‹ Le rêveChapitre 65 sur 85 · BAUDELAIRE · texte numérisé non relu

BAUDELAIRE

D'avoir traduit de Quincey et Ed. Poe, un opiomane et un dipsomane, auteurs d'œuvres de tout premier ordre, semble indiquer chez Baudelaire, le goût de ces productions hautement fantastiques et il semblerait que cette admiration ne saurait aller sans le désir de les imiter. C'est ce qui nous a conduits à compter Baudelaire au nombre des auteurs chez lesquels nous avons cherché des études de rêves, quand nous en laissions de côté d'autres de valeur au moins égale, mais à l'imagination plus tempérée. Cependant nous n'avons trouvé rien à glaner dans l'œuvre d'ailleurs peu étendue de Baudelaire, car nous devons laisser de côté les visions d'opium et de haschisch décrites dans ses Paradis artificiels, puisque nous écartons de notre programme toute la catégorie des rêves éveillés.

Les Fleurs du Mal. - — Dans cet ouvrage, nous ne trouvons qu'un rêve, si toutefois c'en est un, et s'il est curieux comme conception artistique. Ce Rêve parisien n'offre comme rêve rien de bien extraordinaire. C'est monnaie courante en effet de trouver dans les rêves des tableaux qui diffèrent de ceux de la vie réelle par la suppression de quelque trait caractéristique à laquelle ils doivent leur étrangeté. Mais ce qui est plus rare, c'est

■que cette suppression soit, comme ici, rigoureusement systématisée ; l'esthétique artistique l'exigeait ; la vraisemblance ne le contredit pas d'une façon absolue. En trois lignes ce tableau peut être décrit. C'est l'évocation d'un monde inconnu où manque toute végétation, tandis que partout ruissellent les marbres, les métaux polis et les pierres étincelantes formant des palais, des colonnades et des ponts sous lesquels dort une eau limpide et lourde comme le cristal.

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