels rêves, j'en choisirai un remarquable par la variété des aspects qu'il présente, par le fait que s'y rencontrent, en outre des souvenirs de la vie réelle, des transferts, des déformations, des •cours de pensées, des émotions, de la cérébration inconsciente, de la cérébration créatrice et jusqu'à du rayonnement.

Rêve de l'Echoppe Brûlée. ( Nuit du 10 au 11 Septembre 1914). — Le tableau le plus reculé de ce rêve me pla-

ce sur une terrasse formant le toit d'une maison au bord d'un beau fleuve aux eaux limpides et bleues. Quelle est cette ville ? Quel est ce fleuve ? Je l'ignore. Mais je sais que je suis au siège d'un congrès scientifique. A côté de moi est notre doyen, Monsieur Appell, avec qui je cause. Je lui demande des renseignements sur le congrès, me plaignant qu'on n'ait pas publié de programme qui nous serve de guide. 11 m'explique que cet après-midi aura lieu une conférence de Jacques Loeb, attendue avec impatience et qui roulera sur le « corned beef ». Le but du conférencier est d'exciter un intérêt scientifique sur une question capitale en Amérique au point de vue commercial et de convaincre les autorités administratives. Dans mon rêve, sans pouvoir bien préciser ce qu'est le corned-beef, je le considère comme une viande conservée par une sorte de boucanage. Je m'éloigne avec M. Appell pour me rendre au siège du Congrès et nous passons dans de petites rues étroites, très sales, avec, au milieu, un ruisseau encombré d'immondices. Je suis incommodé par un relent de pourriture ; aussi dis- je à M. Appell de me suivre et que je le conduirai par une rue mieux aérée. Il se laisse entraîner et, au bout de quelques pas, nous tournons a gauche dans une rue large et claire où règne un vent si vif qu'il me soulève presque et je fais remarquer à mon compagnon que c'est à peine si je puis prendre appui sur le sol par le bout du pied. A ce moment, nous arrive aux narines une forte odeur de brûlé. On s'interroge sur sa cause et j'explique (d'où me vient cette connaissance, je l'ignore absolument) que cela provient d'une échoppe construite en bois, d'un petit marchand de légumes et de fruits qui se trouve quelque cent pas plus loin sur la gauche. A noter que je n'ai pas seulement reconnu, mais vraiment senti, dans mon rêve, l'odeur de brûlé en question. Nous continuons à avancer et mon compagnon, avec une autre personne

irjue je ne connais pas, monte quelques degrés en pierre qui vont les conduire sur la droite à une partie surélevée de la route. Mais je ne les accompagne pas jugeant la chose inutile, parce que je sais qu'un peu plus loin, la rue allant en montant, je me retrouverai de plain-pied avec eux. Durant que je chemine seul, je me livre à des cogitations sur ce petit incendie. Le rêve devient ici difficile à décrire. Je reste dans la rue et les tableaux de mes pensées se réalisent devant moi sous l'orme hallucinatoire ; je ne saurais dire s'ils suivent ma pensée ou s'ils l'expriment de façon immédiate.

Le premier tableau me présente sur une table, dans la rue, un gros registre à couverture noire, à angles protégés par des coins de cuivre. Il correspond à une pensée, que je suis obligé de délayer un peu pour la rendre compréhensible, mais qui s'exprime de primesaut et de façon plus condensée dans mon cerveau de rêveur. Cette pensée est que, dans les incendies, non plus d'échoppes de fruitiers, mais de grands magasins, les registres attaqués par les flammes doivent résister à la destruction et que cette destruction peut être désirée par le propriétaire du magasin s'il a frauduleusement mis le feu lui-même pour toucher une prime d'assurance. Comment rendre certaine la destruction du registre par le feu ? Ce qui le protège, c'est sa nature compacte. Pour supprimer cette protection, il suffirait d'introduire entre les feuillets des objets divers qui le maintiendraient entr'ouvert.

Au tableau précédent, qui me montrait dans la rue et sur une table, le registre intact et fermé, il s'en est substitué un autre, me montrant sur la même table et toujours dans la rue le même registre ouvert avec quelques-uns de ses feuillets maintenus écartés par des objets hétéroclites : un porte-plume, un peigne, une ■tranche de pain. Je réfléchis alors que le procédé n'est

pas pratique et une idée lumineuse surgit dans mon cerveau : il suffirait de bien imbiber le registre d'une solution concentrée de chlorate de potasse. J'ai joué jusqu'ici le rôle du fraudeur ,mais voici que j'assume celui du justicier. Rien ne s'est passé, c'est toujours la même table dans la môme rue, mais je me vois, dans un tableau parfaitement hallucinatoire, recueillant sur h table d'où le registre a disparu, les cendres provenant de sa combustion et je me dis, riant saus cape : « le fraudeur va être bien pris, car je vais analyser ces cendres et j'y trouverai une quantité exagérée de potasse qui servira à le confondre ». Peu après, survient un réveil non brusque.

Examinons maintenant les particularités de ce rêve. Il est d'abord remarquable en ceci : que j'ai pu rapporter presque tous les éléments de ses tableaux à des souvenirs de la vie réelle plus ou moins récents ; puis par le fait qu'il s'y trouve deux fois des impressions olfactives lesquelles sont rares dans les rêves chez moi comme chez la plupart des personnes ; enfin on y trouve un exemple remarquable de certains processus psychiques, pas très communs dans le rêve.

Commençons par les souvenirs de la vie réelle ayant fourni la matière de ces tableaux :

1. — La ville avec ses maisons à terrasses et son fleuve aux eaux bleues : pas d'explication. Ce tableau doit être formé de bribes réagencées de souvenirs qui m'échappent.

2. — Jacques Loeb : son introduction dans ce rêve s'explique par le fait que j'ai, hier ou avant-hier, pensé à lui au sujet de la guerre franco-allemande et ressenti pour lui les angoisses morales que je lui supposais.

3. — Corned-beef : il a été fréquemment question récemment dans les journaux de conserves alimentaires pour l'armée. En outre, un article de journal que

l'on m'a lu tout récemment, rappelait dans une comparaison des Allemands avec les hordes des Huns, l'habitude de ces derniers de se nourrir de viande crue grossièrement boucanée, par le fait qu'elle était placée en larges tranches entre le siège du cavalier et l'échiné du cheval. Pourquoi ai-je traduit l'idée de boucanage par corned-beef, qui veut dire bœuf salé ? L'idée de salaison ne s'est présentée à aucun moment à mon1 esprit, mais le mot corn avait été prononcé devant moi à propos d'un appareil décrit dans un catalogue sous le nom de cornebin. Interrogé sur la signification de ce terme, j'étais resté sans réponse.

4. — Puanteur de la ruelle : il a été question plusieurs fois depuis quelques jours dans les journaux que je me fais lire assidûment, de la puanteur produite dans les lieux où a passé la bataille par les cadavres décomposés des chevaux non enfouis.

5. — Odeur de brûlé : hier au soir, durant que j'étais à méditer dans mon fauteuil, une forte odeur de brûlé s'est répandue peu à peu dans la salle à manger où je me trouvais. Le domestique fit savoir qu'une chaudronnée de pommes de terre préparée pour les animaux de basse-cour avait été oubliée sur le feu et s'était calcinée.

6. — Registre brûlé : il y a deux ou trois jours, un de nos fournisseurs présenta chez moi une note à payer non-datée. Comme on réclamait la date, il répondit que tous ses registres avaient été emportés de Sceaux à Paris pour être mis à l'abri en cas d'investissement de la capitale. Je fis réflexion en moi-même que, dans la tourmente, bien des registres pourraient être détruits par le feu ou autrement.

Il est à remarquer que tous ces souvenirs évocateurs des scènes du rêve correspondent à des idées banales, de médiocre intérêt, aussitôt inhibées par d'autres plus

intéressantes, condition favorable à leur reviviscence, ainsi que nous le verrons au chapitre VIII.

Enfin, j'attire l'attention sur le singulier raisonnement où ne font défaut ni la logique ni l'ingéniosité relatif à la manière de rendre destructible par l'incendie un registre qu'on a intérêt à faire disparaître ; mais je n'insiste pas sur ce point, car un chapitre spécial sera consacré à l'étude de ces questions.

Un des principaux éléments de la différence entre le rêve représentatif et le rêve complexe est que ce dernier se compose, non de tableaux isolés ou même simplement successifs, mais de tableaux ou de scènes enchaînés de manière à former un petit drame.

La réalité, l'objectivité de ce lien réunissant entre eux les tableaux successifs a été mis en doute. Quand aprè* un rêve on vient de se réveiller, on a dans l'esprit le dernier épisode qui s'y trouve encore presque comme une chose actuelle. Mais bientôt les autres épisodes se présentent à la mémoire et le rêve apparaît dans son ensemble sous la forme d'un petit drame ou d'une petite comédie comprenant plusieurs tableaux, plusieurs scènes plus ou moins suivies, plus ou moins logiquement enchaînés. La petite histoire que nous repassons ainsi dans notre pensée nous paraît être la reproduction fidèle de notre rêve : nous avons l'impression que la succession des tableaux et des scènes s'impose à nous comme réelle et que nous n'y changeons rien, que nous n'y ajoutons rien. Cependant un philosophe de mérite, Marcel Foucault, s'inscrit en faux contre cette opinion. D'après lui, seuls, les tableaux seraient fournis par le rêve : leur ordre de succession, leur arrangement en scènes plus ou moins Logiques seraient inconsciemment surajoutés. Sous sa forme la plus absolue et en faisant abstraction des correctifs qu'il y ajoute dans les chapitres ultérieurs de son livre, sa théorie , se présente comme suit.

Le rêve est formé de tableaux indépendants et simultanés provenant de courants d'idées qui se développeraient chacun pour son compte sans rien devoir l'un à l'autre, sans réagir l'un sur l'autre. Et au réveil le souvenir de ces divers tableaux se présenterait dans un ordre quelconque et involontairement nous prendrions cet ordre arbitraire pour l'ordre légitime de leur succession, le premier apparu dans la mémoire est jugé le plus récent, le dernier est considéré comme le plus ancien et les autres prennent place entre eux suivant la même règle d'ordre renversé. Ainsi disposés, les tableaux successifs auraient peu de chance de représenter des scènes suivies, mais un autre facteur intervient pour diminuer l'incohérence de cette succession ; ce facteur, c'est le besoin de logique qui est un «des traits essentiels de l'esprit humain. De là, un remaniement inconscient ayant pour effet de les disposer dans un ordre plus propre à leur faire illustrer une petite histoire plus ou moins bien agencée.

Si l'on appelle avec l'auteur ordre subjectif l'ordre d'apparition des tableaux dans la mémoire au réveil, el ordre objectif celui des tableaux après la construction du rêve, l'idée de Foucault est clairement exprimée par la phrase suivante :

« L'ordre objectif est inverse de l'ordre subjectif à la condition que l'ordre objectif ainsi établi soit passablement conforme à notre connaissance du monde réel ; si une modification dans l'ordre objectif doit faire de l'ensemble une série plus satisfaisante, cette modification se produit. »

Ce besoin de logique ne s'en tient pas d'ailleurs à remanier l'ordre de succession apparent. Il ne se fait pas faute de modifier dans une certaine mesure les tableaux eux-mêmes, ajoutant d'un côté, retranchant de l'autre, pour réduire au minimum l'incohérence, sans parvenir cependant au résultat impossible de la faire

[disparaître tout à fait, Cet le incohérence n'est pas, d'après l'auteur, le t'ait du rêve. Celui-ci est composé de tableaux indépendants toujours parfaitement cohérents en eux-mêmes. L'incohérence est introduite après coup par le rêveur lorsqu'il se livre inconsciemment au travail arbitraire et artificiel d'ordonner ces tableaux en scènes suivies. Foucault rend cette idée fort claire par une ingénieuse comparaison : il suppose un bibliographe en présence de feuillets déchirés appartenant à des ouvrages divers. S'il les accepte comme tels, il y découvre des lacunes mais point d'incohérence. Celle-ci apparaît quand, s'imaginant que ces feuillets sont les membres épars d'un ouvrage unique, il s'efforce de les assembler de manière à leur faire raconter une histoire suivie et complète.

A l'appui de sa manière de voir, Foucault fait renia rquer que si l'on demande à un rêveur des narrations successives d'un même rêve à des intervalles quelque peu espacés, on trouve que l'histoire est d'autant plus logique que la narration est plus différée. Donc, l'indépendance des tableaux est d'autant plus grande que la narration est plus précoce et par conséquent plus fidèle. Par une induction qu'il croit légitime, il conclut de là que pendant le rêve l'indépendance était totale. Comme preuve de la simultanéité des tableaux, il invoque les rêves à répétition : si après deux épisodes A et B. il y a retour de l'épisode A sous la forme A', il trouve que l'explication la plus naturelle est que A et A' ne forment qu'un seul tableau avec lequel dès lors B est forcément simultané. A l'objection qu'une pareille simultanéité d'images n'est pas concevable, il oppose la simultanéité de séries psychiques qui se déroulent dans la conscience d'un philosophe qui expose par écrit une théorie ; tandis que se déroule la série maîtresse du développement mental de sa théorie, se déroulent aussi simultanément une multitude de séries.

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subordonnées : énonciation verbale des idées et des mots, écriture, audition des bruits concomitants, perception de sensations visuelles, tactiles, viscérales, etc.

Dans le rêve, ce serait la même chose avec cette différence qu'il est exceptionnel qu'une série soit assez dominante pour s'imposer comme unique en effaçant les autres.

J'objecte que s'il y a simultanéité entre des actes et des impressions sensorielles, il n'y a pas pour cela simultanéité entre les actes psychiques supérieurs, la plupart des phénomènes étant confiés au subsconscient ov. réglés par l'automatisme cérébral, tandis que l'attention se fixe successivement avec des changements très rapides mais non simultanément sur les diverses parties ; et tout cela rend encore plus incompréhensible qu'il puisse y avoir dans le rêve simultanéité dans des processus psychiques qui tous se traduisent de la même façon par des images mentales extériorisées sous une forme hallucinatoire. Ces images ne peuvent occuper la conscience que successivement et. il est bien plus naturel d'admettre, jusqu'à preuve du contraire, que celles de même nature pouvant se déclancher les unes les autres et formant une série plus ou moins logique se déroulent successivement sans interruption.

Foucault cite un grand nombre de rêves personnels et communiqués, à la fois pour illustrer et pour démontrer sa thèse. Comme ils valent surtout par leur comparaison, il serait bien trop long de les citer et nous devons nous contenter d'une rapide analyse.

Il résulte d'abord de cette comparaison des rêves entre eux : 1° qu'ils sont d'autant moins logiquement organisés que leur notation est plus inïmédiate ;

2° dans la narration immédiate, il arrive fréquemment que sont donnés, comme simultanés ou comme de succession indécise, des tableaux qui, par une nar-

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ration ultérieure, se trouvent organisé en une série bien définie ;

3° certains détails, certaines précisions, utiles pour lo construction logique du rêve, sont absents dans la narration précoce et présents dans la narration ultérieure.

Il y a certainement beaucoup de vrai dans l'idée de Foucault qu'un réarrangement ultérieur inconscient apporte des modifications importantes aux données légitimes du rêve. Mais je crois qu'il tombe dans une exagération manifeste en niant qu'il puisse y avoir dans le rêve lui-même un ordre de succession de ces tableaux consécutifs qui puisse être reconnu au réveil. Cela me paraît parfaitement démontré par les deux exemples ci-dessous empruntés à mes rêves personnels.

Rêve du Rat. — Ce premier rêve a été fort long, mais je le réduirai aux éléments essentiels :

(( Je rêve que je suis à Roscoff en train de prendre un bain de mer. Au moment de sortir de l'eau, je remarque à la surface d'une roche immergée sous un ou deux pieds d'eau, une bête qui trottine en quête de nourriture. Je me replonge dans l'eau et je la saisis . c'est un jeune rat. Pendant que je le tiens, j'ai l'impression qu'i! pourrait me mordre et me rappelle que ses morsures sont cruelles ; mais il ne me mord pas. Puis, je me trouve dans le Laboratoire en train de chercher les moyens de conserver cette curieuse capture. J'avise un bocal et je mets le rat dedans. Je prends un bouchon, mais je réfléchis qu'il peut le ronger et s'évader. Alors, changeant de tactique, je renverse le bocal sur la table pour l'emprisonner dessous. Mais pendant cette opération le rat s'échappe. Poursuite du rat dans toute la chambre. Je le rattrape et le remets dans son bocal. Dans les mêmes conditions que ci-dessus, c'est-

à-dire au moment où je retourne le bocal pour le renverser sur la table, le rat s'échappe de nouveau. Deuxième chasse au rat, mais cette fois longtemps infructueuse. Plus de trace de l'animal. Enfin je le retrouve sous la forme d'une loque informe et noirâtre qui pour moi est le rat ayant éprouvé je ne sais quel accident ; je le porte sous une fontaine pour le laver. Sous le courant d'eau, il se ranime et j'ai peine à le maintenir. Réveil.

Le premier tableau qui surgit à ma mémoire est, conformément à la théorie de Foucault, le dernier, et cela n'a rien de surprenant puisqu'il est contemporain du réveil ; mais, contrairement à cette théorie, tout le reste du rêve m'apparaît simultanément comme dans une vue panoramique où les scènes se distinguent les unes des autres par la différence de leur situation dans l'espace et par celle du décor. C'est peut-être une illusion mais il m'a été absolument impossible de retrouver cette apparition successive dans la conscience dont Foucault fait la base de la succession chronologique dans la construction du rêve après coup.

J'en étais là de mes remarques, méditant mon rêve depuis quelques minutes dans mon lit, les yeux clos et sans avoir bougé, quand me reviennent à la mémoire deux tableaux oubliés : dans l'iui, je tiens le rat avec un torchon parce que j'ai peur de ses morsures, et, malgré cette précaution, il me mord cruellement. Le tableau est très net : le rat n'a pas mordu à la manière habituelle, il a enfoncé les incisives inférieures jusqu'aux gencives dans la phalange, tandis que les supérieures n'ont pas pénétré et je le vois faisant des efforts avec la mandibule inférieure pour approfondir sa morsure. Cependant, je ne ressens aucune douleur.

Le second tableau est l'entrée, dans la chambre où se fait la poursuite, de ma sœur. D'ailleurs, elle n'y prend aucune part. Je sais que je ne puis compter sur

elle en raison de son extrême myopie. Mais je lui demande de refermer la porte pour que le rat ne s'échappe pas.

Si la théorie de Foucault était vraie, les deux tableaux revenus les derniers à ma mémoire devraient prendre place dans la construction du rêve à la date la plus ancienne qui soit compatible avec la construction logique. Or, il n'en est pas ainsi : je les situe invinciblement l'un et l'autre pendant la deuxième chasse, tandis qu'ils seraient aussi bien placés l'un et l'autre dans la première. Il eût été bien logique encore de placer la morsure plus antérieurement, au moment où, venant de saisir le rat dans l'eau, j'ai eu l'impression qu'il pourrait me mordre.

L'apparition de ma sœur est dans la théorie de Foucault une vision indépendante et simultanée ; elle se superpose aux autres sans les interrompre. Pourquoi donc puisque elle a apparu la dernière dans mon souvenir, ne l'aurais-je pas placée beaucoup plus tôt dans la construction du rêve, voire pendant ou avant le bain ? Si je ne l'ai pas fait, c'est parce que la théorie de Foucault est fausse, parce que l'apparition des tableaux dans le rêve est successive et non simultanée et parce que l'on garde au réveil un souvenir plus ou moins précis et exact de leur ordre d'apparition.

Ce qui permet de situer chaque épisode à son rang chronologique, ce sont ses relations avec les changements successifs du cadre ou de l'ambiance. Ainsi je n'ai pas pu placer la morsure du rat pendant le bain parce qu'au moment où il me mord, je me vois dans la chambre.

Le deuxième rêve est non moins caractéristique. Il est de même assez long et touffu ; je le réduirai à ses traits essentiels.

Rêve de la Visite Médicale de Nuit. - - 1er Tableau : Je suis à une fenêtre de grenier, et j'installe en sur-

plomb au-dessus du vide une sorte de balcon ou de belvédère en bois ; tout cela est assez mal agencé et j'éprouve une certaine frayeur de son peu de solidité.

2 Tableau : Je suis à un étage supérieur de la môme maison, je cause avec H. qui me dit que M. K... est malade et réclame mes soins.

3e Tableau : Je suis devant la porte de M. K... Là, plusieurs personnes de sa famille causent entre elles ; elles ne font aucune allusion à la maladie et ne m'invitent pas à entrer. Par discrétion, je m'en abstiens.

4° Tableau : Je suis en face de la maison de M. K.... au côté opposé de la rue, sur une sorte de pelouse qui donne sur la mer ; la vue est belle et je me réjouis de respirer l'air pur qui vient de la mer.

5e Tableau : Je suis de nouveau avec H..., au même endroit que précédemment. Je lui explique que chez M. K... on ne m'a pas invité à entrer et lui demande de me répéter bien exactement dans quels termes l'envoyé de M. K... a demandé que j'aille soigner ce dernier. Réponse confuse.

Ge Tableau : Même cadre que le tableau précédent, mais H... n'est plus là, et, à sa place, est un homme à barbe très noire. Je ne le connais pas de figure, mais je sais que c'est un parent de M. K... Il me raconte que ce dernier est très gravement malade, qu'il ne survivra pas et il s'en montre très peu affecté.

7e Tableau : Le parent à barbe noire enjambe la fenêtre et prend pied sur une très longue échelle formée de deux parties mal jointes par des cordes, ensemble branlant et périlleux. Tout près, attaché à l'angle du mur, par sa brassière, au-dessus du vide, est un bébé, son enfant. Je lui fais remarquer le danger de la situation, je cours chercher une forte corde pour te mieux assujettir. Lacune. Je me retrouve auprès de lui la corde en main, mais il a pris l'enfant entre ses bras et des-

ccnd de l'échelle sans se tenir aux montants, ce qui me cause un grand effroi. Réveil.

Au réveil, l'ensemble de ces tableaux surgit dans ma mémoire d'une façon à peu près simultanée. En dehors du dernier qui apparaît le premier puisqu'il occupe la conscience au moment du réveil, je ne saurais assigner aux autres un ordre d'apparition dans ma mémoire. Mais leur ordre de succession dans le rêve s'impose à moi d'une façon très prenante dans l'ordre où je les ai décrits comme un souvenir certain, à une exception près, car le quatrième tableau, celui où je me vois respirant l'air frais au bord de la mer, manque à l'appel et ne se présente que quelque temps après les autres. D'ailleurs, il ne constitue nullement une scène nécessaire du petit drame. Donc, d'après la théorie de Foucault, il devrait, dans mon arrangement objectif, précéder le premier tableau, ce qui n'aurait rien d'illogique. Or, il n'en est rien : invinciblement, je le place au rang que j'ai indiqué. Et voilà qu'un dernier souvenir apparaissant après tous les autres vient me donner la preuve irréfutable que j'ai raison de le placer ainsi. Je me rappelle en effet que tandis que j'étais à respirer le frais au bord de la mer, à peu de distance de la maison de M. K..., je dis à une personne qui se trouvait là : « Il est plus agréable d'être ici à respirer le frais qu'à être comme ce pauvre M. K... à souffrir couché dans une chambre close ». Ces paroles ne sonnent point telles à mon oreille dans mon souvenir, j'en invente la forme, mais le sens est très fidèlement reproduit.

Ce rêve est fort intéressant parce qu'il présente une combinaison de souvenirs très particulière, très exceptionnelle, et que cette combinaison ne laisse aucune échappatoire qui permette de le concilier avec la théorie de Foucault. Le tableau n° 4 apparu dans ma mémoire après ceux relatifs à la visite chez M. K..., aurait

dû, d'après la théorie de Foucault, être invinciblement situé par moi avant tous les autres tableaux du rêve ; cela ne contrariait en rien le réarrangement logique, car il était tout aussi naturel de me trouver au bord de la mer sur une pelouse avant le commencement du rêve que pendant la visite à M. K... Et cependant, invinciblement, je le situe après la visite chez M. K... D'autre part, le souvenir tardif de la phrase prononcée par moi tandis que j'étais sur cette pelouse, démontre que mon sentiment intérieur de la situation de ce tableau dans le petit drame est justifié puisque, dans cette scène, je fais une allusion à la visite chez M. K... Je ne vois aucun moyen pour Foucault de se tirer de cette difficulté.

Tout cela prouve d'une façon qui me semble irréfutable que le dormeur a généralement au réveil un souvenir plus ou moins précis de l'ordre d'apparition des tableaux de son rêve et que cet ordre n'est pas, au moins en général, créé après coup par les facteurs qu'invoque Foucault. C'est aussi l'avis de Park Frosl, auteur d'une théorie qui, par son essence même, est le contre-pied de celle de Foucault, car elle admet que les épisodes successifs des rêves s'engendrent suivant des lois définies et dans un ordre déterminé qui se rétablit de lui-même dans la conscience après le réveil.

Frost (E. Park) est conduit en effet par une série d'observations personnelles à la constatation d'un caractère des rêves non constant, peut-être, mais fréquent et qui n'avait pas été remarqué, caractère qui se superpose sans les exclure à ceux oui ont été mis en lumière par les travaux des psychologues. Certains rêves comportent des tableaux successifs différant les uns des autres aussi bien par le sujet que par le théâtre de l'action. Leurs divers épisodes semblent être séparés par des intervalles absolument vides et n'avoir entre eux aucune relation. Un examen attentif montre

qu'il n'y a là qu'une apparence : en réalité, chaque épisode débute par une scène intense et à grande échelle, apparaissant brusquement et qui se réduit peu à peu aussi bien dans l'intensité de l'image que dans les proportions de ses éléments et le résidu de la scène précédente au moment de s'évanouir suscite l'épisode suivant à la manière dune amorce déterminant une explosion ; on découvre toujours en effet une relation de similitude entre le dernier épisode de la scène qui finit et le premier de celle qui commence. La courbe de tels rêves rappelle celle de divers phénomènes physiologiques rythmiques, pouls, respiration ,avec cette particularité que l'ondulation débute par une ascension verticale pour se dégrader progressivement jusqu'à la pulsation suivante. Frost voit dans ces phénomènes l'effet de vagues d'attention successives se poussant les unes les autres.

Binet a montré que, dans l'état de veille, les souvenirs anciens apparaissent comme des tableaux séparés, n'apportant pas avec eux l'étiquette de leur date ; c'est seulement par comparaison avec d'autres souvenirs chronologiquement étiquetés que l'on peut fixer leur place dans le temps. On peut être tenté de chercher là un argument à l'appui de l'idée de Foucault, mais cela ne serait pas justifié, car les souvenirs d'un rêve que l'on vient de faire ne peuvent être légitimement comparés qu'aux souvenirs récents de l'état de veille. Or, ces derniers portent avec eux leur étiquette chronologique.

Havelock Ellis émet une opinion intermédiaire à celle de Foucault et à celle ici proposée. Avec Foucault, il admet que les tableaux du rêve ne se présentent pas pendant le rêve dans l'ordre que leur assigne le rêveur après le réveil et que cet ordre est le résultat d'un réarrangement ; mais il pense que ce réarrangement est contemporain du rêve lui-même et qu'il s'opère dans la

subconscience par L'intervention d'un raisonnement inconscient, raisonnement instinctif, si intimement lié au phénomène même de la pensée que celle-ci ne saurait exister sans lui.

La théorie de Foucault est intéressante et ingénieuse, mais ne saurait être acceptée sans démonstration. Or, les raisons sur lesquelles son auteur l'étaie nous paraissent insuffisantes.

Ainsi que nous l'avons dit, nous l'avons présentée sous sa forme la plus absolue, telle qu'il la formule dans les premiers chapitres de son livre. Mais il y apporte dans les chapitres suivants des correctifs, des amendements, qui la mettent mieux en harmonie avec Jes faits. D'abord la simultanéité des tableaux du rêve n'csi pas rigoureuse. 11 ne prétend plus que tous les tableaux d'un même rêve, parfois fort nombreux, occupent simultanément la conscience : « Je suppose, (ditil, page 133), que les images vivent dans les profondeurs de l'esprit et qu'elles apparaissent tour à tour en quelque sorte à la surface de la conscience, suivant des lois qui ne sont pas totalement inconnues ».

Si je comprends bien sa pensée, c'est donc seulement dans la subconscience qu'il y aurait coexistence simultanée des germes d'images, et l'apparition des images elles-mêmes dans la conscience serait successive. S'il •en est ainsi, toute la difficulté résultant de cette simultanéité disparaît, mais disparaît en même temps l'originalité de la conception de l'auteur et nous retombons dans l'opinion commune. Mais alors si l'apparition des images « à la surface de la conscience » est successive, il y a donc bien une succession autonome, et l'on ne voit pas pourquoi la conscience du rêveur n'en aurait pas connaissance et n'en garderait pas un souvenir plus ou moins précis.

D'autre part, Foucault admet qu'eà côté des rêves simples, formes d'un tableau unique et invariable, il

en existe certains doués d'une « force évolutive » se traduisant par des modifications successives. Par exemple, si, durant qu'il fait sa classe, un élève se lève, un autre se rassied, la porte s'ouvre pour permettre à quelqu'un d'entrer ou de sortir, lui-même fait des gestes, a des changements d'attitude, prononce et entend des paroles, etc., il admet que ces successions sont réelles, objectives, en tant qu'images mentales et que leur arrangement vrai est perçu correctement par le rêveur. Dès lors, on ne voit pas pourquoi pareille perception correcte d'une succession chronologique serait impossible au rêveur, lorsqu'il s'agit de tableaux qui se présentent indépendants les uns des autres.

Ces diverses concessions suppriment une bonne part des objections que l'on peut faire à la théorie de Foucault, mais il en reste deux. L'une repose sur l'existence dans le rêve de tableaux hallucinatoires et de pensées abstraites intercalaires ou concomitantes, l'autre consiste en ce que cette théorie ne fait aucune part dans le rêve à ce qui me parait être l'élément le plus important de sa genèse : l'association des idées.

L'opinion commune est que dans le rêve toute pensée s'exprime par une image mentale et que celle-ci s'extériorise sous la forme hallucinatoire ; en sorte que finalement toute pensée se traduit par un tableau qui se fait sa place dans le rêve. Depuis longtemps j'ai l'idée que cela n'est pas exact, au moins d'une façon absolue, et qu'il y a dans le rêve deux sortes de représentations psychiques : les unes qui restent à l'état de pensées abstraites se réalisant tout au plus sous la forme d'images mentales, parfois peut-être simplement verbales, tout comme dans la vie réelle ; les autres qui s'objectivent en scènes du drame. La chose n'est pas douteuse en ce qui concerne certaines appréciations, certains jugements intercurrents relatifs aux tableaux extériorisés. Ainsi, nous nous disons en voyant un per-

sonnage : je connais cette figure, c'est un tel ; ou bien : je ne le connais pas, pourquoi se trouve-t-il là ? ou telle autre appréciation que l'on voudra sur la nature ou le caractère des objets ou des personnages que l'on rencontre dans le rêve. Mais il est aisé de démontrer qu'en outre de ces opérations mentales frustes et rudimenlaires, il peut y avoir des pensées développées, susceptibles de s'extérioriser en tableaux du rêve et de prendre place parmi les autres d'une façon plus ou moins cohérente, mais qui reste cependant à l'état de pensée pure. Un rêve que j'ai fait le 22 février 1914 prouve qu'il en esl véritablement ainsi.

Rêve de la Grosse de Limes. — Voici non ce rêve, très long et très compliqué, mais l'épisode qui suffit à fournir la preuve requise :

« Je suis avec des amis et des personnes de ma famille dans une auberge au moment du brouhaha d'un départ. Je rassemble les objets qui me sont nécessaires, mais je n'arrive pas à trouver mes bottines. En les •cherchant, je pénètre dans la cuisine où se trouvent des servantes cirant des chaussures. J'avise un lot de souliers et de bottines déjà cirés et j'y cherche les miennes. Mais je n'arrive pas à les reconnaître. Tandis que je les examine et les essaie les unes après les autres, survient un gros homme, quelque chose comme un palefrenier ou un charretier, qui entre en conversation avec les servantes et raconte je ne sais quelle histoire que j.î n'écoute pas. Mais à un moment j'entends ces mots : « une douzaine... oui, une douzaine de grosses ». Ces mots me font revenir en mémoire une histoire assez frappante que, tout en cherchant mes bottines, je repasse dans ma tête en me demandant si je ne vais pas prendre la parole pour la raconter afin de produire moi aussi mon petit effet. Mais je me retiens en me disant que ce ne serait pas assez distingué et digne de moi de

me mêler ainsi à la conversation de ces inconnus appartenant à une autre classe de la société. Donc, je m'abstiens. Je trouve enfin mes bottines ; je les chausse, me lève, frappe d'un pied et de l'autre pour m'assurer qu'elles ne me blessent point. Je contemple un instant l'énorme marmite qui, pendue à la crémaillère dans la vaste cheminée de campagne, contient la soupe pour le prochain repas. Je fais quelques réflexions intérieures sur la qualité de ces soupes à l'antique mode et sors enfin de la cuisine pour aller jouer mon rôle dans les épisodes ultérieurs de mon rêve qui continue ».

Cette histoire que je n'ai pas dite tout haut, mais que je me suis racontée à moi-même en chaussant mes bottines, correspond à un fait de la vie réelle dont le souvenir m'est apparu en ce rêve très nettement et non déformé. Il s'agit d'un serrurier qui, pour prouver la friponnerie de certains procédés commerciaux, m'a raconté un jour, à Roscoff, qu'un voyageur de commerce était venu lui offrir des limes. Il refuse, l'homme insiste longuement et ne veut pas partir sans avoir obtenu au moins une petite commande. Pour s'en débarrasser, le serrurier finit par céder et signe un engagement imprimé où il n'y a que quelques blancs à remplir. Il met donc son nom, son adresse et, dans le blanc réservé à la quantité, incrit : une douzaine. Quelque temps après, il voit arriver une énorme caisse de limes avec une facture imposante ; il proteste, mais on lui remet sous les yeux son engagement et il s'aperçoit alors qu'à la suite des mots « une douzaine » écrits de sa main se trouvait imprimé « de grosses », en sorte qu'il se trouvait avoir commandé cent quarante-quatre douzaines au lieu d'une.

Voilà certes une histoire qui aurait pu s'extérioriser sous la forme de deux ou trois tableaux susceptibles de prendre place dans le rêve d'une façon plus ou moins déformée et ni plus ni moins incohérente que plusieurs

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autres de ce même rêve. Cependant elle est restée dans mon rêve sous la forme de pensée très nette, mais dont la représentation est demeurée purement mentale et verbale, ni plus ni moins extériorisée que nos penséeshabituelles. On trouvera d'autres exemples du même fait aux rêves de la Scène Scandaleuse, de M" Toothsmooth, du Visiteur Importun, etc.

Celui du Visiteur Importun nous montre, s'introduisant au milieu de tableaux à caractère hallucinatoire, une pensée si abstraite qu'au réveil il m'a été impossible de retrouver les éléments concrets qui entrent sûrement dans sa composition.

Ces phénomènes ne présentent qu'une ressemblance plus ou moins lointaine avec ceux décrits par Hacker sous la dénomination de « dissociation des idées et des images ». Hacker voit en rêve une ville qu'il ne connaît point, et, au réveil, il contaste que cette ville n'est autre que Salzbourg qu'il connaît fort bien ; d'où il conclut que l'image et l'idée de Salzbourg se sont dissociées. Pour moi, je ne peux voir là qu'un fait très banal d'amnésie temporaire comme il s'en trouve à l'état de veille ; nous rencontrons un personnage qui nous apparaît comme inconnu et n'évoque en nous aucun souvenir ; quelque temps après son image nous revient en mémoire et nous reconnaissons en lui, sans hésitation, un individu que nous avions rencontré dans telle autre^ circonstance antérieure. La seule particularité digne d'intérêt est l'absence de ce sentiment de déjà-vu qui ne fait pas défaut d'ordinaire lorsque nous n'arrivons pas à rattacher la sensation actuelle à un souvenir précis.

Je conclus de cela que nos rêves comprennent deux sortes d'éléments : des pensées prenant la forme hallucinatoire et qui constituent le drame du rêve, et des pensées ne dépassant pas la forme de la représentation verbale ou visuelle purement psychique.

Je vois dans ces faits un argument contre la conception de Foucault. Ils montrent que des tableaux indépendants, en ce sens qu'ils ne sont pas des phases successives d'évolution d'une môme pensée, peuvent être séparés ou reliés par des séries de pensées s'exprimant sous la forme d'images mentales sans caractère hallucinatoire et ayant avec les tableaux entre lesquels elles s'intercalent des relations si étroites qu'elles ne sauraient exister en l'absence du tableau précédent ou que le tableau suivant ne saurait exister sans elles. Comment pourrait-il en être ainsi si les tableaux d'un même rêve étaient indépendants et simultanés comme Ip réclame la théorie de Foucault ?

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