XIV. — Rêves Conscients et Dirige
Les rêves dont il a été question jusqu'ici avaient pour caractère commun de ne se distinguer en rien aux yeux du rêveur durant sou rêve des événements de la vie réelle. Ce n'est pas pour le rêveur le résultat d'un jugement plus ou moins laborieux, c'est une chose acceptée implicitement parce que l'éventualité contraire ne se présente même pas à l'esprit.
Il n'en est plus de même pour les rêves dont nous avons à parler ici ; après une série d'épisodes quelconques d'un rêve ordinaire, brusquement apparaît dans la conscience du rêveur un doute : il se demande s'il ne rêve pas ou même est brusquement convaincu qu'il rêve ; rien n'est changé pour cela au caractère rigoureusement hallucinatoire des tableaux et des scènes, mais ceux-ci ne sont plus acceptés aveuglément comme événements de la vie réelle.
Les rêves de cette sorte constituent à vrai dire un •certain degré d'acheminement vers le réveil, bien qu'ils soient encore de vrais rêves, comme on peut s'en rendre compte par la sensation éprouvée au réveil d'un brusque changement dans les rapports de la conscience avec l'objet de la pensée.
A un premier degré, le rêveur simplement se demande s'il ne rêve pas ; la question se pose dans son esprit et peut rester sans solution ou se résoudre dans l'un ou l'autre sens.
En voici un exemple particulièrement significatif.
Rêve du Bras Pincé. — Pour être bien compris, je dois d'abord expliquer que j'ai, il y a quelques années, perdu l'œil droit à la suite d'une lente maladie de cet
•organe et que récemment la vue de l'œil gauche a été très fortement compromise par une affection semblable. Comme on peut bien penser, cela a été la source de graves préoccupations et de réflexions nombreuses. En particulier, m'anïve-t-il souvent, à la suite de quelque symptôme heureux ou de la narration de quelquecas semblable ayant eu une terminaison favorable, de construire dans mes pensées un château en Espagnedans lequel je me srois ayant recouvré la vue ; mais quelque idée intercurrente ou. nlns souvent, le sentiment que c'est là une occupation puérile, chasse cesidées roses et oriente mes pensées vers d'autres sujets. C'est, ainsi que je l'ai expliqué, la condition favorable au retour en rêve de ces idées ; aussi m'est-il arrivétrès souvent de rêver de ces choses.
Je noterai d'abord pour la curiosité du fait, que jamais (1), en rêve, je ne me suis vu aveugle ; évidemment parce que c'est une idée que je retiens trop à l'état de veille. Toujours, dans mes rêves, je vois bien clair ; mais la plupart du temps je ne songe pas à m'en étonner ni même à le remarquer. Dans d'autres cas, au contraire, je constate que je vois clair, mais j'ai en même temps le sentiment que c'est là une chose étrange, car normalement je ne devrais presque point voir. Je sais que je devrais être aveugle, je remarque que j( ne le suis point et j'interprète la chose comme un phénomène naturel quoiqu'inattendu de récupération d( la vue. Je m'en félicite fort comme de juste, puis ai réveil, je constate avec douleur que cela n'était qu'ui rêve. Après une série de rêves de ce genre survient ui phénomène qui est celui pour lequel je me décide publier cette observation.
Je rêve de nouveau que je devrais être aveugle et
(1) Cela était vrai au moment où j'ai écrit ces lignes, mais depuis quelques très rares exceptions se sont introduites dansma vie onirique.
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que néanmoins j'y vois clair, mais je me rappelle qu'antérieurement j'ai eu cette illusion en rêve, illusion qui s'est évanouie au réveil ; et alors, avec anxiété, je me pose la question : Est-ce que je rêve ? ou suis-je éveillé ? J'ai l'impression que le problème est délicat, que je risque de me tromper, de tirer une conclusion fausse et je m'efforce de réunir toutes les raisons qui peuvent éclairer la solution. Je me place bien en face d'un objet que je regarde ; j'ouvre les yeux, je le vois ; je ferme les yeux, je ne le vois plus (bien entendu ,dans mon sommeil, tous ces mouvements sont parfaitement imaginaires). Je me tâte, je me secoue, frappe du pied pour m'assurer que je suis bien éveillé et, toujours sans exception, je conclus que je suis éveillé. Une fois même dans ces circonstances, je rêve que ma belle-fille est auprès de moi. Je m'adresse à elle : Louise, lui dis-je, -regardez, j'y vois clair, mais je crains que ce soit un rêve. Suis-je bien éveillé ? Pincezmoi le bras pour que j'en sois bien sûr ». Elle ne me répond pas, mais me pince le bras ; je sens à peine la pression de sa main : « Plus fort, lui dis-je ». Elle obéit, mais, sans doute par crainte de me faire mal, me pince si légèrement que je le sens à peine. L'épreuve néanmoins me paraît concluante ; et, à vrai dire, je suis si bien persuadé d'être éveillé que je m'adresse à elle moins pour me convaincre que pour la convaincre elle-même. Pas une minute il ne me vient à l'idée de penser que si je rêvais, la vérification ne prouverait rien puisqu'elle serait rêvée elle-même. Donc, je suis convaincu et me trouve tout heureux. Puis le réveil survient et le désenchantement avec lui. Au réveil, je refais les mêmes expériences que pendant mon rêve, je me pince, je me frotte les yeux, je regarde, je constate que je n'y vois que fort mal et cette conviction n'est pas plus forte que celle que j'avais dans mon rêve d'avoir recouvré la vue. Cependant, je n'hésite pas
à reconnaître que, des deux convictions, celle-là est la bonne. La différence tient, je crois, à ce que maintenant, je tiens les deux convictions simultanément dans mes mains, je les soupèse et je les compare, je trouve l'une isolée ou se rattachant à un très petit nombre de constatations semblables, tandis que l'autre fait partie d'un enchaînement ininterrompu de telles constatations. Ce n'est pas le seul élément de conviction ; j'ai décrit ailleurs .(chap. vi) les autres, mais je ne les rappelle pas parce qu'ils sont généraux, tandis que celuici est particulier au cas présent.
À un degré un peu plus avancé, non seulement la question se pose dans l'esprit, non seulement elle se résout par l'affirmative, mais le rêveur prend avantage de cette circonstance pour orienter son action dans le rêve dans une direction définie. Dans les rêves ordinaires, le rêveur n'obéit, ainsi que nous l'avons vu au chapitre vin, qu'à la volonté impulsive. Il est, dans une large mesure, le jouet des événements qui se passent autour de lui et une volonté raisonnée est presque entièrement étrangère à ses déterminations. Ici, il n'en est plus de même, chez moi du moins, car c'est là une variété pas très commune qui ne m'est bien connue que par des exemples personnels que je n'oserais pas hâtivement généraliser (1).
Je profite de la condition paradoxale où je me trouve d'une façon qui n'est pas sans agrément. Je me dis : me voici dans une situation fâcheuse ou agréable, mais je sais très bien qu'elle n'a rien de réel. Dès lors, sachant que je n'ai aucun risque à courir, je laisse la scène se dérouler en spectateur curieux, assistant à un accident ou à une catastrophe qui ne saurait l'attein-
(1) J'en trouve cependant quelques exemples significatifs, entre autres dans un ouvrage de Revel où parmi des théories qui ne méritent pas d'être discutées, se rencontrent quelques faits dignes d'être retenus.
dre : de ce côté, m'attendent des gens qui en veulent à ma vie ; je cherche à fuir ; mais, tout à coup, le fait que je rêve se révèle à moi et je me dis : puisque je n'ai rien à craindre, je vais au devant de mes ennemis, je les brave, je les frappe même pour voir ce qui va arriver. Et cependant, bien que je me sente assez sûr du caractère illusoire de la scène pour tenter une chose qui serait folie dans la vie réelle, je suis obligé de dominer, de vaincre un sentiment instinctif inspiré par la crainte. Bien des fois, il m'est arrivé ainsi de me jeter à dessein dans un danger pour voir ce qui va en résulter. Voici comment la chose se présente.
Rêve du Précipice. — A la suite de péripéties variées, je me trouve au bord d'un précipice effrayant dont la seule vue me fait frissonner : une falaise à pic ou même en surplomb de plusieurs centaines de pieds de hauteur, et, an fond, tantôt des rochers aigus, tantôt des maisons et des arbres qui me paraissent tout petits par l'éloignement. Au moment où je tremble et me cramponne, brusquement le rêve devient conscient : je sais que je rêve, que tout cela n'est qu'illusion et que je ne cours aucun danger réel. Alors, pour voir quelle sera l'issue de cette décision, je prends le parti de m'élancer à corps perdu dans le vide. Ainsi fais-je et toujours j'arrive au fond sans secousse, à moins que ma chute ne se termine par un vol délicieux. Mais là encore, tout en étant assez persuadé que je rêve pour tenter l'aventure, je n'en suis pas tellement sûr que je n'aie à combattre, sans arriver à la dominer tout à fait, une frayeur instinctive allant presque jusqu'à l'angoisse et qui ne se dissipe que quand j'ai vu que la chute ne m'a causé aucun mal.
D'autres fois, je me jette de même dans l'eau (rêve du Clapotis) ou dans le feu, je m'engage dans des oubliettes sans issue ou je me comporte dans des scènes
de la vie ordinaire de façon très incorrecte toujours pour voir ce qui ra arriver.
Rêve de la Gifle. — Pas plus tard qu'il y a quelques jours, je me suis offert ainsi le plaisir d'administrer une magistrale paire de gifles à un personnage qui, pour mètre antipathique, n'en a pas moins tout droit d'être traité par moi d'une façon moins cavalière. Malheureusement, je n'ai pas su les suites de cette incartade, car juste au même moment je me suis réveillé.
Ce serait envisager les choses d'une manière très inexacte de confondre ce cas avec celui de la simple rêverie. Dans cette dernière, je n'éprouverais ni cette satisfaction puérile, ni ce reste de crainte instinctive, ni la curiosité de savoir ce qui va arriver, puisque, n'ayant aucunement perdu contact avec la réalité, je saurais que ce qui s'ensuivra dépend uniquement de ma fantaisie. Au contraire, dans les rêves conscients, la connaissance du fait que je rêve est le seul point de contact avec la réalité, tout le reste est du rêve qui, pour être plus ou moins dirigé par ma volonté dans certaines de ses parties, n'en a pas moins une part très large, très prépondérante d'imprévu indépendant de ma volonté et situé hors de ma connaissance. Tout cela est fortement objectivé et impressionnant comme les faits de la vie réelle, de toute autre façon que les pâles évocations de la rêverie. C'est même là un argument à opposer à ceux qui voudraient dénier le caractère onirique à ces rêves particuliers pour en faire des variétés de la rêverie.
Je citerai pour terminer ce paragraphe un dernier rêve de cette catégorie que j'ai fait quand ce chapitre était déjà établi et qui est particulièrement intéressant par le fait qu'apparaît la circonstance à laquelle le rêve doit d'être devenu conscient.
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Rêve « Pour voir ce qui en adviendra ». (nuit du "26 au 27 Septembre '1914). — Je me vois à Paris, au bas de la rue Soufflot, à sa jonction avec le boulevard Saint-Michel. Je suis sur le trottoir qui est à droite quand on monte vers le Panthéon et je regarde le côté opposé de la rue. Je constate que là se trouve un vaste étalage de .bouquiniste ; d'immenses rayons bordent la façade sous des arcades, et des employés juchés sur «des échelles sont occupés à manier les bouquins. A terre entre les piliers, sont des tables chargées de livres que consultent les passants et même des lecteurs assis. Je considère ce spectacle avec un certain étonnement, mais sans me rappeler dans mon rêve qu'il n'est pas conforme à la réalité, car je sais très bien qu'à cette place se trouve non un bouquiniste, mais un grand café. Mais dans mon rêve, ce souvenir ne me vient pas.
Je m'éloigne et, tout auprès, sur le boulevard, entre le coin de la rue et la fontaine Médicis, je me mêle à des badauds qui font cercle autour d'un gymnaste forain. A ce moment, je me mets à ratiociner. Je me rappelle être venu à Paris la veille, qui était un samedi et il me vient à l'idée que le lendemain lundi, je viendrai encore à Paris, selon mon habitude, pour la séance de l'Académie. Et, de là, je conclus (ce qui n'est pas bien méritoire), que le jour présent est un dimanche. Et tout à coup, je me dis : ((Comment se fait-il que je sois ici un dimanche ? Cela ne m'arrive presque jamais » ; et aussitôt, la lumière se fait dans mon esprit : « Si c'est dimanche et si je me crois à Paris, c'est que je rêve ». Immédiatement, le rêve devient conscient de la manière la plus nette, sans rien perdre de son caractère hallucinatoire ni de la vigueur des images qu'il représente.
Ainsi, ce qui a fait naître en moi la conviction que je rêvais, ce n'est point cet argument valable que le coin
de la rue Souftïot m'apparaît occupé par un magasin que, (dans la réalité, mais non dans mon rêve, puisque le souvenir ne m'en revient pas), je sais fort bien ne pas y être, mais cet argument bien médiocre que je me vois à Paris un jour où je n'ai pas l'habitude d'y venir. J'enregistre le fait sans tenter de l'expliquer autrement que par le hasard des associations d'idées.
Le rêve continue et me fournit une nouvelle occasion de faire une expérience dont je suis coutumier. Bien, me dis-je, puisque je rêve et ne cours aucun risque de provoquer des résultats réels, je vais m'oiïrir le divertissement de commettre quelque excentricité absurde ou contraire à la morale pour voir ce qui en adviendra. Je souligne ces derniers mots parce que c'est sous cette forme même que je me dis la chose dans mon rêve.
Je vois là une condition psychologique bien curieuse, car si j'étais aussi convaincu de l'absence de toute réalité dans mes visions que je pourrais l'être dans la rêverie, je ne me donnerais pas la peine de déclancher une aventure dont je sais que l'issue dépend uniquement de mon imagination, mais je suis à la fois très convaincu que je rêve et persuadé cependant que la scène a une certaine objectivité et que son issue dépend, non pas uniquement de moi, mais aussi de la volonté des autres personnages présents. C'est là une des plus singulières parmi les contradictions qui fourmillent dans le rêve.
Donc, pour réaliser mon projet, je lève un fort gourdin qui se trouve dans ma main et j'assomme à moitié une petite fille qui se trouve devant moi. Elle tombe et j'attends que la foule se précipite sur moi pour m'empoigner et me charger de horions dont je ne sentirai pas la douleur et qui ne laisseront aucune trace au réveil. Mais, à mon grand déplaisir, personne ne fait, attention à mon acte de sauvagerie : le forain continue
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ses exercices et la foule continue de le regarder. Alors, je me jette sur tous ces gens, bouscule les hommes et les femmes, déchire leurs vêtements sans réussir le moins du inonde à les émouvoir, et, sur ce, je me réveille.
De tels rêves méritent vraiment le nom de conscients et dirigés à la fois : ils sont dirigés, non au sens d'Hervey de Saint-Denis, mais en ce sens que le rêveur dirige si m action dans le rêve par un acte de sa volonté actuel bien que le théâtre de l'action, les gestes des figurants et le jeu des acteurs autres que lui restent indépendants de sa volonté.
Mais voici une dernière catégorie particulièrement curieuse et exceptionnelle où cette dernière réserve ne s'applique plus. Le rêve devient véritablement dirigé dans sa totalité par la volonté actuelle du rêveur sans pour cela devenir nécessairement conscient. C'est une condition agréable, plus agréable même que la rêverie, Car si l'action sur l'évolution des scènes est moins prédominante, l'illusion est plus grande de confondre celles-ci avec des faits réels. Dans cette condition, je me laisse aller au fil de mon rêve, mais écarte les tableaux pénibles, multiplie, accentue, renouvelle ceux qui me sont agréables. • C'est principalement vers le matin, lorsque le moment du réveil normal approche, lorsque les bruits de la nature, de la rue ou de la maison commencent à troubler le silence de la nuit que ce phénomène se produit.
Rêve de lu Carême. — En voici un que j'ai fait souvent avec diverses variantes dans le détail. Je dirai en passant que l'idée de cette disposition de la caverne doit avoir été puisée par moi dans les relations que j'ai lues touchant les mœurs de l'ornithorynque, mammifère inférieur de l'Australie, dont la retraite est disposée à peu près comme la caverne de mon rêve.
Je suis poursuivi par des gens qui en veulent à ma vie : ce sont ou des malfaiteurs ou des sauvages ou souvent des soldats d'une puissance ennemie en guerre avec la France. Je vais être atteint, quelquefois même je suis déjà pris, quand une pensée surgit dans mon cerveau : je me rappelle qu'il y a un moyen admirable de tromper la vigilance des poursuivants, c'est de me cacher dans une caverne tout à fait inaccessible parce aue son entrée est submergée et qu'il faut plonger dans l'eau d'un lac pour y pénétrer. Remarquez qu'à ce moment il n'y a dans mon rêve ni lac, ni caverne à l'état d'image mentale extériorisée, c'est une simple pensée qui me vient au cerveau pendant que je fuis dans une rue ou dans les corridors d'une maison. A ce moment, par un acte de ma volonté, je change la scène et la transporte dans un autre cadre où se trouvent le lac et la caverne nécessaires. Parfois même, s'il arrive que j'étais déjà pris, je remonte le cours des événements et me replace à un moment où je ne l'étais pas encore pour faire dérouler la scène dans une autre direction et lui donner une issue différente. Donc je replace le tout, poursuivants et poursuivi, à bonne distance, je prends de l'avance pour arriver le premier et sans être vu à -l'endroit convenable du lac ; là, je plonge et pénètre dans la caverne où j'éprouve un sentiment parfait de sécurité, prenant même plaisir à entendre au-dessus de ma tête, séparés de moi par une mince couche de terre, les pas des poursuivants à pied ou à cheval, errant en tous sens, complètement désorientés.
Il serait abusif d'étendre aux rêves ordinaires les conclusions qu'autorisent les rêves conscients et dirigés. C'est pour n'avoir pas fait cette utile distinction que Hervey de Saint-Denis a donné de l'exercice des facultés dans le rêve une description dans bien des cas inexacte. Il a été conduit à faire ainsi, par exemple
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lorsqu'il affirme l'existence du libre arbitre dans le rêve, par le fait que 1rs lèves dirigés sont chez lui 1res habituels, atteignant la proportion de 50 %. Cela s'explique par le fait que ses rêves étaient pour lui un sujet de préoccupation intense qui empêchait le sommeil d'être profond, comme il arrive à ceux que ta préoccupation de se réveiller à une heure donnée ne laisse dormir que d'un sommeil léger et interrompu. J'ai remarqué sur moi-même que la proportion des rêves dirigés augmente lorsque je me livre à de profondes méditations introspectives sur ce problème.
Je vois encore une preuve de la vérité de mon interprétation dans le fait que, dans ses rêves, Hervé y de Saint -Denis se réveille à volonté pour noter ce qui l'intéresse. Or, cela est absolument impossible dans le sommeil profond accompagné de rêves, même lorsque ceux-ci prennent le caractère de cauchemars. Celte remarque diminue dans une certaine mesure l'intérêt pourtant très vif du livre d'Hervey, car ce qu'il a étudié n'est pas le plus souvent le vrai rêve dans sa pureté, mais une sorte de compromis entre le rêve et la rêverie.
Quant à ce qu'il appelle spécialement rêve dirigé, ■c'est tout autre chose que ce dont il est question ici cl nous en avons parlé plus haut sous la dénomination de rêve auto-suggéré.
A ces quatorze classes de rêves catégorisés s'en ajoute une quinzième, mais si importante celle-là que nous avons cru devoir lui consacrer un chapitre spécial. Ces quinze catégories ne sont pas les seules que l'on pourrait établir ; on pourrait donc continuer ce chapitre, mais quelle utilité y aurait-il à le faire, étant donné <jue, quoi qu'on fasse, il ne sera jamais clos ?