CHAPITRE VIII
Le terme « âme » dans les théories non-spiritualistes. — I. Mémoire. — A) Mémoire s. str., réduite ici au souvenir du rêve dans le rêve. 1) Souvenir dans le rêve d'épisodes antérieurs du rêve. 2) Souvenir dans le rêve d'un rêve antécédent, a) Le rêve antécédent a pris place dans la conscience éveillée pendant un réveil intermédiaire. Rêve de la Randonnée Nocturne. b) Le rêve antécédent n'a pas pris place dans la conscience éveillée pendant une période de rêve intermédiaire. Discussion du rêve de Gambetta d'Egger. Rêve des Moutons Sales. B.) Paramnésie. — Division du sujet, a) Cas où le souvenir est présent et reconnu comme tel. b) Cas où le souvenir est existant mais méconnu ;«) la première perception es/t distincte de la seconde ;fi) la première perception n'est qu'un dédoublement de la seconde, c) Cas où le souvenir constituant le premier terme de la comparaison est inexistant. Théorie des oscillations de l'attention, d) Emotions comme source possible du sentiment de déjà vu. C) Hypermnésie. — Ses deux manifestations dans le rêve : retour de souvenirs oubliés, prouesses intellectuelles. Faits sur lesquels repose l'hypermnésie onirique. Rêve du Gardien du Port. Rêve du Document Retrouvé. Invalidité des conclusions tirées de ces faits. Pseudo-hypermnésie. Rêve des Numéros d'Obligations. Rêve de Janré L'hypermnésie onirique n'est qu'une illusion. — II. Imagination. — Son intervention constante dans le rêve. Opinion d'Hervey de Saint-Denis et de Nodier. Sa nature apparente et sa nature réelle plus passive qu'active se réduisant dans le rêve à l'association des idées, à laquelle se joignent dans la veille l'attention expectante et le sens esthétique. — III. Attention. — Opinions contradictoires des auteurs résultant, de l'omission d'une distinction nécessaire. Attention subie et attention voulue : exemples. Opinion de Dugas. — iConclusions : l'attention subie existe normalement dans le rêve ; l'attention voulue ne se rencontre qu'exceptionnellement dans les rêves conscients et dirigés. — TV. Volonté. — Définition de la volonté et du libre-arbitre. Volonté impulsive et volonté réfléchie, la première seule existant normalement dans le rêve ; la présence de la seconde n'est qu'apparente. Rêve des Manchettes. Rêve de la Lucarne. — 1) Association des idées prenant le masque de la volonté. Rêve du Charretier. 2) La volonté intervenant de façon indirecte comme facteur d'association d'idées. Rêve de la Serviette Volée. — Conclusions générales du chapitre.
L\:n LE RÊVE
Ainsi que nous l'avons expliqué dans un précédent chapitre, les rêves représentatifs peuvent ne s'aecompagner d'aucune émotion et ne réclament l'intervention d'aucun autre acte psychique qu'un simple jugement de connaissance. Mais au fur et à mesure que le rêve se complique et s'achemine vers des formes plus évoluées, entrent en jeu diverses facultés de l'âme : la mémoire, l'imagination, l'attention, la volonté. C'est l'étude de ces facultés qui va nous occuper ici.
L'homme qui rêve est le même que celui qui, à l'état de veille, exerce de façon normale ses facultés psychiques. Cela ne veut pas dire que l'exercice des dites facultés soit le même dans le rêve qu'à l'état de veille : l'outil est le même, mais les conditions de son fonctionnement sont autres et la question qui se pose est celleci : y a-t-il une différence, et laquelle, dans l'exercice des facultés de l'âme dans le rêve et à l'état de veille ?
Qu'on nous permette d'employer ici le mot âme sans rien préjuger de sa nature et de sa prétendue immortalité. Bien qu'emprunté au vocabulaire spiritualiste, le mot âme peut être employé dans une acception monistique et il serait excessif de se priver, sous prétexte de rigueur de langage, du mot âme, infiniment commode. Conservons-le donc, en lui donnant une acception indépendante de la question de savoir si elle est mortelle ou immortelle, et si elle est une entité immatérielle ou une simple fonction du cerveau.
Dugas caractérise la différence dans le fonctionnement des facultés de l'âme dans le rêve et à l'état de veille, en disant qu'elles fonctionnent dans une condition d'indépendance les unes des autres. Tannery avait déjà exprimé la même idée dans une forme plus imagée en comparant les facultés de l'âme à des rouages qui, dans la veille, s'engrènent de manière à s'entraîner les uns les autres, de telle sorte que les mouvements de chacun sont solidaires de ceux de tous les autres ; tandis
que dans le rêve ils sont desengrenés et tournent chacun pour son compte, indépendamment des voisins. Ce sont là des vues ingénieuses, mais qui ne donnent qu'une idée très générale et très vague des phénomènes qui nous occupent ; elles ne nous dispensent en rien d'une étude détaillée de la question. Nous allons donc prendre une à une les principales facultés de l'âme et les examiner comparativement dans la veille et dans le rêve.