ZOLA
Plus d'une fois le rapprochement a été fait entre Balzac et Zola ; et c'est un peu pour cela que nous parlons de celui-ci à la suite de celui-là. Le point de vue où nous nous plaçons dans ce livre fait apparaître une nouvelle ressemblance que sans doute l'on n'avait point remarquée. Pas plus que Balzac Zola n'est un rêveur et dans son œuvre qui ne le cède guère en étendue à celle de son aîné, on ne trouve de même qu'un seul rêve : c'est dans Thérèse Raquin. Ici le rêve est mis en œuvre pour concourir à accentuer une impression qui est celle du remords. Tout bref qu'il est, il nous est précieux, parce qu'il vient à l'appui de notre théorie de la résurgence des idées refoulées. Cela n'est pas sans intérêt, venant d'un observateur aussi exact et fidèle que Zola.
L'amant assassin voit sans cesse se représenter à lui le cadavre du mari noyé et repousse cette horrible vision. Un soir, il s'endort après avoir poursuivi dans une longue rêverie l'image de sa maîtresse lui ouvrant sa porte en costume de nuit et le recevant dans ses bras. Or, ce qui revient dans son rêve, ce n'est pas cette image caressée : il se voit courant chez sa maîtresse, abordant sa maison, montant l'escalier, frappant à sa porte. La porte s'ouvre et derrière elle, que voit-il ? Encore et toujours le cadavre affreux du mari noyé.
Cela est frappant de vérité ; peut-être cependant, n'ya-t-il là qu'une coïncidence et Zola n'a-t-il cherché qu'un effet sans se préoccuper de vraisemblance et de conformité avec quelque loi du rêve qu'il aurait entrevue. Il semble en effet que s'il avait vraiment aperçu les lois oniriques et la richesse des ressources que le rêve offre au romancier, il en aurait fait un usage moins restreint.