VI. Rêves simultanés
Xous n'avons que peu à dire sur ces rêves au sujet desquels la documentation est très pauvre et très peu fouillée. Ils consistent en ceci que plusieurs personnes feraient simultanément le même rêve.
RÊVES CATÉGORISÉS 397
Rêve de la Nuit d'Orage. — Burdach raconte que lui et ses compagnons de voyage étant descendus dans une hôtellerie, révèrent tous en même temps qu'ils étaient sur une route escarpée, bordée de précipices dans la nuit profonde.
Or, à ce moment, un orage éclatait au-dessus de l'hôtellerie. La similitude de la situation, les conversations probables de la veille, où s'étaient peut-être fait jour des craintes ou des espérances, la cause occasionnelle fournie par les éclats du tonnerre, identique pour tous, cela suffit sans doute, en faisant leur petite part à la coïncidence et à l'embellissement ultérieur, à expliquer le fait.
Il non est pas de même en ce qui concerne ce rêve fait la même nuit par huit cents hommes du régiment de la Tour d'Auvergne.
Voici ce fait que nous empruntons à l'ouvrage de Tissié :
Rêve du Régiment de la Tour d'Auvergne. — « Laurent, chirurgien-major au régiment de la Tour d'Auvergne, rapporte qu'il fut obligé de quitter précipitamment Palmy en Calabre, où il était cantonné, pour se porter sur Tropoea à marches forcées, avec ses hommes. C'était au moins de juin, et la troupe eut à faire environ quarante milles à pied. Le soleil avait été ardent. Les soldats furent obligés de coucher dans une abbaye délaissée et que les paysans disaient hantée par des revenants. Les hommes se couchèrent par terre pêlemêle dans un lieu confiné. Vers minuit, ils poussèrent des cris épouvantables et s'enfuirent. Ils avaient tous vu le diable qui, sous la forme d'un chien noir, s'était élancé sur eux, leur avait, passé sur la poitrine avec la rapidité de l'éclair et avait disparu.
Le lendemain, Laurent et des officiers veillèrent sur leurs hommes pendant la nuit, car sans cela ils n'au-
raient pas voulu coucher dans le même endroit. A une heure du matin, dans les deux chambres à la fois, le même cri se renouvela, les hommes s'échappèrent, ayant encore vu le diable. Inutile de dire que le diable n'était pas apparu ».
Et Tissié ajoute :
« Les causes de ce cauchemar étaient la fatigue musculaire, l'excitation cérébrale par le soleil ardent, mais surtout l'air confiné, et probablement encore la présence de gaz délétères d'origine tellurique qui avaient dû provoquer des rêves analogues chez les anciens habitants de l'abbaye ; d'où la réputation qu'elle avait d'être visitée par le diable. Il est aussi probable que les soldats connurent la légende avant de prendre possession de leur lieu de repos ; l'influence tellurique avait provoqué le cauchemar, le souvenir du diable lui avait donné une forme particulière ».
Il y a là plus qu'il n'en faut pour ôter tout caractère surnaturel à ce phénomène remarquable.
Rappelons ici le cas de Bernheim suggérant le même rêve à plusieurs malades d'une de ses salles, en état de sommeil naturel chez les uns, hypnotique chez les autres.
Je n'ai qu'une bien maigre expérience personnelle de faits de ce genre. Tout ce que je puis dire, c'est que ma femme et moi nous racontant un rêve au réveil, après avoir dormi dans la même chambre, avons constaté parfois une certaine similitude entre nos rêves, mais jamais la ressemblance n'a été assez frappante pour que j'aie cru devoir le noter. En somme, il semble qu'il n'y ait là que des faits naturels, une similitude de cause, aidée d'une certaine part de coïncidences fortuites sans cette intervention de quelque influence mystérieuse du rêve de l'un sur les rêves des autres que certaines personnes pourraient être tentées d'invoquer.
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