‹ Le rêveChapitre 32 sur 85 · IV. — Volonté · texte numérisé non relu

IV. — Volonté

, La volonté existe-t-elle dans le rêve ? Le sens de cette •question dépend de l'idée que l'on se fait de la nature de la volonté. Pour Hervey de Saint-Denis, il s'agit de la volonté telle que la comprennent les spiritualistes, c'est- .à-dire du libre arbitre. Et il ne craint pas d'affirmer que le libre arbitre existe dans le rêve.

Rêve du Pensionnat de Jeunes Filles. — Dans ce rêve auquel nous avons déjà fait allusion, Hervey fait une première promenade à travers des allées et des jardins, puis revient sur ses pas et, se sentant sur le point de se réveiller, fait un effort de volonté pour se replonger dans le sommeil et continuer son rêve. Pour cela, il se sert d'un procédé qu'il sait lui avoir réussi d'autres fois : il se fixe dans une immobilité/ imaginaire (ou plutôt il supprime les mouvements imaginaires qu'il croit faire) et cherche à s'hypnotiser dans la contemplation de sa propre main. Ce procédé lui réussit et le voilà de nouveau plongé dans un rêve où toutes ses perceptions imaginaires reprennent une grande intensité. Il se rappelle avoir passé près d'un pensionnât de jeunes filles qui l'ont charmé par la grâce de leurs mouvements ■et se met en route pour les retrouver. Il suit en sens inverse le chemin qui l'y avait déjà conduit la première fois, retraverse un bal champêtre, une église, des jardins. Ici, je crois devoir le citer textuellement :

« Chemin faisant, sachant parfaitement que je rêve, je pense aux idées de M. Maury ; je me demande quelle serait, à son avis, la portion de mon encéphale qui se maintient ainsi éveillée. Il faudrait bien, me disais-je,

qu'il trouvât mon cerveau éveillé tout entier, car je me erois sincprement en ce moment la plénitude de mes facultés intellectuelles, je sens que je puis raisonner et me souvenir. Ce que j'ai lu sur les théories matérialistes et ce que je me propose de noter au sujet de ce rêve s'offre très clairement à mon esprit. Je fais même ce raisonnement que les images qui m'apparaissent dans ce songe ne me sont pas plus imposées que les images qui s'of-' frent réellement à mes yeux quand je suis éveillé, que je garde aussi bien mon libre arbitre de tourner à droite ou à gauche, de fixer mes yeux dans une direction ou dans une autre, etc., et enfin d'amener certaines scènes ou de provoquer certaines visions suivant que je voudrai ou ne voudrai pas agir mentalement en conséquence. Exemple : si je veux briser une branche de ces arbres que je crois voir elle m'apparaîtra brisée. Si je ne le veux pas, elle gardera aux yeux de mon esprit une apparence intacte. En quoi le rêve diffère-t-il pour moi de la réalité ? |Je me souviens, je raisonne, je veux, je ne veux pas : je ne suis pas même le jouet de l'illusion qui me captive. Si les actes de ma volonté ne sont pas suivis d efforts réels, c'est uniquement parce que mes organes au lieu d'obéir à ma pensée n'en font que le simulacre, mais le phénomène psychologique est le même ».

On concédera que ce rêve où le dormeur raisonne et se livre à des cogitations métaphysiques est d'une nature spéciale et que ce qui se passe chez lui ne s'applique pas aux rêves ordinaires. C'est, comme tant d'autres chez. Hervey de Saint-Denis, un rêve conscient et dirigé.

Est-il besoin de redire ici que l'expression même de libre arbitre, telle que l'entendent les spiritualistes de la vieille école, est dénuée de sens ? Ce serait la faculté de nous décider pour l'une ou pour l'autre de deux alternatives opposées sans qu'aucune différence correspondît en nous à la différence des décisions, ce qui équivaut en somme à admettre un effet sans cause. Le libre arbitre

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n'est au fond que la tendance à faire intervenir dans la discussion intérieure des décisions à prendre, les considérations raisonnées plus ou moins lointaines d'ordre supérieur intellectuel ou moral, tandis que l'on considère comme obéissant à une impulsion qui ne lui laisse pas sa liberté celui qui se guide d'après des considérations, raisonnées peut-être quelquefois, mais immédiates et d'ordre passionnel et émotionnel.

Maury pose la question du libre arbitre dans le rêve et la tranche par la négative. Il admet que le rêveur obéit à des impulsions qui n'engagent pas sa responsabilité. Il est certain qu'il n'est pas d'homme à l'àme si pure, y compris le marquis Hervey de Saint-Denis, qui n'aurait une conscience, voire un casier judiciaire bien chargé, s'il avait accompli dans la vie réelle tout ce qu'il a fait en rêve. C'est s'approcher quelque peu de la vérité que de dire avec Maury que le rêveur obéit à des impulsions plutôt qu'il n'exerce sa volonté libre. Ici donc, comme pour la mémoire et l'attention, pour définir la participation de la volonté dans le rêve, il faut distinguer une volonté impulsive dépendant des centres psychiques inférieurs et une volonté réfléchie dépendant des centres supérieurs. La première existe incontestablement dans les sortes de rêves les plus variés ; la seconde paraît exister dans les rêves dirigés et dans quelques rêves exceptionnels où la pensée abstraite vient jouer un rôle ; mais je montrerai dans la suite de ce chapitre que ce n'est là qu'une apparence.

Je ne crois pas utile de donner des exemples pour prouver l'existence de la volonté impulsive dans le rêve. N'est-ce pas un acte de volonté impulsive qui nous ait fuir à toutes jambes devant l'ennemi qui nous menace ou suivre une femme dont les charmes nous ont impressionnés ?

Comme exemple de rêve où paraît se montrer un certain degré de volonté réfléchie, je rapporterai le suivant.

Rêve des Manchettes. — « Je me vois dans une chambre auprès d'un malade entouré de ses proches et de personnes étrangères que je ne connais pas. Je me mets en devoir de percuter la poitrine, et, pour donner plus de liberté à mes mouvements, j'enlève mes manchettes. Or, au moment où je les prends pour les poser près de moi sur la table, je m'aperçois qu'elles sont sales en ce sens que le bord qui a été en contact avec la main présente une teinte grise assez accusée. Alors délibérément je les pose sur la table, le bord sale en bas de manière qu'elles ne présentent aux regards de l'assistance que leur autre bord d'une blancheur immaculée ».

Serait-ce là un acte raisonné et délibéré comme ceux qu'à l'état de veille on attribue à la volonté réfléchie, et même présentant les caractères de ce qu'on appelle le libre arbitre ? Je ne le crois pas. En y regardant de près, on reconnaît que la volonté qui est intervenue ici n'est pas de la sorte la plus élevée. Ce ne sont point des considérations éloignées d'ordre supérieur moral ou intellectuel qui ont guidé ma volonté dans ce cas, c'est plutôt une sorte d'impulsion qui a pour mobile la honte, c'est-à-dire une émotion immédiate, phénomène dépendant des centres psychiques inférieurs.

Je demande à citer encore à ce propos un deuxième rêve personnel, car ce cas comporte des nuances délicates.

Rêve de la Lucarne. — « Je rêve que je voyage dans un wagon de chemin de fer en compagnie de diverses personnes. Parmi elles, se trouve une femme qui se dépouille bientôt de tous ses vêtements et vient s'asseoir tout auprès de moi. Ma femme voyage avec moi, mais dans le compartiment voisin, d'où l'on peut voir par la petite lucarne dans celui où je suis assis. Mais à l'endroit où je me trouve, c'est à peine si en glissant très obliquement son regard, elle pourrait arriver à me voir. Aussi

je me déplace et viens m'asseoir bien en face de la lucarne dans l'idée de lui permettre de constater, si elle vient à regarder, que mon attitude reste correcte dans cette situation équivoque ». Cette fois du moins est-ce une considération morale qui me dicte l'acte volontaire de me déplacer ? A mon sens, il n'y a là qu'une apparence et le vrai mobile de l'acte est, ici encore, d'ordre émotionnel : c'est la crainte d'être pris en faute.

De là, je conclus que, sauf dans quelques cas de rêves dirigés (et encore, je n'en voudrais pas jurer, n'en trouvant pas d'exemples certains dans mes rêves personnels), la seule volonté qui intervienne dans le rêve est celle que nous avons appelée impulsive, sorte quasi réflexe qui n'est presque pas de la volonté au sens élevé de ce mot et qui pourrait être rapprochée des tropismes, s'il ne s'y joignait un jugement de connaissance, une rapide délibération intérieure qui la distingue de ces derniers.

Tout cela a été plus ou moins reconnu par les uns ou par les autres, mais il est deux autres faces de la question qui ne paraissent pas avoir jamais été envisagées. L'une d'elles va nous montrer ce qu'on attribuait à la volonté dépendre en réalité de tout autre chose, en sorte que cette faculté est en fait absente là où on la croyait en action : c'est l'association des idées prenant le masque de la volonté. L'autre va nous la montrer s'exerçant d'une manière détournée tout à fait inattendue : c'est la volonté intervenant de façon indirecte comme facteur d'association d'idées.

1. *— Association des idées prenant le masque de la ootontê. — Lorsque le rêveur se trouve dans une circons- Nl^ lance a où il a à opter entre deux alternatives exclusives l'une de l'autre b et c, ce qui décide s'il optera pour b ou pour c, c'est moins sa volonté raisonnée ou impulsive que la nature de l'image mentale qui succédera à celle qui correspond à la circonstance a. Selon que cette ima-

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ge sera conforme à l'éventualité b ou à l'éventualité c, le rêveur se verra exécutant l'acte b ou l'acte c et sa volonté impulsive ou raisonnée ne joue en la matière qu'un rôle insignifiant ou nul. Quant à savoir laquelle des images mentales b ou c fera suite à l'image a, c'est affaire d'association d'idées. Prenons un exemple.

Xous sommes, en rêve, devant la porte au moment de l'ouvrir pour entrer dans la maison. Qu'est-ce qui va décider si nous l'ouvrirons ou non ? Est-ce une impulsion intérieure qui nous fait désirer ou redouter cette ouverture ? Il se peut qu'existe en nous à ce moment un sentiment, même violent, qui nous fasse désirer ou redouter l'une ou l'autre de ces alternatives, par exemple le désir de nous mettre à l'abri derrière cette porte, ou la crainte de trouver de l'autre côté un ennemi qui nous menace. Mais ce n'est pas ce sentiment qui décide du résultat ; celui-ci est lié à l'image mentale qui va prendre place dans notre esprit à la suite de celle qui nous représente hésitant devant la porte. Si c'est l'image de quelque incident se passant dans la rue et dont nous soyons acteur ou spectateur, nous n'ouvrirons pas la porte ; si c'est l'image de quelque scène se passant dans la maison, c'est que nous l'aurons ouverte. D'ailleurs le fait de l'ouvrir ou de ne pas l'ouvrir a toutes chances d'être absent du rêve ou généralement l'on saute à pieds joints d'une situation clans la suivante sans même remarquer ces petites lacunes.

Je donnerai à l'appui de ce que j'avance deux raisons : la première est que fréquemment la décision prise résulte de circonstances indépendantes du sujet du rêve ; la deuxième est qu'après avoir hésité entre deux alternatives b et.c, le rêveur en prend parfois brusquement une troisième, d, qui n'a rien de commun avec les précédentes et qui n'est ni celle qu'il désire ni celle qu'il redoute.

Voici un exemple personnel à l'appui de cette manière de voir.

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Rêve du Charretier. — Une nuit, je me vois en rêve au haut d'une tour. En bas est un charretier qui me regarde eu taisant claquer son fouet d'un air menaçant ; près de lui est son attelage, un camion attelé de deux chevaux à l'égard desquels je me suis rendu coupable de je ne sais quel méfait ; mais ce que je sais très bien c'est que j'ai grand peur et que le charretier s'apprête à me frapper dès que je serai à sa portée. Pour éviter cette rencontre, je me livre à une folle acrobatie pour m'enfuir par les toits. Mon rêve s'interrompt, puis se reproduit, et je me retrouve de nouveau sur la même tour avec le même charretier qui m'attend en bas pour me frapper. L'image mentale est identique à la première, mais la suite diffère du tout au tout. Sans savoir comment je suis descendu, je me trouve en bas, entr'ouvrant furtivement la porte, et je m'élance sur le charretier que je bouscule, le laissant par terre pendant que je prends la fuite. Le rêve s'interrompt encore puis se reproduit, mais je suis au pied de la même tour regardant anxieusement si le charretier n'est pas là ; il n'y en a pas trace et à la place où il était, passe dans la rue un pensionnat de jeunes filles. »

Ce rêve nous fournit par une singulière fortune un exemple des trois éventualités envisagées ci-dessus. L'image a, c'est celle qui me représente en haut de la tour entre deux alternatives, l'une et l'autre également tacites et inconscientes, l'une b, m'enfuir sans attirer l'attention du charretier, l'autre c, me débarrasser de lui par quelque acte de violence. On les voit se réaliser successivement, non par suite d'une décision volontaire, mais par le fait que les deux images correspondant à la réalisation de ces deux éventualités se présentent l'une après l'autre à mon cerveau de rêveur. Au troisième épisode, c'est le cas d qui se réalise ; tandis que je m'inquièh> de la conduite à tenir vis-à-vis du charretier, une troisième image se présente qui n'a aucun rapport avec l'épi-

sode du charretier et qui s'introduit dans mon rêve venant je ne sais d'où, mais évidemment sans rapport avec une décision volontaire quelconque.

Dans ces divers cas, l'intervention de la volonté n'est qu'apparente et l'on voit que c'est à une tout autre cause qu'il faut rapporter ce qu'on est tenté de lui attribuer.

2. — La volonté intervenant de façon indirecte comme facteur d'association d'idées. — Nous avons montré que seuls apparaissent dans le rêve les tableaux, les actes auxquels correspond une image mentale simple, précise, nettement extériorisée ; les pensées auxquelles, en raison de leur caractère plus ou moins abstrait, ne correspondent que des images mentales complexes, rudimentaires, formées d'éléments qui ne se fusionnent pas d'eux-mêmes en un tableau unique facile à extérioriser ou qui ne se trouvent représentées que par les images motrices des mouvements bucco-laryngiens nécessaires pour les exprimer verbalement trouvent place dans le rêve, mais ne se manifestent pas par un tableau ou une action comme le font les images visuelles, auditives, cutaneo-musculaires et, dans une certaine mesure, celles des autres sens.

La volonté dans le rêve se manifeste souvent par une de ces pensées pures et par suite reste à l'état de volition non réalisée : nous pensons qu'il conviendrait de faire une certaine chose, mais cela reste lettre morte et ce qui survient dans le rêve, c'est la scène, l'acte, le tableau en rapport avec l'image mentale qui prend place dans la conscience, provoquée par association d'idées par l'image mentale immédiatement précédente.

Cependant, cette volition n'est pas sans effet sur révolution du rêve ; elle peut se manifester par une action indirecte sur l'apparition de la prochaine image mentale, à titre de facteur accessoire de sa réalisation. Diverses images se disputent la place pour s'exprimer dans le cer-

veau et se réaliser dans le rêve ; leur chances de succès sont mesurées et dénombrées entre autres par le nombre et la qualité des relations associatives ; si elle se trouve dans le groupe le plus fort, l'image correspondante se réalisera et notre volition aura exercé une influence positive. En d'autres termes, elle se réalisera avec les caractères qu'elle devra aux particularités de l'image mentale dont elle fait partie.

Tout cela est bien abstrait ; un exemple serait nécessaire ; j'ai la bonne fortune d'en pouvoir présenter un constitué par un rêve personnel.

Rêve de la Serviette Votée. — Je me vois dans une chambre d'hôtel, me disposant à partir ; je descends et avant de passer à la salle à manger, je me rends au lavabo pour me laver les mains. Au moment de les essuyer, je ne trouve pas l'essuie-mains, mais je m'aperçois que j'ai sous le bras Une serviette que j'ai dû prendre dans la chambre à coucher. Tandis que je fais le geste de la reposer, se déroulent dans mon esprit les pensées suivantes : je pourrais bien laisser là cette serviette et l'hôtelier l'y retrouvera, mais peut-être la femme de chambre qui doit rendre compte du linge qui lui a été confié serat-elle grondée ; cela n'est pas bien, je dois l'éviter.

A ce moment l'image mentale qui occupe mon cerveau et qui constitue la scène du rêve me représente dans le vestibule de l'hôtel, en face du lavabo, non loin de la porte de sortie, et à elle se superpose le désir, disons la volonté, de remonter dans la chambre déposer la serviette.

Que sera la prochaine image mentale ? Cela dépend d'une foule de circonstances dont j'ai fait connaître les principales dans leurs termes généraux. Tout dépend des hasards de l'association des idées. Supposons que la fontaine-lavabo me suggère l'idée de la borne-fontaine de la rue avec tout ce qui s'y trouve et moi au milieu

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des autres passants, dans ce cas la scène suivante du rêve se passera hors de l'hôtel et je n'aurai pas donné suite à ma volonté d'éviter à la femme de chambre l'ennui prévu.

Supposons au contraire que la prochaine image mentale me représente la chambre à coucher que je viens de quitter, j'y déposerai la serviette et ma volonté aura été réalisée. Cette volonté a pu contribuer à titre de lien associatif à faire naître cette seconde image mentale en évoquant le souvenir de la servante chargée du service de cette chambre. Toutefois, on voit que, non seulement cela n'est pas une nécessité absolue, mais que les chances de réalisation de la volonté sont à peine supérieures aux chances inverses. En fait, dans mon rêve, ce sont ces dernières qui se sont réalisées, mais on conçoit aisément qu'il en pourrait être autrement.

Ainsi, dans les cas de ce genre, la volonté peut intervenir dans le rêve, non comme facteur actif et immédiat de la réalisation de son objet, mais comme facteur indirect d'évocation de l'image créant le tableau dans lequel l'action voulue sera réalisée.

Il est si vrai que la volonté n'intervient qu'en tant que facteur accessoire de l'image mentale de la scène à venir que l'on fait en rêve très souvent le contraire de ce qu'on désire. On ouvre une porte qu'on voudrait maintenir fermée ; nos jambes nous traînent où nous redoutons d'aller, parce que le désir de faire cet acte ou de l'empêcher évoque l'image mentale opposée. S'il nous arrive si souvent en rêve de nous livrer à des occupations souvent très désagréables et auxquelles nous revenons sans cesse comme par un mouvement circulaire» et sans pouvoir nous en dégager, c'est parce que le désagrément même qui s'attache à l'accomplissement de ces actes facilite le retour des images mentales correspondantes. Cela n'a pas lieu dans la rêverie parce que là la volonté

intervient de manière directe et c'est pour cela que la rêverie n'est presque jamais effrayante, tandis que le rêve l'est si souvent.

En résumé, la volonté réfléchie, celle qui dépend des centres psychiques supérieurs et que l'on rattache communément au libre arbitre, ne paraît pas exister dans le rêve. Mais la volonté impulsive y occupe une large place. Dans bien des cas, ce qu'on attribue même à cette dernière ne lui appartient qu'en apparence et dépend en réalité d'une association d'idées qui s'est trouvée conforme avec l'objet de la volonté. Dans d'autres, la volonté intervient dans la réalisation de son objet, mais de façon subordonnée et détournée, à titre de simple co-facteur d'évolution de l'image qui exprime sa réalisation.

Pour résumer non plus ce qui est relatif à la seule volonté, mais l'ensemble de ce chapitre, nous dirons :

Dans le rêve s'exercent intégralement celles des facultés de l'âme qui dépendent des centres psychiques inférieurs : la mémoire récognitive, l'imagination désordonnée, l'attention subie, la volonté impulsive. Quant à celles dépendant des centres supérieurs, la mémoire évocatrice, l'imagination réglée, l'attention voulue, la vo- \ lonté réfléchie, s'il s'en trouve (ce qui n'est pas certain) quelques rudiments, c'est seulemeivt, dans le rêve dirigé qui n'est presque plus un rêve.

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