BALZAC
Dès longtemps, je connaissais l'œuvre de Balzac ; mais, ne l'ayant jamais examinée de ce point de vue, j'ai voulu la parcourir à nouveau, pour y noter les rêves
que je ne manquerais pas d'y rencontrer. A ma grande surprise, je n'ai trouvé dans son œuvre si touffue qu'un *eul rêve, celui d'Ursule Mirouët. Balzac a ignoré les immenses ressources littéraires que fournit le rêve, parce que malheureusement pour lui il n'est pas un rêveur. On ne saurait l'en rendre responsable, mais on peut reprocher à l'observateur subtil, au penseur profond, de ne pas s'être donné la peine de l'étudier chez les autres. €ela lui eût évité de le faire intervenir dans son œuvre d'une façon si terriblement médiocre.
Je puis supposer que tout le monde se rappelle Ursule Mirouët. Donc, Ursule a été dépouillée par Minoret de l'héritage de son oncle et elle ne sait absolument rien de ce qui s'est passé, ni surtout de la façon dont cela s'est passé. Or, son oncle lui apparaît en songe, lui fait lire son testament et la conduit par la main dans la petite chambre où il lui montre le voleur en train de le brûler au moyen d'allumettes dont deux n'ayant pas pris feu, restent non consumées au fond du foyer.
Ursule voit tout cela, et, en racontant son rêve au réveil, décrit dans ses moindres détails cette chambre où ■elle n'est jamais allée et mentionne la présence des deux allumettes non consumées qui serviront plus tard de Deus ex machina pour confondre le traître.
Ainsi Balzac fait apparaître dans le rêve des personnes qui apprennent au dormeur des choses qu'il n'a jamais sues et qui n'étaient pas même à l'état latent dans sa conscience. Pour expliquer un si singulier phénomène, il fait dire au curé Chaperon que les pensées peuvent errer dans l'air et à certaines occasions s'incorporer aux fantômes d'une vision de rêve pour reprendre vie un instant par sa bouche ; c'est aussi absurde et. à peine plus raffiné que les plus grossières superstitions des gens sans culture.